Tour de France #15 – Pierre-Luc Périchon : “Tous un même objectif : la gagne”

Pour l’échappée, la 15ème fut la bonne. Depuis le début du Tour on se demande si une échappée va aller au bout, c’est chose faite depuis trois heures. Une dizaine de coureurs sortent dès le kilomètre 0, ils sont rejoints par un groupe de contre 50kms plus loin, on y retrouve Pierre-Luc Périchon et Romain Hardy. Les 28 fuyards ne reverront pas le peloton. Romain cède du terrain dans le col de Peyra Taillade. Pierre-Luc s’accroche, il lui manque 300m dans la dernière difficulté du jour pour basculer avec le groupe Barguil. Sur la ligne PLP est 14ème, Romain 19ème. En montagne, on garde toujours un œil sur l’arrière et Dan McLay. Après avoir fait un raid de 160 kms, seul, devant la voiture balai, le britannique rallie l’arrivée, dans les temps. Notre formation est septième au classement par équipes de l’étape. Au général, Brice Feillu est 19ème, Dan McLay lanterne rouge mais l’équipe est toujours au complet.

Pierre-Luc Périchon :
« L’équipe fait une belle étape mais à l’arrivée, il y a un peu de frustration. L’objectif de prendre une échappée n’est pas seulement de montrer le maillot, on a envie de jouer la gagne. Je suis déçu de venir mourir à 3 secondes du groupe pour la deuxième place. Dans quelques heures je relativiserai, être à l’avant sur une étape comme aujourd’hui est déjà une belle performance, mais Paris approche et on ne veut pas arriver sur les Champs avec des regrets. »

Romain Hardy :
« Dès le pied du premier col, c’est sorti à la pédale pour aller chercher les cinq hommes de tête. Avec PLP, la stratégie était simple, on n’avait pas le poids de la course, il fallait s’accrocher le plus longtemps possible et faire le point dans le final. Je craque à 3kms du sommet de Peyra Taillade. Il ne me manque pas grand chose… On court tous après une seule chose : une victoire d’étape. Face à nous, il y a les tout meilleurs, mais on y croit sinon on ne passerait pas 5h sur le vélo (rires). »

Elie Gesbert :
« Dans l’avant-dernier grimpeur, Chris Froome a eu un incident mécanique. J’ai vu revenir le train de la Sky et je me suis dit que j’allais les accrocher le plus longtemps possible. J’étais dans la roue de Chris Froome, à ce moment-là, on ne savait pas si le maillot jaune allait rentrer. Je me disais que j’étais peut-être en train d’assister à un tournant du Tour. C’est impressionnant mais on est vite rappelés par la difficulté des cols et on se concentre sur notre effort. »

Sébastien Hinault (directeur sportif) :
« Il fallait avoir un coureur devant aujourd’hui, on en avait deux, c’était encore mieux. Pour un directeur sportif, c’était difficile nerveusement (rires). On était dans le coup pour la gagne. On n’a pas pu jouer jusqu’au bout, c’est dommage parce qu’on y a cru. On avait le droit d’y croire. Il y aura encore des opportunités surtout qu’on peut toujours compter sur Dan McLay, notre sprinteur. Il s’est vraiment accroché, aujourd’hui. Il a fait plus de 160kms tout seul… C’est toujours stressant de veiller aux délais pour Dan, on aimerait finir à neuf et il lui reste des étapes pour s’exprimer. »

 

Le billet de Marc Fayet #15 – Vu d’ici

Je vous écris d’un lieu historique où les cyclistes viennent rouler depuis des temps immémoriaux. Ce lieu c’est l’anneau qui entoure l’hippodrome de Longchamp, un endroit incontournable pour tous les mordus comme moi, pour tous les enragés comme les autres. Il faut voir la galerie de portraits extraordinaires qui défile surtout les dimanches, certains se fréquentant depuis plus de vingt sans ne jamais s’être adressé un mot, ou alors juste une insulte le jour ou l’un a tassé l’autre dans le petit goulet du moulin « Connard !» « J’t’emmerde !» voici les seules amabilités qu’ils ont pu se faire. De toute manière c’est bien connu, le cycliste possède un franc-parler et à la voix qui porte : « A DROITE ! » Gueule-t-il quand il arrive pleine balle avec sa petite équipe en enfilade derrière lui. Et puis il sait siffler aussi, c’est souvent plus radical, quand on entend siffler le train, on ne moufte pas, on se rabat et on se laisse enrhumer. Moi ils m’ont à la bonne ce matin, certains me saluent, d’autres me complimentent sur la beauté de mon vélo. Ils doivent me reconnaître, parfois on a ses petits moments de gloire. Il y en a d’autres en revanche qui viennent pour parler, on a l’impression qu’ils ne viennent que pour ça depuis vingt ans « Alors Maurice ! Ta femme elle croit toujours que tu fais du sport ? » « Ouais ! Je fais mes 100 bornes, je lui ai dit que j’en ai fait 200 et entre temps je vais voir mes poules » Et tous de s’esclaffer ! « Qu’il est con ce Maurice ! ». Vous n’imaginez pas non plus la variété des vélos qui circulent, du plus ancien tout allu de chez Alex Singer (Un fabriquant de vélo sur mesure de Levallois depuis 80 ans, une légende dans le coin) au tout dernier Chrono tout carbone de chez BMC. Il y en a pour une fortune et il ne faudrait pas qu’une bande de braqueurs vienne nous faire une visite, ils pourraient aux alentours de 11h30 au plus fort de l’affluence, repartir avec au moins 1 million d’euros en matériel… J’ai fait le calcul tout à l’heure ! On n’imagine pas la quantité de matos qui circule sur ces 3km500. Et puis il y a aussi les tenues, là aussi on sent que certains soignent l’apparence, voulant tout faire pour ressembler à un coureur, un vrai, enfin un vrai de Longchamp, qui n’est pas celui de Vincennes, ça n’a strictement rien à voir et puis d’ailleurs à Vincennes c’est du trot attelé quand à Longchamp c’est du galop. Parmi toutes les couleurs, il y a des maillots neutres en pagaille, dont un avec le drapeau suisse. Il y a des tenues de clubs du coin ACBB, CSM Puteaux, AS Corbeilles-Essonnes, d’autres plus inconnus avec des sponsors locaux : Une entreprise de maçonnerie, une Pizzeria, une imprimerie. Ce matin par exemple il y avait même un maillot de Champion du monde, peut-être du surplace, car je l’ai passé sans difficulté, il m’a même félicité, j’étais flatté, lui aussi m’a reconnu, il a dû me voir à la télé. Il y a des jours, c’est le vôtre. Non seulement j’avais la jambe mais j’avais aussi la petite côte avec, même si ce n’est qu’un faux plat. Ce qui était le plus surprenant aujourd’hui c’est qu’il y avait 4 maillots de la Française des jeux, ce sont eux qui étaient les plus représentés quand Direct Energie n’en avait qu’un et ils n’ont jamais collaboré. Les deux FDJ menaient le gros paquet dans lequel je me suis planqué car j’attendais de voir les réactions et ça n’a pas manqué « Hé les gars ! Qu’est-ce que vous foutez ici ? Au cas où vous le sauriez pas, y’a Thibaut Pinot qui se sent un peu seul sur le Tour ! » Et ça rigole encore plus fort. Vraiment je pourrai vous raconter encore des tas d’épisodes et vous montrer quantité de personnages mais j’ai quitté le peloton mené par les FDJ et j’ai bien fait, le tour d’après il y eut une chute en plein milieu. Le gars est resté allongé u moment, ça m’a un peu refroidi alors j’ai quitté le cirque et certains m’ont chaleureusement salué, j’étais vraiment surpris. Finalement je commence à être célèbre… A moins que… A moins que… !?… J’y suis ! J’avais la tenue complète Fortuneo Oscaro et le vélo de PLP. C’est peut-être seulement et sûrement pour ça… Ça s’appelle l’état de grâce.

Tour de France #14 – Maxime Bouet : “Continuer à être offensif”

« Continuer de tenter et d’anticiper », étaient les mots de Sébastien Hinault ce matin au briefing. Maxime Bouet s’y colle en premier, il suit l’expert en échappée : Thomas Voeckler. Mais les puncheurs ont coché l’étape et les équipiers de Greg Van Avermaet et Michael Matthews contrôlent l’avance des hommes de tête. Regroupement général à 13 kilomètres de l’arrivée… pas pour longtemps, quatre hommes tentent de sortir dont Pierre-Luc Périchon. Ils prendront jusqu’à 15 secondes d’avance. Mais Caruso et Arndt ne roulent pas. Finalement, ils sont une dizaine à se jouer la victoire d’étape, Michael Matthews s’impose devant Greg Van Avermaet. Pas de regrets aujourd’hui pour notre formation, toujours 9ème au classement par équipes. Brice Feillu est 20ème du général.

