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Amael Moinard: “L’équipe a fait un énorme pas cet hiver…”
Le 22 février 2019

A 35 ans, Amaël Moinard est une valeur sûre du peloton français, un capitaine de route sur lequel Arkéa-Samsic peut s’appuyer en toute circonstance. Engagé en fin de semaine dans le Tour du Haut-Var dont il a remporté une étape en 2014, il ne doute pas de la réussite de son équipe cette année et du plaisir qu’il va prendre cette année à évoluer en son sein.


Amaël, es-tu satisfait de ton début de saison ?

Je vais très bien. J’avais besoin de deux courses par étapes pour mettre en route. Ça a toujours été comme ça et c’est la raison pour laquelle j’étais toujours volontaire pour aller disputer en janvier le Tour Down Under en Australie. C’est une course World Tour. Avec Arkéa-Samsic, j’ai donc décalé mon programme. J’ai eu besoin du Challenge de Majorque et du Tour de La Provence. A présent, j’espère vraiment jouer les premiers rôles même si je serai un ton en-dessous de Pinot et Bardet. Je m’entraîne avec ce dernier, je sais qu’il est prêt.


Tu enchaines avec le Tour du Haut-Var qui te réussit bien ?

J’y ai gagné une étape en 2014 et, c’est vrai, cette épreuve m’a toujours réussi. Il faut y être tout le temps concentré et placé. C’est une course d’usure, sans grand col. Son profil me convient mais je dois admettre que le changement de parcours cette année ne rend pas la course évidente. Il y a désormais trois étapes au lieu de deux. La première étape Vence – Mandelieu-la-Napoule, vendredi, sera une course un peu étonnante. Une étape usante aussi. L’étape clé est la deuxième mais la première peut surprendre. Samedi, c’est 200 kilomètres avec une arrivée en haut de Mons, en passant par Montauroux et Fayence. Il n’y a plus la côte des Thuillières mais c’est difficile. Enfin dimanche, l’arrivée est jugée au sommet du Mont-Faron qui sera précédé d’un petit col et d’une descente technique. Dans les rues de Toulon, avant l’ascension finale, le peloton sera étiré, un peu usé aussi. Ce ne sera pas mal.


En l’absence de Warren Barguil, vous bénéficierez de plus de libertés ?

C’est exactement ça, on va avoir de la liberté. Romain Hardy était bien dimanche dans le Trophée Laigueglia et sera sur son terrain dans les première et deuxième étapes. En Italie, Kevin Ledanois n’était pas mal du tout. Jérémy Maison est tombé dans la deuxième étape du Tour de La Provence mais avait de bonnes jambes. Nous devons donc être présents et être capables d’être là quand c’est dur.


Ce n’est pas si facile de passer d’un statut d’équipier à celui de coureur libre ?

Me positionner vers l’avant pour faire ma course n’est pas naturel. J’ai besoin de retrouver des repères. Entre jouer pour un leader et jouer pour soi, il y a une marge. C’est un engagement différent dans le peloton. Il faut penser à beaucoup plus de choses. Ça prend un peu de temps. Chez BMC, j’avais tout le temps un leader pour jouer les premiers rôles mais chez Arkéa-Samsic, c’est intéressant d’évoluer avec les jeunes qui veulent apprendre.


Après une année difficile pour tous, tu as remis de choses en cause ?

Un peu parce que j’ai raté ma fin de saison. Tout s’explique, j’avais fini très fatigué la saison 2017 et j’avais opté l’an dernier pour une reprise retardée en mettant du temps à m’adapter au changement de matériel. Là, j’ai repris l’entraînement plus tôt et je me sens mieux. Je suis dans mes toutes dernières années et je veux les faire bien.


Tu as pris ta décision pour fixer ta fin de carrière ? 

Non. J’ai toujours envie de m’entraîner, j’ai toujours besoin de l’engagement en compétition. Avec l’âge, quand ça frotte à bloc, il y a une petite réserve mais sur l’exercice de mon métier, il n’y a rien à dire. C’est plus facile aussi parce que mes enfants sont grands, ils sont autonomes et ont conscience de ce que je fais. Il y a plein de petits trucs au niveau récupération qui sont plus simples. Quand ils étaient jeunes, j’avais de l’implication familiale et professionnelle, ça se croisait. Mon arrêt de carrière, je vais le décider au feeling mais pour le moment je ne me vois pas arrêter, je me sens bien physiquement et j’ai fait un de mes meilleurs hivers. Normalement je dois passer une bonne année.


