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Florian Vachon : « Seule la quête du bonheur est juste et vraie »
Le 2 mai 2019

Dans son effectif, Emmanuel Hubert sait qu’il y a des hommes sur qui il peut toujours compter et Florian Vachon en fait partie. Contrarié par des ennuis de santé en début de saison, le coureur auvergnat ne lâche rien. Tant sur le plan individuel que sur celui du collectif il veut des résultats et aller à l’essentiel. La réussite, il le dit, il faut la provoquer !


Florian, il semble que ton début de saison n’a pas été facile ?

J’ai été fragile au niveau de la santé. Je suis tombé malade fin janvier puis à la fin du mois de mars et je n’ai pas cessé de courir après ma condition physique. Là, je suis assez content de l’état de forme qui est le mien mais je n’ai pas de réels résultats. Il est vrai aussi que mon rôle tourne plus autour du collectif que de l’individuel.


Tu as déjà connu ça ?

Ma carrière est longue mais quand même… En janvier j’ai souffert d’une angine carabinée et d’une bronchite en mars. Je pense que j’ai voulu être prêt trop tôt, j’ai voulu chercher mes limites trop vite. Il n’y a pas de secret, quand on fait de grosses charges d’entraînement, le corps émet une première alerte et il est préférable d’en tenir compte ou alors on chope ce qui traine. La clé de notre sport, au-delà de l’entrainement, c’est d’arriver à flirter avec la santé le mieux possible en sachant qu’au niveau de l’immunité, on est à fleur de peau quand on parvient à l’état de forme, avec un poids inférieur à la moyenne. On est quand même vite sujet à un coup de froid. Il faut le maîtriser et si je suis tombé malade, c’est une faute parce que c’était à moi de sentir que ca ne va pas aller. A vouloir arriver trop bien, trop tôt, j’ai trop repoussé mes limites. La première bronchite est arrivée après de grosses sorties quand j’aurais dû lever le pied. Elle était là en deux heures. Il y avait de la fatigue, un petit peu de manque de sommeil et ça a basculé. J’ai fait une semaine et demi de fièvre. Je me suis acharné et au final ça n’est pas passé. On a tous connu le moment où la maladie te tombe dessus quand il ne le faut pas.



Et c’est arrivé dans un contexte stressant ?

Je suis plutôt un coureur de mars-avril et je suis frustré mais c’est collectif aussi, c’est une frustration générale. On aimerait tous faire mieux. Il faut inverser le sens de la roue, la faire tourner dans le bon sens pour avancer. Garder le moral et continuer à bosser parce que seul le travail paie. On sait qu’un coureur de haut niveau a besoin du mental pour se faire mal, pour augmenter plus encore les moyens qu’il se donne pour aller chercher le meilleur résultat possible. Chez nous, il y a un manque de confiance mais il ne faut  pas se cacher derrière des circonstances atténuantes, ce serait se mentir et ce serait la pire des réactions dans un collectif. OK, il y a eu des chutes avec de la casse et des crevaisons, forcément ça joue mais la chance se provoque. Là, aujourd’hui, on n’a plus de temps à perdre. Il faut être maître de sa vie et de sa carrière, prendre les choses à bras le corps. On n’est pas en phase avec ce qu’on espérait.


Tu le dis avec beaucoup de sensibilité ?

Etre sensible, c’est être à la hauteur des attentes qui reposent sur moi quelles qu’elles soient ! J’encadre mes équipiers, je l’ai fait instinctivement avec Elie Gesbert lors de son premier Tour. Je connais la boutique et une bonne partie du milieu même si chez Arkéa-Samsic, Amaël Moinard qui a gagné le Tour de France avec Cadel Evans, le connaît encore mieux que moi. J’ai un regard juste. On attend beaucoup de moi et c’est plaisant. La tâche n’en est que plus chouette quand il y a la réussite. L’enclenchement d’une dynamique positive se fera en maîtrisant le sujet sans en parler davantage. En parler pendant des heures n’arrange rien. Il faut se prendre en main !



Tu as rejoint ton équipe en 2010, tu imaginais une telle longévité auprès d’Emmanuel Hubert ?