Pierre-Luc Périchon :
« À 25 kilomètres de l’arrivée, j’étais bien placé avec Florian Vachon. J’ai décidé d’anticiper et Flo restait placé pour le final. À 15kms, il y a eu une attaque puis ça s’est ouvert devant moi, j’y suis allé à l’instinct. J’ai réussi à faire le jump mais j’ai réalisé qu’il y avait un équipier de Sunweb et de BMC et qu’ils n’allaient pas passer un relais. Avec le coureur de Katusha, on s’est rapidement dit qu’on n’allait pas les amener dans un fauteuil, on les a attaqués à tour de rôle, je ne suis pas déçu, on a tenté. Sébastien Hinault nous avait demandé d’être actif dans le final. On a été à l’avant toute la journée. Je ne vais plus avoir beaucoup d’opportunités pour m’exprimer, je me sens bien alors je vais continuer d’essayer.»

Maxime Bouet :
« Ce matin au briefing, l’objectif était de mettre quelqu’un dans l’échappée. Je voyais Thomas Voeckler bien placé au départ, je me suis mis dans sa roue et ça n’a pas loupé. Avec lui et Thomas De Gendt, on pouvait y croire. On s’est bien entendus, je pense que le peloton a eu peur de ces hommes-là. À 40 kilomètres, De Gendt nous a mis dans le rouge, j’ai préféré monter à mon rythme et accrocher le peloton. Je voulais garder de l’énergie pour aider les copains dans le final. Si on fait le calcul, il ne nous reste plus beaucoup d’étapes pour nous exprimer, on doit continuer à être offensif et répondre présent dans les échappées à venir, notamment demain. »

 

Le billet de Marc Fayet #14 – Les Oh ! Et les Bah !

Notre vie est jalonnée de « Oh ! » et de « Bah ! » Oh ! Est une interjection marquant la surprise avec une possibilité d’exubérance comme : Oh Génial ! Oh super ! Oh la jolie fille ! Oh le démarrage ! Oh le sprint !

Bah ! En revanche est une interjection à visée négative avec forte connotation fatalise comme : Bah ! Tant pis ! Bah c’est foutu ! Bah ! Elle est pas si jolie que ça ! Bah ! C’est encore Froome qui va l’emporter.

Ainsi notre vie répond à quelques antagonismes qui peuvent nous permettre, soit d’approcher une certaine forme d’exaltation où l’extraordinaire pointe avec un soupçon d’incrédulité : Oh je le crois pas !

Soit nous pouvons sombrer dans un sentiment défaitiste augmenté d’un certain découragement : Bah ! C’est cuit !

Ainsi nous avons entre ces deux formes d’expressions, ressemblant davantage à des onomatopées qu’à de véritables mots, les manifestations instinctives de l’humain confronté à ses propres émotions générées par des situations de la vie où l’indifférence est bannie. L’homme est ainsi fait qu’il peut, alors qu’il est tranquillement installé à la terrasse d’un café,  s’exclamer au passage d’une beauté : Oh le canon ! S’il boit un canon ou tout simplement : Oh la belle bleue ! S’il regarde un feu d’artifice !

Il aurait pu hier, alors que nous étions le 14 Juillet, s’écrier : Oh il l’a fait ! Pour commenter le triomphe avant l’arc de Warren Barguil l’homme à pois qui tombe à pic. Comme il aurait pu se dire, toujours à la terrasse de son café en voyant la très jolie fille, la même que l’autre : Bah ! Toute façon c’est pas pour moi ! Un peu comme les coureurs qui ont tenté de s’accrocher au groupe maillot jaune sur les rampes impraticables du mur de  Péguère. Ils se sont dits aussi : Bah ! Toute manière t’as toujours un Sky qui s’taille devant et nous on s’caille derrière.

Ce contraste permanent est celui qui régit notre vie d’hommes et de femmes, confrontés que nous sommes à la lutte pour maîtriser le chaud et le froid qui sont en nous. Certains psy pourront diagnostiquer une tendance à la dépression voire à la bipolarité lorsque nous nous retrouvons à osciller entre l’enthousiasme et le découragement. Le Tour de France a cette particularité insidieuse de pouvoir nous endoctriner et  nous faire perdre notre conscience. Il est capable de nous intoxiquer par millions en nous rendant dépendants et contraints de subir les aléas émotionnels que nous ne pouvons pas esquiver. Le sort de tous les « Toureurs » (Coureurs du Tour)  nous devient aussi important que celui de nos proches. Pour se préserver d’une telle influence addictive il faudrait fermer les yeux et les oreilles, quitter la France, quitter le monde et s’isoler là où il n’y a plus personne, plus une image, plus une banderole, plus une flèche… C’est possible ! Devenir une sorte d’Ermite ascète et Misanthrope… Oui c’est possible mais se retrouver seul avec soi-même, sans café et sans vélo, sans Froome et sans Barguil, sans règlements et sans commissaires, sans montagne et sans descente, sans Voeckler et sans tentatives perdues d’avance, c’est risqué car si on se tait définitivement pour ne plus s’entendre faire des Oh ! Et des Bah ! On finira, c’est fatal, par se retrouver en silence à vivre des hauts et des bas.

TDF #13 – “Accompagner les tout meilleurs, j’en avais des frissons” Pierre-Luc Périchon

En ce 14 juillet, le spectacle était au rendez-vous sur les routes du Tour. Lutte pour la victoire d’étape, pour le classement général, pour entrer dans les délais… les spectateurs n’ont pas eu le temps de s’ennuyer. De notre côté, on avait les yeux sur le groupe maillot jaune car entre les maillots blancs des Sky on pouvait distinguer Pierre-Luc Périchon mais aussi Romain Hardy.  On gardait également un œil sur l’arrière de la course pour suivre Dan McLay et une main sur la calculatrice pour connaître les délais. À l’arrivée, Pierre-Luc Périchon est 23ème, Brice Feillu perd un peu de temps au général mais reste 20ème et Dan McLay franchit la ligne avec le gruppetto. Au classement par équipes, notre formation est sixième aujourd’hui.

Pierre-Luc Périchon :
« J’avais de bonnes jambes, j’ai réussi à suivre le groupe maillot jaune jusque dans les pourcentages les plus élevés de la dernière ascension. Accompagner les tout meilleurs sur une étape comme aujourd’hui, ce n’est pas rien, j’avais les frissons. Le plus difficile est d’accrocher le groupe, après l’objectif était de tenir le plus longtemps. Pendant l’effort, je me rendais compte que j’étais entouré de champions mais je ne réalisais pas. En début de Tour, je disais que l’objectif était de me faire plaisir, sur cette journée, c’est mission accomplie. »

Romain Hardy :
« Je me suis accroché une bonne partie de l’étape au groupe maillot jaune mais je me suis retrouvé piégé dans la descente du second col. Quand j’ai appris que Brice et Maxime étaient 1 minute derrière moi, j’ai temporisé pour les attendre, le but étant de limiter la casse pour le classement général pour Brice. Pour ma part, je suis en forme, je récupère bien, le moral est là. »

Sébastien Hinault (directeur sportif) :
« Le bilan est mitigé, avec un Brice dans une grande journée on aurait pu se battre mais ce n’était pas le cas. Jouer la gagne aujourd’hui était très difficile, devant il n’y avait que les champions. Je retiens le très bon état d’esprit de l’équipe, Romain a attendu Brice pour l’aider dans la descente et lui permettre de conserver sa place au général. On connaîtra des jours meilleurs, mais on est toujours au complet et c’est une satisfaction. Eduardo se remet petit à petit de ses blessures. On est motivés pour les deux étapes à venir, on veut croire à la victoire. »

 

