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Maxime Bouet : « 2019, je le sens bien ! »
Le 31 janvier 2019

Maxime Bouet aborde dimanche sa douzième saison, la quatrième auprès d’Emmanuel Hubert qui l’avait fait passer professionnel en 2008. A 32 ans, le Provençal d’adoption n’a rien perdu de sa joie de vivre qui fait de lui l’un des coureurs les plus attachants du peloton. Il conserve intacte sa passion pour ce sport qu’il sert avec perfectionnisme. Après une année difficile, pour lui comme pour son équipe, il est persuadé que 2019 sera une très belle saison. Pour lui comme pour Arkéa-Samsic.


Maxime, comment s’est passé ton hiver ?

Une fois n’est pas coutume, ce fut un bon hiver, sans blessure, sans maladie, sans problème. Ce fut une période studieuse, je suis un gros travailleur. L’an dernier, je me suis donné une fracture de la rotule à ma première sortie de VTT. J’étais resté un mois et demi sans vélo. Je dois dire que je me suis souvent blessé en pratiquant des sports annexes, le footing ou le VTT. A l’aube de ma douzième saison pro, je me suis servi de toute mon expérience pour ne pas prendre de risques. Je me sens bien et c’est de bon augure. Lors du dernier stage à Calpe, j’étais en bonne forme. En même temps, c’est mon défaut : je suis toujours très bien à l’entrainement et en course, parfois, ça ne répond pas. J’ai donc décidé de ne pas trop en remettre ces dernières semaines. D’habitude, je suis vite en forme parce que je commets l’erreur de trop rouler et le 5 janvier je suis prêt ! En compétition, cela équivaut à un mois de condition physique en moins. Là, je suis au point à quelques jours de l’ouverture dans le Grand Prix « La Marseillaise ». J’ai eu une petite frayeur en souffrant d’un rhume il y a quelques jours mais Jean-Jacques Menuet, le médecin de l’équipe, s’est bien occupé de moi.


Alors, comment abordes-tu ta douzième saison professionnelle ?

Je suis plutôt un vieux coureur, je ne peux pas me le cacher mais j’ai le mental d’un néo pro. En 2019, j’aimerais que tout mon sérieux soit payé en retour à sa juste valeur. Manu Hubert me connaît depuis longtemps, il sait que je peux être très souriant mais que je suis extrêmement travailleur, peut être trop. Dans ma carrière, j’ai obtenu des deuxièmes places à la pédale, de belles places d’honneur en World Tour mais je n’ai pas beaucoup de victoires. Seulement huit dont trois en classe 2. OK, j’ai eu de bons Top 10 en World Tour mais j’aimerais que mon travail paie. Notamment dans les courses du début de saison qui me plaisent, le Grand Prix « La Marseillaise », le Tour de Provence ou le Tour du Haut-Var.


Cela signifie que parfois, à force d’attendre, tu as des petits coups de bourdon ?

Je bourdonne à bloc ! Je suis tout le temps stressé, à trop réfléchir. Je me suis rapproché d’un préparateur mental qui essaie de palier à ça. Je vais donner un exemple : à l’entraînement, je peux avoir une minute super puis une minute nulle. Dans la foulée, je vais penser seulement à la minute nulle. De la même manière, je peux avoir un super résultat, je pense immédiatement à la prochaine course, sans savourer le bon moment présent. A focaliser sur ce qui n’a pas été bon. J’essaie de changer !



Pour toi, ce serait quoi une bonne saison ?

Gagner une course. En 2018, j’ai remporté une étape du Tour de Savoie en classe 2. C’est particulier. Si tu es pro, gagner une étape du Tour de Savoie, les gens vont dire que c’est normal. Si tu finis deuxième, ils vont dire ‘’regardez comme il est nul !’’. Pourtant il y avait Bernal et Zoidl qui a été recruté par le Team CCC, a gagné le général. Il ne faut pas oublier que dans ces courses, les gars ont très envie de taper les pros. Je vis ça aussi à l’entrainement quand je sors avec des amateurs du coin, ils ont surtout très envie me faire mal aux jambes. Et bien, (il rit)ça peut me faire gamberger ! Je suis incorrigible. Bon, bref, j’ai besoin de gagner… Il y a deux ans, quand j’ai changé d’équipe en provenance de Quick Step, j’avais choisi Fortunéo pour faire ma course mais j’ai aussi la satisfaction d’aider un leader. Warren (Barguil) est là. Lors du stage de Calpe, j’ai parlé avec lui. Je lui ai dit que mon but est qu’il marche parce que s’il marche, je vais marcher aussi. Je lui ai dit de ne pas gamberger, de se concentrer sur lui-même. Un équipier a besoin d’un leader qui marche. Warren va retrouver son niveau qu’il n’avait d’ailleurs pas perdu. Il a seulement manqué de réussite. Dès le début de saison je vais donc tout faire pour gagner et aider mon leader.


