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Arnaud Gérard : « Je vais apprendre mon métier »
Le 14 juin 2019

Arnaud Gérard a été coureur professionnel pendant quatorze années, les six dernières dans l’équipe d’Emmanuel Hubert. Cette semaine, il est le directeur sportif de l’équipe Arkéa-Samsic dans le Tour de Belgique en compagnie de Franck Renimel. A 34 ans, le Breton est enthousiaste et volontaire. Il a bien conscience de la chance qui est la sienne.


Arnaud, ce Tour de Belgique marque tes grands débuts en tant que directeur sportif ?

Je n’ai pas encore mon diplôme, je suis toujours en formation. Faire des jours de course dans ce statut en fait partie. Il me fallait trouver une structure pour entrainer ou pour être directeur sportif et valider par des heures. J’ai déjà mon quota, notamment en ayant travaillé auprès de Sébastien Hinault dans les courses du printemps.


Le passage du vélo à la voiture s’est fait très rapidement ?

La transition est parfaite pour moi. Je ne suis pas directeur sportif à plein temps mais j’ai couru avec plus de la moitié de l’effectif de 2019. Ce n’est pas évident de changer de rôle avec des coureurs avec qui j’ai fait chambre un bon moment. Je suis présent souvent mais pas toute l’année. C’est une bonne passerelle entre les deux métiers. Il faut laisser un peu de temps. Je pense être dans le bon compromis.


Tu as été pro pendant quatorze ans, quel regard as-tu sur ta carrière ?

Je suis satisfait de ma carrière. Dans ma tête, je faisais une dernière année en 2019 et j’arrêtais mais je me suis cassé la clavicule en juin. Au championnat de France j’ai rencontré Emmanuel Hubert, j’avais besoin de fixer mon avenir pour me projeter. Il m’a dit ne pas me conserver dans l’effectif mais m’a demandé de passer mes diplômes pour rejoindre le staff éventuellement.




Tu as une amertume ?

Je ne voulais surtout pas finir aigri. J’ai vécu du vélo pendant 14 ans, c’est une chance. Quand j’avais quitté l’équipe FDJ pour rejoindre l’équipe de Manu, ça s’était bien passé et je ne voulais pas me fâcher avec lui. J’étais prêt à entendre que j’étais moins bon que les années passées. Je m’interdisais de finir avec de mauvaises idées en tête.


Tu es passé pro avec un titre de champion du monde juniors, tu as eu la pancarte toutes tes premières années professionnelles ?

J’étais super fier d’avoir été champion du monde mais cela a suscité beaucoup trop d’attentes compte tenu de mes capacités. Quand j’ai gagné le Mondial à Zolder, Laurent Jalabert arrêtait sa carrière et des gens se sont dit ‘’ça y est, on tient un nouveau champion’’, le vélo français n’allait pas très bien. Cela n’a pas été facile à porter mais ça m’a fait grandir. Sans ce titre, peut être ne serais-je  jamais passé pro. Ça m’a apporté beaucoup. 14 ans, c’était une super aventure et je veux transmettre, j’aime encore le cyclisme.


Coureur, tu étais très proche de tes voisins Sébastien Hinault et Frédéric Guesdon et tous les trois vous êtes directeurs sportifs ?

Tous les trois avons la même philosophie, on aime les mêmes choses. J’en ai beaucoup discuté avec Fred Guesdon. C’était mon choix, il l’a conforté puis j’ai fait mes premières courses dans la voiture avec Seb Hinault dans les épreuves flandriennes. C’étai une chance parce que j’aime ces courses. Coureur tu as la vision de la course, là tu bascules dans la voiture, tu donnes des infos et tu vois la course différemment. Le ressenti n’est pas du tout le même. C’est une alchimie à trouver et tu ne le mesures pas quand tu es coureur. L’expérience me permettra d’avoir le même ressenti que les coureurs. Je vais apprendre mon métier.


La grande première pour toi se déroule dans le Tour de Belgique. Tu as eu un peu de stress ?

J’ai étudié mes coureurs et les parcours de chaque étape. Ici, Arkéa-Samsic a une équipe qui tient la route. L’avantage que j’ai est que je n’ai pas oublié que le vélo est un sport difficile et je pense être proche de mes coureurs. Moi j’aimais avoir une relation avec mes équipiers et avec mes directeurs sportifs. Je privilégie le relationnel et l’échange en évitant les sous-entendus.




Comment vis-tu la saison 2019 de ton équipe ?

Ce n’est pas évident. On aimerait gagner beaucoup plus de courses mais les coureurs font le maximum avec leurs possibilités. Mon discours est que le coureur doit s’investir à 100% pour ne pas avoir de regrets. Je constate que depuis le début de saison on joue souvent la gagne et c’est le plus important ! Gagner c’est autre chose. Quand tu as tout donné et que tu es battu par plus fort, il n’y a pas grand chose à dire. Je pense que toute l’équipe est plutôt dans une bonne dynamique, surtout depuis le Tour de la Communauté de Madrid gagné par Clément Russo. On a obtenu de bons résultats et souvent il n’a pas manqué grand chose pour faire mieux dans un sport devenu très concurrentiel.


Que penses-tu de tes débuts ?

C’est une chance de commencer chez Arkéa-Samsic. Ce n’est pas une grosse machine, ce n’est pas un rouleau compresseur. Ici, la plus grande place est donnée à l’humain. Aucun coureur ne peut dire le contraire même si on ne peut pas faire que des heureux. Manu m’a tendu la main pour m’aider, peu de coureurs auront cette chance. La reconversion est un cap qui peut être difficile à passer. Grâce à Manu et mon équipe Arkéa-Samsic, je suis très heureux.


Tu y crois à la chance du débutant ?

Croisons les doigts, en Belgique on a les moyens de faire une belle course. Je suis ici pour décrocher un beau résultat en faisant valoir un bon collectif.