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Jean-Jacques Menuet : « Savoir calmer le stress par l’instant présent… »
Le 14 mars 2019

Depuis lundi et les chutes de Warren Barguil et Maxime Bouet, Jean-Jacques Menuet n’a pas manqué de travail. Tout en étant en permanence à leur écoute, le médecin de l’équipe Arkéa-Samsic a dirigé ses deux coureurs vers des unités très compétentes avant de suivre avec minutie leurs dossiers. Il nous donne l’occasion de dire en quoi consiste son métier qui ne propose pas beaucoup de répit.


Jean-Jacques, comment vont Warren et Maxime ?

Je les appelle, souvent. Le verdict pour Warren a été un peu long à déterminer parce que dans le premier hôpital, ils lui ont fait passer un scanner corps entier qui a proposé des images suspectes au niveau cervical. Il y a donc eu transfert vers une unité spécialisée à Paris. Il y a eu un peu d’affolement mais le principe de précaution à prévalu. Et puis c’était Warren Barguil, un champion que tout le monde connait. Les premières images ont été relues à Bicêtre avant un nouveau scanner avec injection. Le professeur Court avec qui je me suis entretenu est formel, il n’y pas de fracture mais il a vu le rachis d’un guerrier qui a fait du BMX, du VTT et de la course sur route et qui a connu pas mal de chocs. Il y a la trace de traumatismes mais en l’occurrence c’est seulement une entorse cervicale. Warren est rentré hier chez lui et passera une radio de contrôle après dix jours de contention. Un point médical sera alors refait.


Maxime a pour sa part passé une IRM mercredi matin ?

Oui et il a vu, à ma demande, le staff médical de l’Olympique de Marseille, dirigé par le docteur Franck Le Gall et notamment l’orthopédiste qui est très compétent sur le genou. Maxime a subi jeudi matin une ponction parce qu’il y a un épanchement intra-articulaire important. Il y a aussi des contusions osseuses mais pas de fracture. Le trait est soit une ancienne fracture qui laisse une image radiologique soit une anomalie constitutionnelle de la rotule. En tout cas, il ne s’agit pas d’une fracture récente. Maxime va porter une orthèse du genou pendant un mois. Il sera donc inapte pendant un mois, il ne pourra même pas faire du home trainer. Ce que je viens d’expliquer dit beaucoup de mon métier. Je suis un médecin de terrain et je travaille avec des spécialistes experts, des cardiologues, des pneumologues, des orthopédistes, etc…


Le terrain occupe la plus grande part de ta saison ?

La médecine de terrain, c’est 120 jours pas an, courses et stages confondus. A proximité des gars. Principalement pour les soins de carrosserie et la médecine générale et puis des thème obligatoires comme la nutrition. Je pense qu’un athlète ce n’est pas seulement une paire de jambes, c’est un être humain. Les coureurs ne sont pas des surhommes mais des gens sensibles. Ce ne sont pas des machines. Ils doivent penser à leur sommeil, à l’hygiène de vie, il faut apporter de la douceur dans un monde de brutes. La médecine à distance, c’est à dire quand je ne suis pas auprès d’eux, c’est aussi pas mal de boulot. Il y a toutes les contraintes administratives. Le suivi des bilans biologiques obligatoires, j’y reviens les problématiques de nutrition pour ceux qui en ont besoin. Il y a aussi  beaucoup de boulot par rapport aux instances. Il y a une relation permanente avec elles, beaucoup de réunions avec la fédération française (FFC), la fédération internationale (UCI), l’agence française de lutte contre le dopage (AFLD) et l’agence mondiale (AMA). Enfin le soir, quand je ne suis pas auprès d’eux, je téléphone et je fais le tour des chambres de nos coureurs après leur course. J’ai également un relationnel important avec les entraîneurs notamment lorsqu’il s’agit de réfléchir aux programmes de travail. De la même façon avec les directeurs sportifs. Nous avons un ‘’conf call’’ spécifique toutes les semaines.


Cela signifie que le médecin d’Arkéa-Samsic n’est pas à la marge mais fait partie intégrante du staff ?