Le billet de Marc Fayet #13 – Les voix de la sagesse

Lorsque les problèmes diplomatiques s’intensifient, que la guerre semble inéluctable et que la confusion gagne les esprits rien de de tel que faire appel aux sages. Ils peuvent être philosophes, sociologues, historiens, mais ils peuvent également être de simples citoyens dotés d’un solide  bon sens. J’en ai deux dans mon quartier et c’est moi qui les ai choisis et leur ai attribué cette fonction qu’ils ne revendiquaient pas eux-mêmes. Tous les deux sont commerçants et ils étaient ouverts ce matin du 14 Juillet dans la rue du Poteau, on se serait d’ailleurs crus sur une étape du Tour tant le ballet des hélicoptères sillonnant notre quartier était incessant comme sur l’ensemble de Paris. Il ne s’agissait pourtant ce matin-là que de ceux qui étaient chargés de veiller à la sécurité. La sécurité de quoi me demanderez-vous ? Mais la sécurité de ceux qui sont chargés de protéger notre nation !  Vous seriez en droit de manifester votre étonnement « Il y a sur les champs des centaines de chars, des milliers de militaires armés et il faut les protéger ? » Je vous répondrai « Oui parce que la Seine est trop étroite pour les porte-avions » Oui bon ! Nous n’allons pas épiloguer plus longtemps sur la justesse de ce déploiement de force Parisien quand la force s’est montrée à Peyragudes où il n’avait même pas un lance-Pierre ou plutôt si il en avait un de Pierre mais il a craqué avant l’arrivée et n’a pas réussi à le lancer. Durant cette longue matinée j’ai décidé de consulter mes sages pour qu’ils me commentent la journée d’hier et me prédisent celle d’aujourd’hui, celle de la fête nationale, la journée bleue blanche et rouge où nous espérons toujours des successeurs à David Moncoutié, Richard Virenque ou Laurent Jalabert qui avaient eus en leur temps cet immense privilège de hisser la fierté d’être français au sommet de notre orgueil . Le premier  sage je l’ai vu dans sa boutique du Roi du saucisson, excellent charcutier traiteur, il s’appelle Roland, c’est un  Mayennais d’origine et qui ne jure que par la famille Madiot, « Mon frère connaissait bien son père et mon beau-frère a connu sa cousine ». Pour lui ce sera la journée Pinot «  Parce que Madiot + Pinot = drapeau ! » il s’est largement trompé, pas de Pinot ni de Madiot, encore moins de drapeau.  Quand à ce qu’il s’est déroulé hier il m’a juste affirmé que Romain Bardet était un excellent stratège, «  il pourrait défiler avec les Maréchaux aujourd’hui parce qu’il a fait mieux qu’un général.  Et puis vous avez vu l’anglais ?  Il va tout droit lorsqu’il faut tourner et il tournicote lorsqu’il faut finir tout droit. Voilà ce que c’est que de conduire à gauche ! On finit par être maladroits ». Il n’a pas pu aller plus loin dans son analyse, il avait les pâtés de lapin à sortir du four mais c’était bien résumé.

Je suis ensuite allé voir mon deuxième sage qui se prénomme André, il tient une cave nommée Cavavin  Il s’y connait bien lui aussi, genre de type qui connait la géographie sur le bout de la langue, maîtrisant les crus comme les parcours, il sait toujours me trouver la bonne bouteille qu’il faut… Ce matin il me conseille un petit vin d’Ariège, un coteau du Plantaurel blanc. « Faut le boire vite, il est un peu court en bouche mais tu verras à la fin il te laisse une impression inoubliable, un peu comme aujourd’hui où je vois un Français… » « Pinot ? » « Non, c’est pas un cépage qui tient par ici » Et de me détailler le tout, me promettant quelque chose de gouleyant, de nerveux, de racé, un truc corsé, étoffé et fruité. Je ne savais plus s’il me parlait du vin ou de l’étape ! Finalement c’était les deux, on l’a bien constaté. André c’est un sage qui aime les images, celle du Tour et celle des détours vinicoles. Il voulait aller plus loin et me sortait déjà un verre pour me faire goûter le vin de demain « un petit vin d’Aveyron » un Rouge de côtes de Millau et de me détailler à nouveau ses qualités «  « Tout ce que je peux te dire qu’il est bourru et qu’il a de la cuisse… » Mais ça je l’imaginais déjà, il faut être bien rodé pour gagner à Rodez. Nous n’avons pas pu prolonger car une cliente Anglaise entrait, elle voulait un petit vin italien qui s’avale comme un rien. André lui a dit qu’il n’en avait pas… Aujourd’hui il ne voulait vendre que du Français et nos vœux avec Warren furent exaucés.

Le billet de Marc Fayet #12 – Le pire aimé du Père Agudes

« La mission si vous l’acceptez sera de rédiger une chronique avec ce titre imposé mais qui doit avoir tous les aspects de la crédibilité » Voici le message qui m’est parvenu ce matin par le truchement d’un songe nocturne qui ne m’a pas quitté jusqu’à cette journée qui je le craignais risquait d’être légèrement neutralisée, car je sais à quel point les coureurs peuvent craindre que le ciel leur tombe sur la tête ce qui fut un peu le cas. Voilà donc que j’hérite de cette rude tâche au moins aussi pénible que celle qui les attends car c’est long, ça grimpe et le temps est humide, mais je ne me sens pas à sec alors puisque l’inspiration est le secret du bon sportif, j’expire avant de mourir et je me lance pour me dépêtrer de ce double jeu de mot piège qui m’éloigne autant de la ligne d’arrivée que celui aura décidé de lâcher aujourd’hui, mon objectif étant de terminer dans les délais. Me voici à mon départ fictif… C’est parti pour qu’il le reste jusqu’à l’arrivée.

Le père Agudes, né dans le village du même nom est une sorte de rebouteux, un peu nutritionniste, un peu médium, un peu pronostiqueur PMU aussi, bref de ces hommes dont la parole est écoutée dans les moments de doute et surtout la veille du tirage de l’euro-million. Le père Agudes avait trois fils : Romain, Fabio et Chris qui avaient comme passion la bicyclette mais la vraie celle qui fait mal aux pates.  Le père Agudes se plaisait à leur apprendre la rivalité plus que la fraternité,  aussi il les poussait à s’opposer promettant au meilleur des trois de lui offrir un joli costume jaune car le jaune ils aiment beaucoup et lui aussi, sauf que le père Agudes l’aime dans son verre avec un glaçon, pas ses garçons. Et puis le jaune va bien aux plus maigrichons. « C’est le plus malingre qui gagnera ! » Prédisait le papa aux trois fistons, lui qui se voyait à travers eux comme trois aspects de lui-même, trois traits de son caractère : l’explosivité malicieuse de Fabio, le calcul méthodique de Chris et l’intelligence pointilleuse de Romain ou du moins le croyait-il, lui qui passait dans le village pour un original un peu fêlé. Il s’en fichait et avait sa conscience pour lui comme disent toujours ceux qui ont quelque chose à se reprocher. Quoi qu’il en soit le fameux jour de la compétition tant espérée il convoqua son beau-frère le père Sourde qui s’y connaissait en biclou, il en avait vu souvent par chez lui depuis 70 ans et des maigres il en a vu passer, à l’époque où ils étaient un peu plus enrobés, les Robic, Gaul, Bahamontès, Hinault, Van Impe, Jalabert. Le père Sourde fut frappé de l’aspect des trois fils d’Agudes qui s’opposaient ce 13 Juillet 2017. Chris, le fils préféré portait la couleur tant convoitée et le père Agudes prédisait encore qu’il le porterait le soir « C’est mon plus maigrichon donc c’est mon champion » Comme ce sont des frères ils ont eu du mal à se faire des crasses et lorsque le Chris se trompa de route voulant faire du cross et que Fabio qui suit toujours son grand frère se fit embarquer de la même manière, Romain qui se retrouvait devant et qui a le sens de la famille décida avec ses copains d’attendre ses deux ainés et puis il trouvait qu’ils n’étaient pas assez maigres ces compagnons timides,  ce qui lui donnait une mince chance de prendre la poudre d’escampette. Le père Sourde et le père Agudes, main dans la main, assistèrent à la lutte finale et c’est le petit Romain qui franchit la ligne le premier et Fabio qui revêtit  le jaunâtre costume. Inutile de raconter les détails, il y avait une autre histoire de famille mais elle était en second plan, deux beaux-frères partis en avance pour avoir de l’avance avant de prendre du retard. Ils devaient avoir deux trois trucs privés à régler.

Bref pour terminer cette histoire familiale sachez que le fils aîné du père Agudes dû céder son costume jaune au plus brun des frérots, réputé le plus souriant. Devant la défaillance de son fils préféré, le père Agudes dû revoir son jugement et après tout ce qu’il avait dépensé pour l’habiller de jaune, il préféra l’offrir au cadet Fabio, juste pour faire rêver le petit dernier , Romain qui se dit depuis ce jour « ça va Bardet !!! » et le père Sourde rentrant chez lui ne put s’empêcher de raconter… Chris est vraiment le pire aîné du père Agudes à Peyragudes dans les Pyrénées.

