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Le billet de Marc Fayet #16 – Bonne volonté
Le 18 juillet 2017

A l’heure où j’écris ces lignes la 16ème étape n’a même pas débuté et pourtant je prends l’initiative de rédiger cette petite chronique sans savoir ce qu’il va se dérouler tout simplement parce qu’aujourd’hui je vais la suivre en direct, comme un véritable suiveur, un invité privilégié entre le Puy en Velay et Romans sur Isère dans une voiture sur le parcours avec des coureurs que je pourrais presque toucher depuis ma vitre ouverte. Lorsque je me retrouve dans la peau de l’invité je perds tout recul pour n’être que dans la contemplation et l’admiration. Une sorte de vacance créatrice propre à mon désir d’en savourer chaque seconde et d’imprimer chaque sensation dans mon cortex entre le Thalamus et l’amygdale… Attention ! Ne pas confondre cette amygdale du cervelet, avec les amygdales qu’on a dans le gosier. La première permet de nous faire pleurer enfant quand on nous annonce qu’on doit nous retirer les deuxièmes, c’est de là que toute l’émotion prend forme. Sans amygdales nous ne serions que des machines froides et sans angines. Quoi qu’il en soit c’est avec toutes mes amygdales, et d’autres amis que je ne vais pas manquer de rencontrer, que je vais éprouver lors de cette déjà inoubliable journée une foule de sensations, de stimulations que je ne pourrai traduire qu’une fois que j’aurai pu poser sur la table la somme colossale d’instants afin d’en faire un tri et tenter de remettre en mots pour constituer la chronique qui naitra demain ou après-demain car on a souvent du mal à se remettre d’une telle immersion. Aujourd’hui je ne fais que prendre le train qui me mènera à la Gare de St Etienne Château où un pilote m’attendra ( A l’heure où vous lirez cette chronique, il ne m’attendra plus, tout sera déjà fini et je serais dans le train du retour, c’est juste pour que vous sachiez où j’en suis entre mon présent et notre futur ) Le pilote m’aura donc récupéré pour me mener au départ. Moments à flâner au village-départ pour tenter d’admirer toutes les célébrités que je pourrais y croiser, Bernard Thevenet, Stephen Roche, Pierre-Luc Perrichon, Bauke Mollema, Jules Romains… Vous ne connaissez pas Jules Romains ? Mais c’est un type formidable, un gars qui n’a pas gagné une seule course mais qui m’a accompagné durant des années, celles où je désirais me plonger dans une littérature généreuse et foisonnante. Ce type est du coin comme toute sa famille et a écrit un truc incroyable intitulé « Les hommes de bonne volonté » que j’ai dévoré comme on dévore les 165 kilomètres qui nous mèneront (Qui nous ont menés, c’est déjà fait ! je ne vais pas vous expliquer à chaque fois !?) à Romans sur Isère , Romans la bien nommée, car elle est au pluriel comme les 27 Romans qui composent ce formidable chef d’œuvre où Jules impose sa doctrine de l’unanimisme… Un truc difficile à expliquer mais pour faire court disons que le but est qu’il faut raconter les hommes dans leur globalité par l’intermédiaire d’un seul en particulier. Genre Je est les autres… Ou plutôt je suis nous… Enfin en gros quoi ! De toute manière Jules a été mon héros depuis longtemps et je me souviens dans quel état j’étais lorsque je décidais de me lancer dans la lecture d’un nouveau volume de ces 27 bouquins, c’était un peu… Un peu comme maintenant, quand je vis une étape du Tour, je suis un lecteur pris au milieu des événements, je m’y crois et je ressens avec la même acuité, le même plaisir, les mêmes craintes aussi ! Que va-t-il arriver ? Qui va gagner ? Qui va perdre ? Que vont devenir tous ces personnages ? Des centaines dans les romans comme sur le Tour. Oui vraiment je vais vivre une expérience unique ne sachant ce qu’il m’attendra serai-je différent après avoir passé cette journée comme après avoir lu tous les romans de Romains ?