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Le billet de Marc Fayet #18 – Sur la sellette
Le 20 juillet 2017

Dès que se présente la haute montagne on se sent tous petits, non seulement parce que les historiens du cyclisme ne peuvent s’empêcher d’en revisiter tous les exploits et les tragédies qu’elle a pu générer…  Et qu’est-ce qu’ils peuvent nous bassiner avec leur connaissance encyclopédique ceux-là ?! Qu’importe la seule vérité est que l’on sait à quel point dans ces circonstances il n’y aura pas de demi-mesure, ou bien il va se passer quelque chose d’exceptionnel ou bien la montagne accouchera d’une souris. Intéressant d’ailleurs de se pencher sur cette expression… En connaissez-vous l’origine ? Sachez qu’ elle est héritière d’un événement directement lié au tour de France en 1917. Le Tour entamait cette année-là pour la deuxième fois de son histoire les cols Alpestres et notamment celui de l’Izoard, mais en dépit de sa difficulté c’est là qu’Isidore Marchand, le père de Robert Marchand notre cycliste centenaire, et qui était clerc de notaire, avait déclaré lors de la première ascension en 1911 «  ça y est  le col est monté »… qui est devenu « être collet monté », pour désigner quelqu’un qui affiche de manière un peu trop voyante sa supériorité sociale. Mais je m’éloigne et je dois revenir à nos moutons… Autre expression très sympathique… Pourquoi revenir à nos moutons ? De quels moutons s’agit-il ?… Les  moutons sont en fait la désignation des fidèles qui tous les dimanches se pressaient aux offices. Ainsi lorsque deux abbés s’entretenaient et avaient tendance à se perdre en digression discutant par exemple du tour de France et de son étape Briançon-Izoard, il y en a toujours un qui les ramenait à l’essentiel en déclarant « Nous nous égarons, revenons à nos moutons », c’est-à-dire à leurs ouailles, pauvres pêcheurs qui  préféraient suivre le Tour que le seigneur. Mais je m’écarte et revenons à notre souris de 1917. Le leader de cette édition en était Gaston Louris qui lors de cette quatrième étape de 342 kms bénéficiait d’une avance ridicule sur son poursuivant qui n’était autre que le célèbre Maurice Mansour. Les deux coureurs se tenaient dans un mouchoir de poche… Savez-vous d’où provient cette expression ? Il se trouve qu’à la cour de François 1er  un de ses conseillers, Le comte de la Pochade duc de l’Ubaye, avait une forte tendance à éternuer en raison d’une allergie aux poils de chats. François excédé par ces éternuements incessants le forçait à ne plus venir le visiter et rester dans un cabinet attenant à la grande salle de conseil. Ce cabinet était souvent envahi de mouches et on imagine sans peine pourquoi. François qui était toujours le 1er pour plaisanter déclarait souvent « Ce brave Lapoche », car c’était son surnom, « ce brave Lapoche peut se moucher comme il veut, ça sentira toujours aussi mauvais là où il est »… Qui par contraction est devenu «  Mouchoir » (La salle à mouches) « de Poche » (Lapoche, Comte de la Pochade, duc de l’Ubaye ) devenu « mouchoir de poche », personne qui se trouve dans un lieu exigu.


Vous constatez où  les origines des expressions peuvent  se nicher ?… Sachez seulement qu’un des descendant du Comte Lapochade duc de l’ Ubaye inventa l’huile camphrée qui fut providentielle pour nombre de coureurs et de là naissait l’expression « Mets de l’huile » destinée à celui qui, bien massé et les jambes luisantes, était destiné à partir en échappée comme aujourd’hui Warren qui a mis de l’huile et des Watts  pour faire la tournée des grands Ducs. Bien ! Où en étais-je ? Oui le tour 1917 Louris et Mansour. Les voici qui après une journée à se tirer des bouts… Connaissez-vous d’où vient cette… ? On s’en fout !  Voici que les deux forçat attaquent L’Izoard. Mansour  en premier et Louris qui lui suçait la roue… Vous savez d’ailleurs d’où vient cette… ? La prochaine fois, d’accord !


Lors de la grimpette les deux garçons étaient épaule contre épaule un peu comme Poupou et maître Jacques… « C’était au Puy de Dôme en 1964 au km… » Stop !  Merci Jean-Paul Ollivier c’est pas le moment de la ramener non plus ! … Laissez-moi raconter.


 


Cette étape de 1917 devait être décisive, extraordinaire et palpitante, une lutte sans merci devait se livrer car le vainqueur là-haut devait l’emporter là-bas. Mais ils ne se livrèrent qu’une petite lutte de gagne-petit… On attendait le calme avant la tempête, ce fut la croix et la bannière pour les départager, ils n’ont pas épaté la galerie pour cette journée de dupes car les dés étaient pipés ce qui est fatal lorsqu’on vend la peau de l’ours avant de le tuer,  et ils n’ont pas été nombreux à se bousculer au portillon à cause du coup de Trafalgar de l’éminence grise. Au final vous avez bien compris ce qu’il advint !  Mansour et Louris ne se livrèrent pas vraiment et ce qui permit au célèbre reporter du journal l’auto Félicien Lechat… « Ni Mansour, ni Louris… La lutte fut décevante et la montagne accoucha de deux moitiés de héros c’est-à-dire une souris » (Contraction de Mansour et Louris)… Voilà ! C’est tout bête comme chou comme vous le constatez et ça se raconte sans en rajouter, pas besoin d’étaler sa science comme certains… Je suis un adepte de l’humilité et quand il n’y a rien d’autre à raconter, je le dis…