TDF #12 : Brice Feillu a tenté !

Pour les spectateurs l’arrivée au sommet de Peyragudes s’annonçait magnifique, digne d’un paysage de film. Pour les coureurs du Tour de France la montée s’annonçait éprouvante et pleine de rebondissements, digne d’un James Bond !

Sans représentant dans l’échappée matinale, Maxime Bouet et Brice Feillu décident d’attaquer dans le Port de Balès. Objectif : anticiper le coup de force des favoris. Problème : la sky impose son tempo. Il manque 500m à Brice Feillu pour accrocher le bon wagon. A l’arrivée, l’altiport de Peyragudes et sa redoutable montée finale laissent des traces sur les visages de nos coureurs. Brice Feillu franchit la ligne en 20ème position, il est également 20ème du général. 37min après Romain Bardet, vainqueur du jour, on aperçoit Dan McLay avec dans son sillage, la voiture balai. Notre sprinteur passe la ligne en dernière position mais l’important est ailleurs, il entre dans les délais et c’est bien là le principal.

Brice Feillu :

« Dans la montée du Port de Balès, Max m’a dit : « j’aimerais attaquer pour devancer l’accélération du peloton maillot jaune. » Je l’ai regardé et je lui ai dit : « ok, on y va ». Quand les favoris sont revenus sur moi, je me suis accroché pour basculer avec eux, j’ai craqué à 500m du sommet, je pensais revenir dans la descente… dommage. On a tenté, ça pouvait être intéressant. »

Eduardo Sepulveda :

« Mes plaies ne me font pas trop souffrir mais depuis que j’ai chuté, j’ai du mal à récupérer. Aujourd’hui, je ne pouvais pas faire beaucoup mieux, j’avais mal aux jambes. Je me répète mais le Tour de France est un rêve pour moi et je reste motivé et concentré pour la suite. »

Dan McLay :

« C’était dur. Je commence à avoir l’habitude de la voiture balai en montagne, je m’étais préparé à cela. Au pied du Port de Balès, je me suis retrouvé seul. Je ne me suis jamais affolé. Je termine dernier mais avec 10min d’avance sur les délais, j’ai pu gérer mon effort. Demain encore, l’étape s’annonce difficile. Quand je vois le travail de mes équipiers lors des sprints, j’ai qu’une envie : y retourner ! Pour cela, il faut passer la montagne.  Je vais tout donner. »

Sébastien Hinault :

« J’ai apprécié la tentative de Maxime et Brice. Ils ont voulu anticiper le coup de vis des favoris, c’était plutôt bien joué. Ce n’était pas une consigne de notre part, on a même été un peu surpris d’entendre à radio course qu’ils sortaient tous les deux. Avant chaque étape, on leur répète de ne pas avoir peur de prendre les devants. Dommage que Brice ne réussisse pas à basculer avec le groupe maillot jaune. J’aurais aimé voir Edu évoluer à 100% de ses capacités sur ce genre d’étape. Il souffre mais n’est pas en difficulté, c’est un guerrier. Tout le monde entre dans les délais, on remonte au classement par équipes, on est septième, la journée est plutôt positive. »

Tour de France #11 – Dan McLay : “Courir pour gagner”

Cette étape de plaine longue de 203 kms semblait promise aux spinteurs avant de retourner vers la montagne. L’échappée du jour se dessine dès le premier kilomètre, ils sont trois à fausser compagnie au peloton. Le scénario ressemble de près à celui de la veille mais Bodnar, sorti à 25 kilomètres de l’arrivée, relance la course. Le polonais tient tête au peloton jusqu’à 400m de la ligne. Les sprinteurs vont pouvoir se disputer la gagne. Indétrônable, Kittel remporte sa cinquième victoire d’étape. Bien emmené par Florian Vachon, Dan McLay prend sa chance, il est cinquième.

Dan McLay :
« Avec l’équipe, on progresse à chaque sprint. On est de mieux en mieux organisé, Elie et Flo ont fait un boulot incroyable dans le final. Je fais un bon sprint, mais Kittel est au-dessus du lot. J’ai couru pour gagner, en restant dans la roue de Kittel je dois pouvoir accrocher la deuxième place mais pour gagner il fallait prendre sa chance. J’ai eu mal aux jambes (rires). »

Pierre-Luc Périchon :
« C’était très nerveux aujourd’hui, à 25 kilomètres de l’arrivée, j’ai roulé pour garder notre place à l’avant du peloton et pour protéger les gars du vent. Ensuite, j’ai fait mon maximum pour rester derrière Dan et fermer la porte. J’ai réussi à m’accrocher jusqu’à 3kilomètres de l’arrivée, j’aurais aimé les aider encore plus. Elie a bien replacé Dan et Flo. Les derniers kilomètres sont éprouvants, il y a à la fois les sprinteurs et les leaders du général, plusieurs fois des coureurs sont venus casser notre train. Il faut qu’on soit moins gentil. Dan monte en pression, de notre côté, il faut qu’on soit au millimètre, pour l’amener dans les meilleures conditions. »

Sébastien Hinault (directeur sportif) :
« Kittel est au-dessus du lot mais comme je l’ai dit à Dan, il n’a aucun regret à avoir car il court vraiment pour la gagne quand d’autres se contenteraient d’une seconde place en restant dans la roue de Kittel. Si Dan avait opté pour la même stratégie, il aurait certainement pris la 2ème ou 3ème place mais il vise la victoire. C’est une mentalité qui me plaît. L’équipe a été extraordinaire, quand je vois qu’ils étaient encore trois à 1km de l’arrivée, c’est super. On est en train de mettre quelque chose en place, je ne sais même pas si les gars en ont conscience. C’est génial de vivre ça sur le Tour, une 5ème place ce n’est pas la gagne mais ça fait plaisir ! »

Le billet de Marc Fayet #11 – Le pouvoir

Ils sont deux à avoir pris le pouvoir sur ce tour, l’allemand tout d’abord qui a décidé que tous ses voyants et ses voyeurs seraient en vert. C’est l’homme qui fait de plus en plus « Quick », de plus en plus vite distribuant des tickets pour faire deux, pour faire trois juste derrière lui. Et puis le Kenyan qui a choisi le jaune car c’est sa couleur préférée lorsqu’il vient faire du tourisme en France pour le garder jusqu’à Paris décidant à son grès qui sera à sa droite et qui sera à sa gauche sous l’arc de Triomphe pour la photo souvenir. Ce dernier a choisis l’agence Sky, spécialiste des voyages calibrés et organisés, il savait qu’elle propose de bons guides triés sur les mollets prêts à tous les sacrifices pour emmener  dans un fauteuil première classe leur meilleur client venu se faire un safari dans le pays où les lions sont vieillissants, les loups craintifs et les serpents sans venins.  Le principal atout de ce touriste étique et efflanqué ? L’argent. C’est son pouvoir principal et que faire contre celui-ci ? Contester mes frères ! Car il nous reste, et c’est notre droit le plus élémentaire, le pouvoir de dire non, comme celui de dire oui. Un rapide référendum démontrerait à n’en pas douter que le oui l’emporterait avec une majorité écrasante mais je suis certain qu’il reste chez certains contestataires une volonté de refuser cette hégémonie car nous sommes en démocratie crénom de nom ! Ne restons pas incrédules et assumons le non. La première arme !?  le contre-pouvoir qui peut se traduire en pouvoir de nuisance par exemple.  Pour nuire et obscurcir le ciel anglais qui a décidé de planer au-dessus de chaque étape, il est recommandé de le pouvoir, et qui peut le moins peut le plus, et qui peut le plus pleure le moins. Je sais qu’il existe chez certains adversaires quelques rêves de puissance plus chiffrés encore que les Watts sur leurs compteurs. Il est donc conseillé de se dépenser sans compter à partir de maintenant en organisant une fronde juste pour voir ce qu’on peut contre le pouvoir. Non au pouvoir vert, non au pouvoir jaune ! La liberté n’a pas de couleur. La liberté c’est un sentiment, un état d’esprit. Il y a parmi la horde, pas assez sauvage, un jeune homme issu d’un pays qui a connu la dictature à l’époque où le général Vidéla l’instaura. Il n’était pas né lorsqu’elle cessa mais il sait combien, aujourd’hui encore, elle a laissé des traces dans sa nation. Ce brave Edouardo, le petit Argentin timide, a chuté lourdement Dimanche puis il est remonté sur sa machine décidé à continuer le combat en silence. Il ne fait que partie des malchanceux presque anonymes poursuivis par le sort mais il sait dans sa chair et dans ses gênes qu’il ne faut jamais plier, jamais céder pour espérer accéder à un espace de liberté pour tenter d’ébranler les statues figées à l’ambition programmée.  Il est comme ces gens du peuple qui croient en des jours meilleurs malgré la douleur.  Alors unissez-vous dans une conviction commune, car il y a un pouvoir auquel vous avez droit plus que tout autre, c’est le pouvoir de rêver et celui-là, c’est  vraiment le plus beau et il est universel.

