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Le billet de Marc Fayet #10 – Le jour nouveau
Le 11 juillet 2017

La spécificité du jour d’après c’est de se situer entre le jour sans, qui succède lui-même à la veille, et de précéder le lendemain, dont il est pour sa part le jour d’avant. La particularité singulière de ce jour d’après c’est de générer beaucoup d’appréhension et on le comprend. Comme il succède à un jour sans, j’entends sans étape, sans enjeu, sans douleur et pour  certains sans vélo, il a de quoi inquiéter les coursiers qui ont matière à s’interroger : «  Est-ce que je sais encore courir ? Est-ce que je saurai encore souffrir ? Est-ce que je suis toujours prêt à mourir ? ». C’est une remise en question légitime car il suffit de se poser quelques secondes les jambes en l’air, revoyant en boucle les images de la veille à la sortie du mont du Chat pour que chacun puisse dire « C’est nous les dingues qui avons fait ces folies ? » Cette prise de conscience d’après vision dans ce jour d’après renvoie le champion à son subconscient et il s’étonne d’avoir à ce point « Débranché le cerveau ». Un cerveau déconnecté, comme on l’imagine, c’est la capacité à ne plus avoir aucun contact avec la  conscience, peut-être même avec l’intelligence car l’homme n’est plus lui-même à moins qu’il ne le soit pleinement, retrouvant toute sa part primitive, j’oserai dire primale où la volonté d’avancer est prioritaire sur l’instinct de survie, sorte de grégarité générale de ceux qui savent qu’ils ne sont que les sujets d’une histoire qui les dépasse, celle du Tour de France qui décidément est plus grand que les hommes qui la font. Ce jour d’après vue, avant l’imprévu des jours suivants, est celui où chacun recherche ses sensations sans espérer être sensationnel, juste ascensionnel dans la nouvelle condition à venir pour les 6 jours qui viendront s’achevant au Puy en Velay, après des épisodes en veux-tu en voilà ! La directive de la direction en direction de Bergerac était de tenter de mettre le feu. Garçon précoce (Il est le benjamin de cette édition) Elie a tenté de le faire mais c’était un jour trop tôt car mettre le feu à l’hôtel ne garantit pas d’être le combatif du jour, juste le pyromane de Périgueux. Qu’à cela ne tienne, quitte à entretenir une nouvelle réputation, voici qu’en ce jour d’après incendie, juste au coup de feu le petit Gesbert jaillit tel un Geyser en compagnie d’un Offredo tout frais d’eau… Spontanément associés, voici que l’eau et le feu s’entendaient alors à merveille pour faire un bout de chemin ensemble, mais ils étaient un peu esseulés car le vent n’a pas voulu sortir du peloton. Ni Zéphyr ni Eole auprès de leurs épaules et c’était parti pour une partie de manivelles, manière de se dérouiller les jambes après le jour sans et vivre un jour sain, celui de saint Benoit le patron des ingénieurs civils et patron du bétail, ce qui est amusant car les coureurs se trouvent souvent pile au milieu : moitié ingénieurs, moitié bovins et pour le vin, un bon Bergerac coulera à flot. Pour qui ? Pour celui qui telle une fusée, celui qui tel un avion, celui Kittel qu’il est, l’intouchable…. Car c’est bien lui qui a mis le feu à l’arrivée bien après que l’eau de Yoyo conjuguée au feu follet d’Elie ne se soient lentement éteints mutuellement à 6km8 de la ligne, soufflés par un petit courant d’air après nous avoir si bien éclairés de leurs lumineux espoirs. Mais il y a toujours un jour, après le jour d’après… Et ils espèrent que ce sera le leur.