En 2010, je ne savais pas de quoi serait fait demain et je n’avais pas plus de certitudes que l’équipe continue et progresse, d’ailleurs c’était pareil pour moi. J’aurais pu faire un an et ne pas faire l’affaire, ne pas trouver ma place dans le milieu. Je suis toujours là mais la stabilité pour une bonne partie des coureurs n’est pas une amie. C’est bien aussi de bousculer les habitudes parce qu’on est sans cesse en concurrence avec nous mêmes, à aller chercher nos limites, on est sans cesse en concurrence avec ses collègues et avec les autres coureurs du peloton. Le confort diminue cette notion de concurrence. Je ne suis pas venu chercher le confort mais j’ai progressé. Au bout d’un moment, il était logique de rester et de continuer avec cette équipe même si à une certaine période l’idée de changer m’a traversé l’esprit. Ce qui a tranché, c’est la fidélité, ça fait partie de mon caractère. Il y a un engagement et je le tiens. Tous les ans ou tous les deux ans je me suis engagé en mettant du cœur à l’ouvrage.


Si tu fais le Tour en juillet, tu seras le seul coureur de cet effectif à avoir disputé tous les Tours depuis 2014. C’est un fil rouge dans ta carrière ?

Le Tour n’est pas le fil rouge. J’en ai fait cinq avec l’équipe de Manu Hubert. Je sais ce que c’est, je sais ce qui m’attend, dans la souffrance et parfois dans des moments de solitude. Quand tu poses le vélo le soir et que tu ne veux plus y toucher… C’est une belle histoire humaine. Le Tour, c’est le troisième événement sportif mondial et tu ne peux pas le bouder. En face, il y a des sacrifices, de l’investissement personnel et c’est usant. J’y vais si je suis sélectionné mais surtout avec un rôle précis. S’ils m’emmènent, ils savent pourquoi et pour quel rôle ! Sinon pas de souci. Je ne veux pas aller au Tour pour y être mais pour jouer un rôle. L’impact du Tour est tellement énorme que je comprends que les coureurs pensent devoir y être absolument. Humainement, j’ai vu la différence pour ma carrière, pour le monde autour de moi, il y a eu une nette différence entre l’année ou je ne le fais pas et l’année suivante où je le fais mais, je persiste, il faut faire le Tour pour performer pas pour être dans la lumière.



Le fait d’avoir été deux fois arrêté cette saison modifie ton programme et le moment de ta coupure ?

Je vais jusqu’au Tour de la Communauté de Madrid (9-12 mai) et je coupe. Ça joue à quinze jours près. Ce sera cinq-six jours sans faire de vélo et puis 15 jours de travail sans course. C’est le schéma. La course, c’est aussi une question de fraicheur, on n’est plus à l’époque de Roger Walkowiak où on enchainait les trois Grands Tours. Je vais faire un stage orchestré par Franck Renimel qui est mon entraîneur depuis treize ans, nous avons une relation de travail étroite. On se connaît. Je ne le ferai pas forcément en altitude, ce n’est pas bénéfique pour tout le monde ou on n’en ressent pas forcément le bénéfice. C’est fatigant, c’est spécifique aux grimpeurs. Tout dépend des objectifs. Pour Warren Barguil, évidemment, c’est nécessaire. Lui sait qu’en juillet, il y a des cols à plus de 2000 mètres d’altitude et qu’il va y jouer quelque chose. Pour moi, ce stage sera de la recherche de sensations pour la période de juillet. Ce sera du derny, du travail, des courses et de l’assimilation. C’est un bon programme.


Tu as quel âge Florian ?

J’ai arrêté de compter à 25 ans… Si je n’avais plus d’envie, j’aurais posé le vélo depuis belle lurette. J’aurais plus profité de ma famille. J’en ai profité bien sûr. Je remercie le vélo pour ce qu’il m’a apporté socialement, culturellement mais il n’est pas tout seul dans ma vie, il y a ma famille, mes amis. J’ai toujours beaucoup d’envie mais si un jour je constate que j’y vais à reculons, je ne vais pas m’obstiner et je vais privilégier le plaisir. Seule la quête du bonheur est juste et vraie.



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