Tour de France #10 – Dan McLay : “I can get it”

Depuis son anniversaire, le 1er juillet, célébré en grandes pompes, sur la rampe de lancement de Dusseldorf, Elie Gesbert a découvert le public du Tour, le peloton du Tour, la difficulté de la montagne et aujourd’hui une échappée sur le Tour. En compagnie de Yoann Offredo, il parcourt 167 kilomètres en tête de course, avant d’être repris à 6 kilomètres de l’arrivée. Fin de la partie pour le plus jeune coureur du peloton, qui portera le dossard rouge du plus combatif demain, mais pas pour l’équipe. Dan McLay lance son sprint de très loin, il prend les devants dans la dernière ligne droite et fait lever les supporteurs bretons. Mais, aujourd’hui, il y avait 200m de trop pour le britannique. Dan McLay prend la septième place, et attend déjà demain.

Dan McLay (7ème) :
« Avec du recul, je n’aurais pas dû quitter la roue de Kittel mais il fallait que j’essaye. Je pensais qu’il attendrait un peu pour lancer et que je prendrais l’avantage mais il a tout de suite pris ma roue et je me suis fait passer à 200 mètres. Je ne pouvais plus revenir… La dernière fois, j’avais lancé mon sprint trop tard, aujourd’hui c’était trop tôt, et demain… je ne sais pas le traduire en français alors je vais le dire en anglais « i can get it ». »

Elie Gesbert :
« Ce matin, j’avais l’autorisation d’aller dans l’échappée, alors je ne m’en suis pas privé. J’y ai cru à un seul moment, à 25 kilomètres de l’arrivée, quand on a repris du temps au peloton. Je me suis dit : « si on arrive avec 1min30 d’avance à 15 kilomètres, il y a un coup à faire. » On est repris à 6 kilomètres de la ligne… Je suis le plus jeune coureur du Tour, mais je n’ai pas de complexe. Je viens de vivre ma première échappée sur le Tour et mon premier podium. Le public m’a encouragé durant les 167kms d’échappée. Même si ce matin le prix de la combativité n’était pas un objectif, c’était quand même un grand moment. Je me changeais entre Chris Froome et Marcel Kittel, je ne me laisse pas facilement impressionner, mais j’avais des frissons sur le podium, ça donne envie d’y retourner (rires). Dan a encore fait un gros sprint, il n’aura plus beaucoup d’occasions mais j’espère qu’il va créer la surprise. »

Florian Vachon :
« Toute l’équipe a bien travaillé pour Dan. On est resté roues dans roues jusqu’à deux kilomètres de l’arrivée. J’ai essayé de le remonter, on est revenu au niveau de Marcel Kittel. Dan a lancé son sprint de loin, les dernières fois il avait trop attendu, aujourd’hui, il a saisi l’ouverture … un peu trop tôt. Personnellement, je me prends au jeu et je prends confiance en moi. Les coureurs du peloton s’habituent à notre présence dans les sprints. Malgré les abandons il y a encore de très bons sprinteurs mais Dan aura encore une chance demain. Je suis très content pour Elie Gesbert. Je suis en chambre avec lui, c’est un super jeune. Il est courageux, je pense qu’il a une belle carrière devant lui. »

Eduardo Sepulveda :
« Après ma chute de dimanche, je m’étais préparé à souffrir aujourd’hui, finalement, ça s’est mieux passé que prévu (rires). Je suis resté sagement dans le peloton, j’ai eu un peu de chance car le rythme n’était pas très élevé. Par contre, quand il y a des relances et que j’accélère, la douleur est bien présente. Il me reste une journée pour récupérer avant la montagne, je vais m’accrocher pour voir Paris et pourquoi pas retenter une échappée la troisième semaine. »

Denis Leproux (directeur sportif) :
« Dan a été très bien placé par ses coéquipiers, notamment Pierre-Luc et Flo qui l’emmène dans le final. Aujourd’hui, il a pris l’initiative de se mettre devant et de lancer de loin. Il a un peu accusé le coup mais il fait 7ème, c’est super. C’est lui qui a lancé le sprint, il lui manquait un peu de force dans les derniers mètres. Il a pris le sprint à son compte, il a confiance en lui, c’est positif. L’autre bonne nouvelle est le prix de la combativité pour Elie. Il avait des fourmis dans les jambes et voulait prendre l’échappée, il a bien fait. C’est une super journée pour l’équipe, pas de regrets. »
 

Le billet de Marc Fayet #10 – Le jour nouveau

La spécificité du jour d’après c’est de se situer entre le jour sans, qui succède lui-même à la veille, et de précéder le lendemain, dont il est pour sa part le jour d’avant. La particularité singulière de ce jour d’après c’est de générer beaucoup d’appréhension et on le comprend. Comme il succède à un jour sans, j’entends sans étape, sans enjeu, sans douleur et pour  certains sans vélo, il a de quoi inquiéter les coursiers qui ont matière à s’interroger : «  Est-ce que je sais encore courir ? Est-ce que je saurai encore souffrir ? Est-ce que je suis toujours prêt à mourir ? ». C’est une remise en question légitime car il suffit de se poser quelques secondes les jambes en l’air, revoyant en boucle les images de la veille à la sortie du mont du Chat pour que chacun puisse dire « C’est nous les dingues qui avons fait ces folies ? » Cette prise de conscience d’après vision dans ce jour d’après renvoie le champion à son subconscient et il s’étonne d’avoir à ce point « Débranché le cerveau ». Un cerveau déconnecté, comme on l’imagine, c’est la capacité à ne plus avoir aucun contact avec la  conscience, peut-être même avec l’intelligence car l’homme n’est plus lui-même à moins qu’il ne le soit pleinement, retrouvant toute sa part primitive, j’oserai dire primale où la volonté d’avancer est prioritaire sur l’instinct de survie, sorte de grégarité générale de ceux qui savent qu’ils ne sont que les sujets d’une histoire qui les dépasse, celle du Tour de France qui décidément est plus grand que les hommes qui la font. Ce jour d’après vue, avant l’imprévu des jours suivants, est celui où chacun recherche ses sensations sans espérer être sensationnel, juste ascensionnel dans la nouvelle condition à venir pour les 6 jours qui viendront s’achevant au Puy en Velay, après des épisodes en veux-tu en voilà ! La directive de la direction en direction de Bergerac était de tenter de mettre le feu. Garçon précoce (Il est le benjamin de cette édition) Elie a tenté de le faire mais c’était un jour trop tôt car mettre le feu à l’hôtel ne garantit pas d’être le combatif du jour, juste le pyromane de Périgueux. Qu’à cela ne tienne, quitte à entretenir une nouvelle réputation, voici qu’en ce jour d’après incendie, juste au coup de feu le petit Gesbert jaillit tel un Geyser en compagnie d’un Offredo tout frais d’eau… Spontanément associés, voici que l’eau et le feu s’entendaient alors à merveille pour faire un bout de chemin ensemble, mais ils étaient un peu esseulés car le vent n’a pas voulu sortir du peloton. Ni Zéphyr ni Eole auprès de leurs épaules et c’était parti pour une partie de manivelles, manière de se dérouiller les jambes après le jour sans et vivre un jour sain, celui de saint Benoit le patron des ingénieurs civils et patron du bétail, ce qui est amusant car les coureurs se trouvent souvent pile au milieu : moitié ingénieurs, moitié bovins et pour le vin, un bon Bergerac coulera à flot. Pour qui ? Pour celui qui telle une fusée, celui qui tel un avion, celui Kittel qu’il est, l’intouchable…. Car c’est bien lui qui a mis le feu à l’arrivée bien après que l’eau de Yoyo conjuguée au feu follet d’Elie ne se soient lentement éteints mutuellement à 6km8 de la ligne, soufflés par un petit courant d’air après nous avoir si bien éclairés de leurs lumineux espoirs. Mais il y a toujours un jour, après le jour d’après… Et ils espèrent que ce sera le leur.

