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Le billet de Marc Fayet #20 – Histoire marseillaise
Le 22 juillet 2017

Le grand cirque prépare ses dernières représentations, l’immense chapiteau bientôt va se replier et faire ses adieux en deux temps.  A Marseille d’abord et à Paris ensuite.  Jamais les deux villes, pourtant adversaires historiques qui se sont toujours jalousées, n’auront autant été reliées et opposées. Tout d’abord parce que Marseille a eu le privilège aujourd’hui de décider du classement définitif de cette édition du Tour de France quand Paris ne sera réduite demain qu’à en présenter le résultat irrévocable. C’est à Marseille que l’histoire de ce Tour, nationalement inoubliable, s’est inscrit pour toujours avec comme protectrice la Bonne Mère devenue celle de tous les coureurs et qui les a bénis de venir lui rendre visite pour la première fois, roulant à ses pieds pour prouver leur dévotion presque aveugle. Il fut un temps où lors de grands rendez-vous sportifs, les principaux concernés et leurs admirateurs venaient allumer des cierges au sein de la basilique de Notre Dame de la Garde. Il s’agissait principalement de vœux concernant l’Olympique de Marseille et ces vœux furent parfois exaucés. Est-ce que Froome, Bardet et Uran seraient venus en catimini hier au soir pour faire les leurs ? Nous ne le serons jamais et le résultat d’aujourd’hui parle pour eux.  Ils se souviendront à jamais de leur séjour Marseillais, surtout la veille de Paris. Ils ont vécu le contraste le plus représentatif des identités françaises car il faut bien le reconnaître, il n’y a rien de plus antinomique que ces deux populations là, qui aiment autrement et le disent différemment.


On connait les complexes que peuvent concevoir certaines villes Françaises accablées par la suprématie démesurée de la capitale qui se targue trop souvent d’être un peu le centre de beaucoup de choses de manière outrancière. On cite souvent l’épreuve Paris-Roubaix alors qu’il y a bien longtemps que le départ n’est plus donné dans la ville en question. On pourrait dire la même chose de Paris-Nice, de Paris Troyes ou de Paris-Brest… Et que dire de Paris Hilton qui n’est pas plus à Paris qu’au Hilton ? N’y a-t-il pas quelque chose d’excessif dans cette volonté de faire de cette ville le centre de tout quand tout peut se passer ailleurs ? Et à Paris il manque beaucoup de choses, tous les Marseillais vous le diront : Il manque le soleil, la mer, le ciel bleu, les cigales et la vraie pizza. De plus à Marseille on fait ce qu’on dit. Quand on fait Marseille-Cassis, on part de Marseille et on va se prendre un bain sur la plage du Bestouan. Si on parle de Marseille Saint-Charles, on part toujours de Marseille et on va à la gare ce qui nous permet d’aller où on veut. Ici on ne raconte pas d’histoires on les fabrique.


Reconnaissons-le, pour la première fois Marseille est devenue capitale du cyclisme, elle en est l’instance supérieure grâce au suspense supplémentaire qu’elle nous a offert avec son chrono décisif. Maîtresse du temps, la ville a adoubé le vainqueur et c’est elle qui lui donnera  l’autorisation de se présenter en tête sur les champs Elysées comme elle a décidé de l’ordre exact de chaque coureur.  Elle autorisera seulement l’un d’eux de s’offrir une victoire de critérium devant le public Parisien, juste pour la parade.  Paris ne sera demain qu’une petite vitrine d’exposition quand Marseille en a été aujourd’hui l’usine à émotions. Nous connaissons le caractère des Marseillais et leur esprit de contradiction, on reproche souvent aux gens d’ici d’exagérer un peu et s’il y a bien une journée où on lui a demandé de le faire plus que de coutume c’était bien aujourd’hui. Exagérer sa présence au départ et à l’arrivée dans le temple que représente le stade vélodrome, exagérer la beauté de son parcours magnifique dans les rues offrant des vues à couper le souffle au spectateur, mais en donnant de l’inspiration aux champions.


Exagérer dans ses encouragements forcément exclusifs. Marseille est la ville de tous les possibles et de tous les impossibles et comment ne pas lui en être reconnaissant car s’il y a une chose qui parachève le tout c’est bien cette fameuse Marseillaise, je ne parle pas de la bonne mère qui a certainement chanté les louanges de ses enfants venus la visiter, mais du chant de tous les Marseillais qui est devenu celui de tous les Français. C’est donc Marseille qui la seule aura eu le pouvoir de prêter son chant pour le faire résonner sur les champs Elysées. Marseille fait ce qu’elle veut et elle en a décidé ainsi. Mais les chants des cigales seront toujours plus harmonieux que les champs Elyséens.