Après un Tour de La Provence décevant, ce soit être agréable de suivre le déroulement du Tour d’Oman et la bonne performance collective de l’équipe et bien entendu d’Elie Gesbert ?

Elie est un jeune coureur très intelligent. Il est observateur, à l’écoute, il ne demande rien mais prend note. En 2018, il a emmagasiné de l’expérience en commettant beaucoup d’erreurs à l’entraînement et en course où il était trop fougueux. Il a du talent et a fait un bon travail hivernal. A Oman, il profite de l’expérience de coureurs solides comme André Greipel. Mercredi, après sa cinquième place à Green Mountain, je lui ai envoyé deux messages. Là, il est à son niveau et doit répéter une telle performance quelques fois dans l’année. Il est jeune mais a les qualités pour être devant.



 


C’est une année importante pour ton équipe qui envisage d’être candidate au World Tour ?

Il y a d’abord la pression de la sélection du Tour, il faut faire ça bien. Il faut aussi répondre aux objectifs de l’équipe. Ça demande une implication de chaque instant. Etre dans le World Tour nécessite d’être présent du début à la fin de la saison, sur plusieurs fronts et dans chaque course. C’est un engagement de tous mais c’est bien d’avoir des patrons ambitieux.


En 2017, tu as beaucoup hésité à quitter BMC, l’une des meilleures équipes du monde ?

Il faut remettre pas mal de choses dans le contexte. J’avais eu mon deuxième enfant en 2012 et j’avais fait le pari d’habiter à Nice. A la base je voulais faire trois à quatre ans chez BMC mais après ? Changer de rôle dans un contexte différent n’était pas si simple. Il fallait une opportunité pour le faire… Dans mon ancienne équipe, ça s’était bien passé, notamment avec Cadel Evans dont j’étais le lieutenant quand il a gagné le Tour de France. En 2014, je gagne au Tour du Haut-Var et c’était la preuve que je pouvais aussi jouer ma carte. En 2015, je finis 15edu Giro. Chez BMC, ça s’est renouvelé comme ça. J’aimais bien son ambiance internationale et l’exigence permanente qui y régnait, notamment au niveau du matériel. Ça me plaisait, alors pourquoi partir ?


Et pourquoi avoir choisi Fortunéo-Samsic et Emmanuel Hubert ?

Warren Barguil avait décidé de les rejoindre et c’était un beau défi d’aider un jeune coureur français à se développer en tant que leader. Le projet était super intéressant. Il l’est toujours ! Manu Hubert, je le connais depuis que je suis passé pro. Il a toujours été sympa, proche des coureurs. Je suis là dans le but de l’aider dans une atmosphère sympa. A 35 ans, c’est bien de travailler dans une atmosphère sympa. L’an dernier, ça n’a été simple pour personne mais j’ai appris sur moi-même. Je n’étais pas mal dans Paris-Nice, j’ai pris du plaisir dans le Tour en étant plusieurs fois à l’avant. Je ne me suis pas dit que c’était une galère mais aujourd’hui, dans la perception de notre sport, on voit surtout le résultat. Quand tu passes à l’attaque, t’as intérêt à réussir, la partie du rêve est moindre. On s’adapte mais l’équipe est structurée pour réussir. J’espère vraiment qu’on va délivrer à Manu les résultats qu’il attend. Durant cet hiver, il n’a fait aucune concession au niveau matériel. Il est allé chercher les bons composants, les bonnes fringues et je pense qu’il doit rester sur cette ligne. L’équipe a fait un énorme pas cet hiver.


Et notamment en engageant André Greipel ?

J’adore André. Il est toujours respectueux. On a le même âge, on se connaît depuis longtemps. Dans le peloton, les sprinteurs ne sont pas toujours sympas, lui est toujours réglo.


Pour conclure Amaël, que serait un bon Tour du Haut-Var pour toi ?

Essayer d’être devant et de me faire plaisir en reprenant confiance. Arriver pour la gagne. Je n’ai pas un objectif chiffré mais sur une ou deux étapes je veux être devant. Pour l’équipe, la réussite serait une victoire d’étape. On peut avoir une course fermée comme en Provence la semaine dernière mais on est deux ou trois dans l’équipe à pouvoir tirer notre épingle du jeu.