Tour de France #9 – Brice Feillu : “Pas dans ma meilleure forme mais devant”

Ce matin, les visages concentrés sur le home-traineur au départ de Nantua présageaient une journée difficile. Aujourd’hui, ce sera de la dynamite, en haute montagne. Pierre-Luc Périchon, Eduardo Sepulveda et Brice Feillu sont dans le groupe échappé d’une trentaine de coureurs. Mais, dans la descente du deuxième col, Eduardo Sepulveda chute violemment. Bien « épluché », l’argentin repart au mental et termine la journée. La course explose : attaques, chutes, abandons à l’avant. Brice tient sa place dans le groupe des favoris jusqu’au Mont du Chat, il se classe 26ème de l’étape et est 20ème au général. Toute l’équipe termine cette étape de guerriers dans les délais et s’envole au complet pour Périgueux.

Brice Feillu :
« Le bilan est plutôt intéressant car je remonte au classement général. Warren Barguil termine deuxième, je pese  que c’est un coureur à ma poigne avec qui je pourrais me battre : ça me motive. Aujourd’hui je suis parti dans l’échappée, mais je n’étais pas dans ma meilleure forme, mais au moins j’étais devant ! ”

Maxime Bouet :
« C’était une étape galère sur le vélo, je paye mon échappé de vendredi. Mais, j’ai vécu une journée inoubliable. J’ai monté le Grand Colombier sur un Tour de France ! J’ai une histoire particulière avec ce col. Je suis né au pied et les cendres de ma mère reposent au sommet. Du pied jusqu’en haut, j’ai reçu énormément d’encouragements, tous les 5 mètres quelqu’un criait mon nom, même lâché, j’ai vécu quelque chose de fort. »

Sébastien Hinault :
« C’était plutôt bien parti avec trois coureurs à l’avant, mais malheureusement on perd une de nos meilleures cartes. Les cols très durs convenaient bien à Eduardo. Sa chute est sévère, et je le félicite d’être reparti et d’avoir fini l’étape. Brice fait une belle étape et se place dans le top 20 du classement général : c’est bien ! C’est en étant offensif, en devançant la grosse accélération des cadors qu’on pourra obtenir des résultats. Autre satisfaction, Dan termine dans les délais alors que d’autres équipes font de grosses pertes. C’était vraiment une étape épique, les gens devant leur télé n’ont pas dû s’ennuyer. »

Le billet de Marc Fayet #9 – Le début de la faim

Après les amuses bouches, que certains baptisent amuses gueules et dont Marcel Kittel en fut la plus harmonieuse représentation, lui le beau gosse au sourire de charmeur-gagneur, il a bien fallu entamer le hors d’œuvre et c’est celui qui fut proposé hier entre Dole et les Rousses où celui qui montra le plus d’appétit était l’Albigeois aux propos direct et à l’énergie naturelle. Il paraît que toute l’équipe a même bu du champagne après cette entrée en matière montagnarde et ce fut à propos car il s’agissait d’un chef d’œuvre pour celui qui sera certainement le nouveau chef à l’œuvre de cette équipe qui bientôt perdra deux champions d’un coup, l’un à la recherche d’une retraite bien méritée et l’autre à la recherche de traitements qu’il pense mériter. Il y a comme ça des révélations qui tombent à pic, des types à l’estomac robuste capables de s’avaler des plats plutôt épicés et qui peuvent encore faire Lamoura l’arrivée. Aujourd’hui c’est autre chose, un plat de résistance auquel certains n’ont pas pu résister et que d’autres ont à peine goûté, au mieux ils ont mangé à leur rythme en mâchant bien lentement, en mastiquant, comme on leur a appris dans leur jeunesse, pour ne pas s’étouffer tout simplement. D’autres ont à peine flairé ces côtes sans plat en se bouchant les yeux et le nez tant ils risquaient le haut le cœur, il y a comme ça des répulsions instinctives. Il s’agit surtout de ceux qui ont la bouche sucrée et qui veulent se réserver pour le dessert qui est encore très loin. Prudents ils ont voulu garder de la place et comme les montagnes qui se présentaient ne sont pas en chantilly, ils les ont gravi sans les savourer et j’en connais qui en ont même fait une indigestion. Aujourd’hui au menu de ce plat de résistants il y avait de la biche, et même du Chat et tout le monde n’aime pas ça, certains y sont même allergiques, on l’a bien vu… Car le Chat est difficile à digérer. Pris de ballonnements les plus fragiles se sont un peu déballonnés et n’ont même pas frisé les moustaches du chat qui n’a pas ronronné comme on aurait pu le craindre. L’appétit vient en montant et le grand Brice a peut-être eu la tête un peu plus grosse que le ventre devant un tel banquet auquel il n’a pas été invité car c’est un coup royal qui laissa tout le monde sous la table, une brochette sans couscous mais qui frappait un sacré coup sur la cafetière des AG2R. Hôtes des lieux ils avaient pourtant décidés d’être les chefs de rang et de cuisine. Ils avaient préparé un plat qui n’était hélas pas assez cuit, c’est un Colombien qui y apporta une touche ultime, un doigt de boyau… Le boyau c’est de la panse, de la pensée et celui qui l’emporta dû mettre toutes ses tripes quand les autres abattus présentaient leurs abats. Celui qui l’emporta se devait d’avoir une faim de loup et il ne s’est pas loupé. Beaucoup seront au bicarbonate de soude ce soir et demain sera un jour sans pour tout le monde… Un jour de diète, juste pour faire reposer le foie jusqu’à la prochaine fois.

Tour de France #8 – Romain Hardy : “Comme dans un stade de foot”

Le combat aura duré 187,5 kilomètres aujourd’hui. Il fallait être concentré derrière sa télévision pour suivre l’étape car les cartes ont été redistribuées à plusieurs reprises. L’échappée la plus disputée du Tour de France a mis plus de deux heures à se former. Un groupe d’une cinquantaine de coureurs se détache avec Laurent Pichon et Maxime Bouet. Brice Feillu, Romain Hardy et Eduardo Sepulveda sont dans le groupe maillot jaune, ils ne le quitteront qu’une fois la ligne d’arrivée franchie. Romain Hardy décroche une belle dixième place. Notre formation est neuvième du classement général par équipes.

Romain Hardy (10ème) :
« Ce matin, la consigne au briefing était de mettre quelqu’un dans l’échappée. Je n’étais pas très bien en début de course, donc je me suis replacé dans le peloton maillot jaune avec Brice et Edu. Ensuite, ça s’est fait par l’arrière. Le but était de s’accrocher le plus longtemps possible, finalement ça a tenu jusqu’au bout (rires). J’arrive pour la place de trois, je suis un peu déçu de mon sprint. Je fais une belle place, c’est quand même un top 10 sur le Tour mais je pouvais faire mieux. Toute notre formation a été solide, on ne doit pas être loin de la gagne au classement par équipes, c’est encourageant pour la suite. (NDLR : 5ème par équipes dans le même temps que les premiers). Quand je vois d’où je reviens je suis content de mon étape et d’être sur le Tour. L’ambiance est incroyable. Il y a du monde partout, avec les fumigènes, on a l’impression d’être dans un stade de foot, Je m’attendais à quelque chose de beau et grand, c’est à la hauteur de mes attentes. »

Brice Feillu :
« Ça n’a pas débranché de la journée ! C’était très usant. Je n’étais pas au mieux en début d’étape, j’ai hésité à aller au combat pour l’échappée, finalement je suis resté dans le groupe maillot jaune. Dans la dernière montée, je me sentais bien, j’ai attaqué à deux reprises pour essayer d’aller chercher une belle place, je suis repris à un kilomètre de l’arrivée. Personnellement mais aussi collectivement, nous faisons une belle première semaine et nous allons encore essayer demain. »

Sébastien Hinault (directeur sportif) :
« On a vraiment fait une belle étape. Maxime et Laurent ont passé la journée à l’avant, Brice a attaqué dans le final et on place trois coureurs dans le groupe maillot jaune. On joue la gagne au classement par équipes, c’est une belle journée pour nous. Pour Dan aussi, ça s’est bien passé, il avait le sourire en arrivant. Il faut qu’il soit dans la même optique demain. Ce sera une journée éprouvante, je n’ai jamais vu d’étape comme ça sur le Tour, ce sont des pourcentages inédits, sur le papier c’est du costaud ! »

