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Le billet de Marc Fayet #8 – L’évènement culte phénomène
Le 8 juillet 2017

Nous vivons une époque sensationnelle dans laquelle le rare se mêle au fantastique et où toutes les dimensions stupéfiantes tendent à nous montrer chaque jour que nous sommes cernés par le talent, que dis-je ! Par le  génie. Il n’y a pas un jour où une affiche, une publicité nous annonce l’arrivée de la série événement, du film déjà culte, du roman phénomène. Ces dernières années une recrudescence de ces merveilles semble avoir pris une ampleur qui a de quoi nous laisser cois, voire de nous complexer. Qui sont ces êtres d’exception qui semblent de leur vivant atteindre l’ultime consécration qui verra leur œuvre entamer un chemin inexorable vers la postérité ? C’est un peu comme si tous les mois se révélait un nouveau Léonard de Vinci, que sur les écrans sortait un « Casablanca » toutes les trois semaines et que « La recherche du temps perdu » de Proust envahissait les présentoirs des librairies une fois par trimestre. La question que l’on est en droit de se poser est la suivante… N’est-ce pas un peu excessif et prématuré ? Car nous savons tous qu’un culte a besoin de temps pour s’installer, qu’un événement a besoin d’avoir l’assentiment de millions de personnes et que pour être un phénomène il faut que tout le monde s’accorde à le reconnaître. Si je mets ces choses en perspective c’est parce qu’à mon sens le seul  événement-culte-phénomène avéré est bien le Tour de France qui depuis 114 ans occupe une place digne des plus grandes religions tant ses fidèles sont nombreux à travers le monde. Il a fait preuve de longévité, de grandeur, de présence, de passion à nul autre événement pareil et ses épisodes, jours après jours, sont plus passionnants et parfois aussi attendus que la plus regardée de toutes les séries. Sauf qu’une série efface une autre, et un bouquin chasse le précédent, rien ne peut détrôner le tour de France qui dévoile lui-même ses icônes, qui les consacre de leur vivant car celui qui gagne sur le Tour de France aura sa place à la postérité alors que vous pouvez me citer le nom d’un seul des comédiens de la dernière série événement ? Le réalisateur du film déjà Culte ? Ou le titre du Roman phénomène ? Non. Aujourd’hui aux Rousses on se souviendra longtemps qu’un coureur phénomène a créé l’événement lors d’une étape qui pourrait devenir culte. Mais pour réussir une telle rencontre il y a besoin d’acteurs et de surprises, dans ce registre Brice et Romain ne se sont pas mal débrouillés et à ce titre ils ont participé activement eux-aussi à l’événement culte phénomène.


Je ne vais pas vous faire l’énumération des crus traversés par cette journée de parcours vinicole, tout d’abord parce que je ne suis pas un grand spécialiste et puis le seul cycliste œnologue français qu’on pourrait consulter n’a pas été sélectionné pour ce tour ( Clément Chevrier le coureur d’AG2R la mondiale qui a l’amour du vin au bout de la langue et les mots pour l’exprimer au fond du gosier). Je ne vous parlerai pas de Bacchus non plus (Dionysos pour les téléspectateurs Grecs) il a déjà beaucoup à faire avec le Théâtre dont il est également la sommité divine.  De plus, comme j’ai du mal à faire monter mes pièces en ce moment, je lui ai demandé de travailler avec moi plutôt que de s’opposer aux dieux du tour qui de toute manière effacent tous les autres durant le mois de Juillet. Non je vous parlerai plutôt de mes nuits, qu’elles soient de Saint Georges ou d’ailleurs, qui me renvoient à mon enfance et durant lesquelles je me voyais nettement avec le maillot jaune sur le dos. Combien de fois ai-je rêvé, à l’époque où j’étais en mal de reconnaissance, moi le timide, l’introverti, d’accomplir l’exploit qui me permettait de sortir de mon anonymat en revêtant le précieux maillot. Je n’avais bizarrement pas de concurrents à mes côtés et que ce soit sur le plat, en moyenne montagne ou en haut des plus longs cols, j’arrivais chaque fois seul et détaché, pour qu’on puisse m’admirer un peu quelques instants. Les réveils étaient toujours laborieux car j’avais beau regarder autour de mon lit, je ne le retrouvai pas, au contraire de beaucoup de coureurs qui racontent dans leur souvenirs ces premières nuits en jaune où certains se réveillaient plusieurs fois pour rallumer et voir s’ils n’étaient pas dans un rêve, et qu’il était bien là et bien à eux ce fameux paletot. Certains craignant cette angoisse nocturne avouaient même dormir avec pour être certain que personne ne leur enlèverait durant leur sommeil. C’est la différence entre eux et moi. Je l’ai eu souvent mais ne l’ai jamais touché, eux l’ont touché souvent mais ne l’ont pas eu longtemps, au contraire de certains garçons étiques qui ont tendance à se l’approprier un peu trop facilement. Mais je les préviens : ça ne va pas à tout le monde, ça peut même donner mauvaise mine alors que le vert rehausse le teint, que le blanc rajeunit et que les pois rouges apportent la fantaisie que la montagne n’inspire pas. Magies de la couleur du temps.

On dit d’un vin jeune qu’il est un peu trop vert et quand il n’est plus vert, il est mur. A Saint-Georges, c’est presque l’inverse :  Le vert est devenu la robe d’un grand cru allemand qui l’a subtilisée au gentil Picard, tellement mur, qu’il était cuit ayant mal dormi sa nuit. La porte des caves de Bourgogne était difficile à franchir aujourd’hui et ils s’y sont mis à deux. Finalement c’est Marcel qui l’ouvrit car il avait la clé tandis que Dan n’était pas encore Mac Lay… Mais ça viendra et on boira du vin chambré dans la chambrée, il paraît que « Par Saint-Georges », on dort mieux la nuit après.