L’arrivée d’André Greipel va lui faire du bien, ils vont partager les responsabilités ?

André fait du bien à toute l’équipe. Il a déjà gagné. Je sais que ça ‘’surmotive’’ Warren, il doit se dire ‘’moi aussi je dois en claquer une !’’ L’an dernier, je pense qu’il n’avait pas la pression du leadership mais en venant d’une grosse équipe du World Tour dont la gestion et le fonctionnement sont autres, il a voulu gérer des petits problèmes infimes et il a fini par s’oublier un peu. C’est de l’énergie qu’il faut garder pour le vélo.


Maxime, c’est quoi ton histoire avec Emmanuel Hubert ?

Il m’a fait passer pro. Il y a treize ans, je l’avais rencontré dans le Rhone-Alpes Isère Tour. Je courais pour le VC La Pomme-Marseille et lui était directeur sportif chez Agritubel. J’avais fini meilleur jeune, quatrième du classement général. Nicolas Vogondy était son leader. Il est venu me voir et m’a proposé  de confirmer dans les courses suivantes et d’être stagiaire en fin de saison chez lui. J’ai été stagiaire tout comme Jonathan Thiré.  A la mi-août, Manu m’appelle pour me dire ‘’on ne sait pas qui sera le néo-pro. On va vous tester sur un même week-end.’’ Le soir j’étais un peu désespéré. Je me suis dit que si je ne passais pas pro après une telle année, je ne ferais jamais ! Dans la foulée, Yvon Ledanois m’a contacté pour me dire que j’avais une place au sein de l’équipe Caisse d’Epargne dont il était aussi directeur sportif. Thiré et moi avons donc été testés dans Paris-Bruxelles le samedi et dans le Grand Prix de Fourmies le dimanche. Dans la première course, j’ai fini dans le peloton, lui a été lâché. Le lendemain, il n’y a pas eu d’échappée au départ. Au contrôle de ravitaillement, un coureur a attaqué. Je l’ai suivi et nous nous sommes retrouvés quinze ou vingt devant. J’étais le seul coureur d’Agritubel. Le peloton a pris trop de retard et a abandonné. Le soir, Manu m’a annoncé que j’étais engagé en 2008


Quel est le secret d’Emmanuel Hubert ?

En 2007, sans rire, j’ai eu un coup de foudre !Je ne sais pas si c’est sa tête (il rit) mais je suis tombé amoureux de Manu ! Il sait trouver les mots. Quand j’ai signé chez Agritubel, Frédéric Rostaing qui était alors directeur sportif de La Pomme, m’a dit que chez Agritubel je devais courir les Trois Jours du Vaucluse pour gagner et Paris-Nice pour apprendre. C’était le bon choix.


Quand tu as quitté la Quick Step fin 2016, Manu a trouvé les mots pour te faire revenir à la maison ?

Je peux même dire qu’en 2017, pendant le Tour de France, j’ai prolongé mon contrat de deux ans avec Manu. Pourtant, j’avais une offre d’une très grosse équipe étrangère du World Tour. Manu quand il me parle, je ne sais pas s’il pratique l’hypnose, mais il est fort quand même. C‘est un affectif. Comme moi. Pour autant, je n’aime pas qu’on dise qu’Arkéa-Samsic est une équipe familiale. Ça peut vouloir dire qu’on n’est pas sérieux mais moi je suis super pro et l’équipe aussi. Elle n’a rien à envier aux autres. Ici, j’ai la liberté que je n’aurais jamais eue chez Quick Step.


C’est étonnant de te voir guidé aujourd’hui par les deux hommes qui voulaient t’engager à tes débuts ?