Le billet de Marc Fayet #8 – L’évènement culte phénomène

Nous vivons une époque sensationnelle dans laquelle le rare se mêle au fantastique et où toutes les dimensions stupéfiantes tendent à nous montrer chaque jour que nous sommes cernés par le talent, que dis-je ! Par le  génie. Il n’y a pas un jour où une affiche, une publicité nous annonce l’arrivée de la série événement, du film déjà culte, du roman phénomène. Ces dernières années une recrudescence de ces merveilles semble avoir pris une ampleur qui a de quoi nous laisser cois, voire de nous complexer. Qui sont ces êtres d’exception qui semblent de leur vivant atteindre l’ultime consécration qui verra leur œuvre entamer un chemin inexorable vers la postérité ? C’est un peu comme si tous les mois se révélait un nouveau Léonard de Vinci, que sur les écrans sortait un « Casablanca » toutes les trois semaines et que « La recherche du temps perdu » de Proust envahissait les présentoirs des librairies une fois par trimestre. La question que l’on est en droit de se poser est la suivante… N’est-ce pas un peu excessif et prématuré ? Car nous savons tous qu’un culte a besoin de temps pour s’installer, qu’un événement a besoin d’avoir l’assentiment de millions de personnes et que pour être un phénomène il faut que tout le monde s’accorde à le reconnaître. Si je mets ces choses en perspective c’est parce qu’à mon sens le seul  événement-culte-phénomène avéré est bien le Tour de France qui depuis 114 ans occupe une place digne des plus grandes religions tant ses fidèles sont nombreux à travers le monde. Il a fait preuve de longévité, de grandeur, de présence, de passion à nul autre événement pareil et ses épisodes, jours après jours, sont plus passionnants et parfois aussi attendus que la plus regardée de toutes les séries. Sauf qu’une série efface une autre, et un bouquin chasse le précédent, rien ne peut détrôner le tour de France qui dévoile lui-même ses icônes, qui les consacre de leur vivant car celui qui gagne sur le Tour de France aura sa place à la postérité alors que vous pouvez me citer le nom d’un seul des comédiens de la dernière série événement ? Le réalisateur du film déjà Culte ? Ou le titre du Roman phénomène ? Non. Aujourd’hui aux Rousses on se souviendra longtemps qu’un coureur phénomène a créé l’événement lors d’une étape qui pourrait devenir culte. Mais pour réussir une telle rencontre il y a besoin d’acteurs et de surprises, dans ce registre Brice et Romain ne se sont pas mal débrouillés et à ce titre ils ont participé activement eux-aussi à l’événement culte phénomène.

Je ne vais pas vous faire l’énumération des crus traversés par cette journée de parcours vinicole, tout d’abord parce que je ne suis pas un grand spécialiste et puis le seul cycliste œnologue français qu’on pourrait consulter n’a pas été sélectionné pour ce tour ( Clément Chevrier le coureur d’AG2R la mondiale qui a l’amour du vin au bout de la langue et les mots pour l’exprimer au fond du gosier). Je ne vous parlerai pas de Bacchus non plus (Dionysos pour les téléspectateurs Grecs) il a déjà beaucoup à faire avec le Théâtre dont il est également la sommité divine.  De plus, comme j’ai du mal à faire monter mes pièces en ce moment, je lui ai demandé de travailler avec moi plutôt que de s’opposer aux dieux du tour qui de toute manière effacent tous les autres durant le mois de Juillet. Non je vous parlerai plutôt de mes nuits, qu’elles soient de Saint Georges ou d’ailleurs, qui me renvoient à mon enfance et durant lesquelles je me voyais nettement avec le maillot jaune sur le dos. Combien de fois ai-je rêvé, à l’époque où j’étais en mal de reconnaissance, moi le timide, l’introverti, d’accomplir l’exploit qui me permettait de sortir de mon anonymat en revêtant le précieux maillot. Je n’avais bizarrement pas de concurrents à mes côtés et que ce soit sur le plat, en moyenne montagne ou en haut des plus longs cols, j’arrivais chaque fois seul et détaché, pour qu’on puisse m’admirer un peu quelques instants. Les réveils étaient toujours laborieux car j’avais beau regarder autour de mon lit, je ne le retrouvai pas, au contraire de beaucoup de coureurs qui racontent dans leur souvenirs ces premières nuits en jaune où certains se réveillaient plusieurs fois pour rallumer et voir s’ils n’étaient pas dans un rêve, et qu’il était bien là et bien à eux ce fameux paletot. Certains craignant cette angoisse nocturne avouaient même dormir avec pour être certain que personne ne leur enlèverait durant leur sommeil. C’est la différence entre eux et moi. Je l’ai eu souvent mais ne l’ai jamais touché, eux l’ont touché souvent mais ne l’ont pas eu longtemps, au contraire de certains garçons étiques qui ont tendance à se l’approprier un peu trop facilement. Mais je les préviens : ça ne va pas à tout le monde, ça peut même donner mauvaise mine alors que le vert rehausse le teint, que le blanc rajeunit et que les pois rouges apportent la fantaisie que la montagne n’inspire pas. Magies de la couleur du temps.
On dit d’un vin jeune qu’il est un peu trop vert et quand il n’est plus vert, il est mur. A Saint-Georges, c’est presque l’inverse :  Le vert est devenu la robe d’un grand cru allemand qui l’a subtilisée au gentil Picard, tellement mur, qu’il était cuit ayant mal dormi sa nuit. La porte des caves de Bourgogne était difficile à franchir aujourd’hui et ils s’y sont mis à deux. Finalement c’est Marcel qui l’ouvrit car il avait la clé tandis que Dan n’était pas encore Mac Lay… Mais ça viendra et on boira du vin chambré dans la chambrée, il paraît que « Par Saint-Georges », on dort mieux la nuit après.

Le billet de Marc Fayet #7 – Mes nuits sont plus belles que vos jours !

Je ne vais pas vous faire l’énumération des crus traversés par cette journée de parcours vinicole, tout d’abord parce que je ne suis pas un grand spécialiste et puis le seul cycliste œnologue français qu’on pourrait consulter n’a pas été sélectionné pour ce tour ( Clément Chevrier le coureur d’AG2R la mondiale qui a l’amour du vin au bout de la langue et les mots pour l’exprimer au fond du gosier). Je ne vous parlerai pas de Bacchus non plus (Dionysos pour les téléspectateurs Grecs) il a déjà beaucoup à faire avec le Théâtre dont il est également la sommité divine. De plus, comme j’ai du mal à faire monter mes pièces en ce moment, je lui ai demandé de travailler avec moi plutôt que de s’opposer aux dieux du tour qui de toute manière effacent tous les autres durant le mois de Juillet. Non je vous parlerai plutôt de mes nuits, qu’elles soient de Saint Georges ou d’ailleurs, qui me renvoient à mon enfance et durant lesquelles je me voyais nettement avec le maillot jaune sur le dos. Combien de fois ai-je rêvé, à l’époque où j’étais en mal de reconnaissance, moi le timide, l’introverti, d’accomplir l’exploit qui me permettait de sortir de mon anonymat en revêtant le précieux maillot. Je n’avais bizarrement pas de concurrents à mes côtés et que ce soit sur le plat, en moyenne montagne ou en haut des plus longs cols, j’arrivais chaque fois seul et détaché, pour qu’on puisse m’admirer un peu quelques instants. Les réveils étaient toujours laborieux car j’avais beau regarder autour de mon lit, je ne le retrouvai pas, au contraire de beaucoup de coureurs qui racontent dans leur souvenirs ces premières nuits en jaune où certains se réveillaient plusieurs fois pour rallumer et voir s’ils n’étaient pas dans un rêve, et qu’il était bien là et bien à eux ce fameux paletot. Certains craignant cette angoisse nocturne avouaient même dormir avec pour être certain que personne ne leur enlèverait durant leur sommeil. C’est la différence entre eux et moi. Je l’ai eu souvent mais ne l’ai jamais touché, eux l’ont touché souvent mais ne l’ont pas eu longtemps, au contraire de certains garçons étiques qui ont tendance à se l’approprier un peu trop facilement. Mais je les préviens : ça ne va pas à tout le monde, ça peut même donner mauvaise mine alors que le vert rehausse le teint, que le blanc rajeunit et que les pois rouges apportent la fantaisie que la montagne n’inspire pas. Magies de la couleur du temps.
On dit d’un vin jeune qu’il est un peu trop vert et quand il n’est plus vert, il est mur. A Saint-Georges, c’est presque l’inverse : Le vert est devenu la robe d’un grand cru allemand qui l’a subtilisée au gentil Picard, tellement mur, qu’il était cuit ayant mal dormi sa nuit. La porte des caves de Bourgogne était difficile à franchir aujourd’hui et ils s’y sont mis à deux. Finalement c’est Marcel qui l’ouvrit car il avait la clé tandis que Dan n’était pas encore Mac Lay… Mais ça viendra et on boira du vin chambré dans la chambrée, il paraît que « Par Saint-Georges », on dort mieux la nuit après.

