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Le billet de Marc Fayet #21 – Poids plume
Le 23 juillet 2017

Je n’ai cessé au travers de certaines de mes chroniques d’ironiser sur la maigreur de ces champions qui ont triomphé durant ce tour et parmi eux le trio Froome, Bardet, Barguil, tous rivalisant de gracilité leur permettant de s’envoler au moindre coup de vent ou plutôt devrai-je dire, à la moindre inspiration, de celle qui donne des ailes pour planer au-dessus des autres et atteindre les cimes qui ont décimé tant de balourds, entendez plutôt des bas-lourds, des grosses cuisses qui bien souvent annoncent des gros-culs comme on les nomme vulgairement. Pour relater tous ces faits, ma plume pas toujours très légère, devait se tremper dans la sueur et dans le sang des autres, celle de ces héros pris comme des personnages que les témoins comme moi se plaisent à malmener pour le plaisir du bon mot ou de son jeu qui l’accompagne. Si ma plume est lourde parfois et alourdit ma main, les poids plumes qui ont animé cette joute cycliste n’ont eu de cesse que de jouer avec leur âme, certains même préférant s’en débarrasser car c’est toujours se rajouter un fardeau superflu qu’on n’a pas envie de hisser au-delà de 1500 mètres. Ces quelques grammes en moins, le poids de l’âme, sont toujours bons à perdre pour gagner en tonicité et peut-être en opiniâtreté.  Il est bon parfois de se dépouiller de tous les artifices de la sensiblerie, quitte même à rouler sous les huées.  Les gens n’imaginent pas à quel point se retrouver dans une enceinte dominée par les sifflets et les pouces baissés peut décupler la force et la rage de celui qui, délesté de tous ses désirs de séduction, pourra vaincre sans péril  en dépit de cette bruyante adversité. Il ne s’agissait pas d’autre chose durant les combats de gladiateurs sous l’empire Romain qui étaient là pour jouer leur vie même conspués par le stade entier. A Marseille le même phénomène se produisit,  le jaune anglais y puisa son désir de victoire grâce à la contestation, il parvint à sublimer son effort quand le héros Français acclamé plus que de raison, soutenu plus que de coutume, devenu pâle tout à coup, vit sa force neutralisée, bloquée par l’émotion et la sensibilité qui l’a générée, autant de choses qui puisent terriblement dans les fibres de l’homme… A ce jeu on découvrit très rapidement où l’âme avait disparue et où l’homme est resté. C’était le combat perdu d’avance entre l’homme et l’âme, ce sont ces « grâmes » en moins pour l’un qui lui permirent de prendre le dessus sur celui qui en avait encore trop. A l’époque où l’on parle de gains marginaux : Positions aérodynamiques, casques profilés ou picots sur les épaules, on a bien constaté que cela n’était destiné qu’à détourner de l’essentiel en donnant un os à ronger et du grain à moudre pour ceux qui ne savent quoi faire de leurs dix doigts ainsi que des cases qu’ils doivent remplir dans les journaux. L’essentiel se jouait au mental, plus que cela,  à l’inconscient et le héros annoncé n’a pu que sauver la face cachée de ses faiblesses. Il lui reste encore à se débarrasser de ce que l’autre n’a plus, la peur de perdre. Il n’y a pas à pleurer ni se désespérer de cette chronique d’un échec annoncé, les couleurs et les victoires françaises démontrent que le sentiment est encore présent et qu’il relie le peuple et ses champions. Un autre poids plume a su faire parler de lui grâce à un garçon qui n’est pas une plume mais qui porte encore du duvet sous le menton, le petit Elie qui a remonté l’Elysée et ses champs en compagnie de ses aînés tous admirables d’engagements et de désir d’exister avec de l’âme, de la fantaisie et tant pis si ça rajoute en charges à porter. Eux, leurs gains marginaux se comptabilisent en sympathie conquises et en humanité reconnue. Cette équipe la plus légère sur le papier et surtout par son compte en banque était pourtant bien plus riche d’initiatives que des plus nanties, s’invitant de manière surprenante auprès des formations les plus huppées et tenant la roues des coureurs millionnaires. Elle s’est montrée généreuse, humble, pleine d’envie, de hardiesse, d’invention, d’intention…  de quoi remplir sa  musette à espérances car s’il y en a une qui ne s’est pas faite plumer, c’est bien elle.