C’est vrai, mes deux patrons voulaient m’engager néo pro. Aujourd’hui, de très bons coureurs signent chez Arkéa-Samsic et il n’y a rien d’étonnant. Ils viennent en Continentale Pro pour prendre aussi du plaisir, connaître d’autres courses que le World Tour. Je connais plein de coureurs français qui en ont marre de faire le même programme chaque année. Chez Arkéa-Samsic, je vais pouvoir faire le Tour du Haut-Var puis Paris-Nice. La Classic Loire Atlantique et puis le Tour de Catalogne. Dans le World Tour, à subir, à faire comme du derrière scooter tout le temps, tu te dis que tu ne vas jamais gagner. Tu deviens triste. Tu fais que suivre. André Greipel, Warren Barguil avaient besoin d’un challenge. De se battre pour une Wild Card par exemple. Je ne suis pas étonné qu’ils soient là. Warren est toujours un battant mais il a besoin de ça aussi même s’il a connu le tout nickel chez Sunweb. 


Quel lecture fais-tu de votre dernière saison ?

Personnellement ça été compliqué en raison de ma blessure à la rotule. J’ai bien marché dans le Tour de Provence ou celui du Haut-Var où j’ai joué la gagne. Un soir, dans Paris-Nice, j’ai eu 41° de fièvre, j’avais la grippe. Je me suis bien fait engueuler par Jean-Jacques Menuet parce que je ne m’étais pas fait vacciner. C’était un mois de perdu dans la saison. J’ai fait une bonne coupure et j’ai été bien au Critérium du Dauphiné et dans le Tour mais c’était une saison compliquée pour moi et pour toute l’équipe.



Alors comment sens-tu 2019 ?

Je la sens bien ! Dans une équipe, comme dans un couple, il faut passer par des moments compliqués pour mieux se souder, pour remettre les choses à plat. Le staff et les coureurs ont été fautifs mais on a su se parler, trouver les mots sans se disputer. Je pense que 2018 est un mal pour un bien. On a obtenu deux victoires seulement mais cette année, ce pourrait bien être quinze ou vingt ! On a bien appris en se loupant.


Bon alors, toujours la même question, ce serait quoi une bonne année ?

Pour moi, une année réussie serait de gagner une ou deux jolies courses. Pour l’équipe de gagner une World Tour et on a largement le niveau. A la pédale, pas sur un coup de chance, avec les meilleurs. On en a les capacités. Le leader a un rôle à assumer, si ça ne va pas, les équipiers ne vont pas. Un équipier perd la flamme à rouler pour ne pas gagner parce que son travail n’est pas reconnu. Je n’ai aucun doute sur André et Warren. Lui, je l’ai observé pendant trois semaines dans le Tour, dans le bus nous étions assis face à face. Il essuyait des critiques. Moi, j’étais en ‘’dep’’ totale. Lui, avec son regard noir, disait ‘’Demain je vais casser le pédalier !’’. C’est la différence entre un champion et les autres. Warren, il est comme Thibaut Pinot. Il fait face mais il a besoin de s’amuser. Dans le Tour, on se battait pour prendre les échappées. Dès le départ, il partait à l’avant. Dans l’oreillette on lui disait ‘’arrête, le peloton est à bloc, Quick Step roule !’’Mais non, il ne se retournait pas. Et il s’échappait. Il court à l’instinct. Avec André c’est pareil, il peut être battu cinq jours de suite, le sixième, il gagne ! 


Tu reprends dimanche dans le Grand Prix « La Marseillaise ». Tu connais bien le parcours ?

Je vis à Plan-de-Cuques à un kilomètre du départ réel. Je connais parfaitement la course, c’est mon terrain d’entraînement. Je monte le col de L’Espigoulier presque un jour sur deux, par l’un des cinq côtés. Le col de l’Ange, la route des crêtes, c’est une fois par semaine. 


Donc dimanche, tu gagnes ?

Moi ou un équipier, ce serait bien. On a tous fait une bonne préparation hivernale, on a un meilleur niveau. Bon ici, tout le monde me dit ‘’tu vas gagner dimanche’’mais il ne me faut pas de pression, ça peut me faire courir à l’envers. J’avais fini deuxième il y a deux ans mais j’avais fait n’importe quoi dans le final. Je n’ai pas oublié…


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