Oui, le médecin fait partie du staff. Chez nous, il n’y a pas de hiérarchie, dans le sens où le mécanicien me sera très utile pour un problème de genou, en me donnant des informations spécifiques, sur les cales de chaussures, sur la hauteur de la tige de selle, etc… Nous travaillons pour une cause commune et on met ensemble notre savoir et notre expérience. Je suis par exemple très content de travailler avec Corentin Cherhal qui est jeune. Il a été coureur et bosse sur la nutrition. Le partage est une conduite dans ma vie personnelle, je ne cherche pas à nourrir mon aura. Je suis à l’aise dans un travail d’équipe. Chez Arkéa-Samsic, les kinés et les ostéopathes ont toute latitude pour mettre les soins en place mais on en parle. Le dossier médical est partagé.


Comment es-tu devenu médecin d’une équipe cycliste ?

Mon histoire a commencé avec Philippe Ermenault qui était à Amiens, comme moi à l’époque. Il a été Champion olympique en 1996 à Atlanta. Mon travail dans le cadre de sa préparation olympique s’est su et Alain Bondue m’a téléphoné pour me proposer un poste chez Cofidis. C’était début 1999 mais j’avais travaillé six ou sept ans sur la piste, notamment avec Francis Moreau et Philippe Ermenault. J’ai ensuite travaillé cinq ans avec l’équipe Saur-Sojasun et je travaille avec Emmanuel Hubert depuis cinq ans. Cela dit, je ne suis pas intéressé seulement par le cyclisme.



Tu es en effet un médecin réputé dans le monde de la boxe ?

A vrai dire, j’étais surtout passionné de boxe. J’aime le profil du sportif qui se fait mal à la gueule mais ne se plaint pas. Il a mal mais il garde le sourire. Dans le cyclisme, c’est la même chose. J’aime dire qu’à l’arrivée de Paris-Roubaix, il est exténué, il a le visage d’un mineur, mais ça va. Il monte dans le bus et me demande ‘’ça va JJ, t’as passé une bonne journée ?’’Ce sont des gens gentils, ils vont loin dans la douleur. Après les chutes récentes, j’ai vu des visages de souffrance et quand je leur fais face, ils disent ‘’non ça va…’’. Les gens doivent avoir conscience que ce sont des héros. Ils souffrent et ne le disent pas. Il y a chez eux une part de pudeur et de fierté. La souffrance rend humble.


Tu t’es fixé une limite dans le temps dans l’accompagnement permanent de tes coureurs ?

J’ai toujours dit à Emmanuel que le jour où je sens que JJdoc devient papydoc, j’arrête. Aujourd’hui, j’ai la santé, le tonus, la passion et l’envie, je mouille le maillot et je m’investis. Je suis là cette année, l’année prochaine aussi et après on verra. Loin de moi la volonté de m’accrocher mais je dois reconnaître qu’on partage des tranches de vie avec le coureur, on s’attache. Je connais l’épouse, les enfants et le chien. Oui, tu rentres dans une tranche de vie mais en faisant attention à ce que le médecin garde une distance pour ne pas rentrer dans l’émotion. Mais c’est vrai que lorsque je m’assieds sur le bord du lit le soir, à discuter avec le coureur, on parle du chien ou de la pêche. On parle de tout. Pas seulement de vélo et de sensations.


S’il est métier qui exige du sang-froid dans certaines situations comme celle de Warren Barguil lundi soir à l’hôpital de Dourdan, c’est bien celui de médecin ?

J’aime la situation où tu as peu de temps pour prendre la bonne décision. En boxe, quand il y a KO, je dois gérer une situation immédiate, il faut prendre une décision très vite, en quelques secondes. C’est de l’adrénaline. Comme un urgentiste. J’ai été le médecin de l’équipe de France de boxe pendant cinq ou six ans et je suis encore désigné dans de nombreuses soirées de boxe en Bretagne… Je ne peux pas être 100% vélo. Il y a une semaine, j’étais dans une classe de troisième pour parler du médecin du sport de haut niveau. Je travaille aussi dans la voile ou dans un CREPS de volley-ball.


Comment gérer les périodes de nervosité d’une équipe ?

Moi la performance ne m’intéresse pas. La seule chose qui compte, c’est la santé. Je suis inscrit dans l’instant présent. Quand tu fais un match de tennis, tu joues le point présent pas précédent ni le prochain. Il ne faut pas se laisser polluer par l’avant et l’après. Je fais en sorte de vivre au jour le jour. Le stress de la sélection pour le Tour, par exemple, j’ai le sentiment qu’on le vit bien dans le staff. Un coureur professionnel quand il signe son contrat doit accepter le stress d’une sélection par son équipe, le stress du renouvellement du contrat en question. Tout est éphémère et on doit vivre avec ça. Il faut savoir calmer le stress par l’instant présent.


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