Tour de France #7 – Dan McLay : “Me faire confiance”

On ne pourra pas nous reprocher de ne pas tenter sur cette première semaine du Tour de France. Maxime Bouet avait senti le vent se lever. Parti dans l’échappée, « le Blond » a voulu anticiper les coups de force des équipes de sprinteurs mais pas de bordure sur cette septième étape. Les quatre fuyards du jour sont repris à 6 kilomètres de l’arrivée pour laisser place à un sprint millimétré. Il faut sortir la photo finish pour départager Kittel et Boasson Hagen, l’allemand réalise la passe de trois. Dan McLay est dixième.

Dan McLay :
« C’était un final très rapide, j’ai essayé de rester dans les roues le plus longtemps possible et finalement j’ai attendu un peu trop longtemps avant de déclencher mon sprint. Je me suis retrouvé coincé contre les barrières, j’ai mis 100 mètres à me dégager et à pouvoir lancer mon effort. C’est ma faute, j’aurais dû me faire davantage confiance et démarrer mon sprint plus tôt. Mais, je suis loin d’être découragé pour la suite, bien au contraire. Je vais souffrir les deux prochains jours, je me suis préparé pour cela et ensuite j’essayerai de faire le sprint parfait. Toute l’équipe, Flo, Romain, PLP, fait un travail incroyable pour moi, il faut simplement que je me fasse confiance. Il y a une forte densité de très bons sprinteurs, cette année, on l’a encore constaté aujourd’hui, mais une surprise n’est pas impossible. »

Maxime Bouet :
« Ça pouvait ressembler à une échappée suicidaire sur le papier, mais il y avait un vrai coup à jouer sur cette étape propice aux bordures. Je voulais anticiper l’accélération du peloton, pour éventuellement me faire reprendre par le premier groupe mais ça ne s’est pas passé comme ça. On est déjà à la septième étape, je tente des choses, je ne veux surtout pas arriver sur les Champs avec des regrets. Pour être honnête, je m’ennuyais un peu dans le peloton, ce n’est pas mon truc de « faire le mouton » (rires), je voulais mouiller le maillot. A l’arrivée, il y a un peu de frustration de ne pas avoir le prix de la combativité, quand on voit le peloton revenir sur nous on se raccroche à cela. C’est sûr, ce n’est pas une victoire d’étape, mais monter sur le podium du Tour n’est pas négligeable. C’est une course à part, la plus belle du monde. Pendant l’échappée, j’ai pris le temps de regarder tous ces gens qui m’encourageaient, ils avaient le sourire, ce sont des émotions que l’on peut vivre uniquement sur la grande boucle. »

Sébastien Hinault (directeur sportif) :
« On reste sur notre faim, il avait les jambes pour faire mieux. Il est à nouveau dans le top 10 mais s’il avait eu un peu plus confiance en lui, il était capable de viser un top 5, tout comme hier. C’est dommage, mais ça reste une belle place. Le sprint ça se joue à l’instinct, au mental et il faut réfléchir en moins d’une seconde. Il hésite puis se met dans la roue de Démare en pensant faire une belle remontée mais finalement il était plus fort que lui et doit lancer avant lui. Je reste persuadé qu’on peut obtenir un meilleur résultat. »

Le billet de Marc Fayet #6 – T’as voulu voir, t’as vu !

Il y a plusieurs façons de satisfaire sa curiosité : Aller voir ou demander à celui qui a vu. Pour ma part je préfère qu’on me raconte car entre ce que mon interlocuteur invente et ce que j’interprète, c’est forcément un imaginaire qui s’imposera et il ne tiendra qu’à moi de le rendre plus beau ou plus repoussant selon mon envie et mon humeur. Ainsi tel que vous me voyez, j’ai jamais vu Vesoul et je ne veux pas voir Vesoul. Cette absence d’attirance me vient de je ne sais où, certains y voient un traumatisme ancien que j’aurai subi, sorte de matraquage auditif d’une époque où un chanteur Belge voulait, parait-il, faire visiter quelques villes Françaises à sa copine. C’est peut-être de l’avoir entendu tellement dépité d’avoir cédé aux désirs versatiles de la capricieuse personne que j’ai conçu ma défiance pour ce lieu. Donc je n’irai pas à Vesoul mais en revanche, je ne sais quel attrait me pousse vers Troyes où je me suis déjà rendu à vélo car il faisait partie d’un itinéraire d’entraînement. Peut-être est-ce parce que jusqu’à la fin de mon enfance, c’est-à-dire vers 32 ou 33 ans… J’ai toujours été tardif en tout, même à mes rendez-vous… J’étais persuadé que Troyes était le théâtre de ce formidable épisode de la mythologie où le cheval du même nom avait permis cette ruse guerrière épique. C’est au troisième passage dans la ville qu’on parvint à me détromper en m’expliquant que je n’avais qu’à me diriger un peu plus au sud et très à l’Est, direction l’Asie Mineur, je pourrai ainsi tenter éventuellement de retrouver les ruines de la ville disparue… ça fait très loin en vélo et puis je n’avais pris qu’un bidon et deux pâtes de fruits, je craignais d’être un peu juste. Tout ceci pour prévenir mes amis coureurs qui, comme moi demeureraient dans quelques ignorances -à part les détenteurs de maîtrise de Philosophie, mais tout le monde ne s’appelle par Martin- qu’il ne faut pas surtout pas demander où se trouve le cheval, ils risqueraient de vous rire au nez et puis de toute manière c’est déjà le sprint et ils ne vous écoutent plus car le final s’emballe, les coursiers s’écartent pour laisser leur fougueux pur-sang lâcher les chevaux. C’est la casaque bleue toque blanche qui l’emporte, un sacré crack celui-là ! « Chauffe Marcel ! » comme l’ordonnait le chanteur Belge cité plus haut dans la chanson sur sa copine casse bonbon. Le bouillant Marcel était à 3 contre 1, alors que j’avais misé 60 contre 1 sur un autre. Je ne vous dirai pas qui c’est, mais il a terminé à 8 encolures du vainqueur. C’est pas un mauvais canasson, c’est juste qu’il manque encore de jarret pour remporter le prix de l’Arc de Triomphe, mais on n’y est pas encore et je lui souhaite de pouvoir montrer ses naseaux et se cabrer la prochaine fois pour prouver que dans sa peau d’espoir il n’est pas à l’étroit, même s’il l’était à Troyes.

Tour de France #6 – Florian Vachon : “Etre les yeux de Dan”

On saura rapidement si cette sixième étape sera un tremplin pour Dan McLay dans ce Tour de France. Huitième aujourd’hui, le sprinteur britannique s’est rassuré, et a déjà hâte d’être à demain pour en découdre à nouveau. Revenons sur la journée… trois coureurs tentent l’échappée, sans grande conviction, le peloton ne laissera pas plus de 3 minutes d’avance. À 60 kilomètres de l’arrivée, Laurent Pichon tente le jump sur le groupe de tête, sa tentative n’aboutira pas, pour son premier tour le breton veut se faire plaisir et il a bien raison. Marcel Kittel s’impose au sprint, devant Arnaud Démare, Dan décroche son premier Top 10, bien emmené par Florian Vachon.

Dan McLay :
« Ça fait du bien de refaire dans le Top 10 ! L’équipe a fait un « super job » aujourd’hui, ils m’ont protégé toute la journée. Pierre-Luc et Flo sont en très grande forme et ont réussi à bien me placer dans le final. J’ai fait une erreur dans le dernier virage, j’ai perdu un peu de vitesse et j’ai dû faire l‘effort pour recoller dans la roue de Flo. Je fais huitième ce n’est pas un mauvais résultat mais j’ai forcément envie de faire mieux. J’engrange de la confiance, ça nous donne des idées pour demain. »

Florian Vachon :
« On a toujours été bien placés avec Dan, on ne s’est pas affolés à l’approche du final. Après le premier grimpeur, on est restés en « deuxième rideau ». On était dans les vingt premiers à 2 kilomètres de l’arrivée, mais on a pris une vague et Dan a perdu ma roue. À 800 mètres, il a dû freiner à cause d’une chicane, et refaire un effort supplémentaire, j’ai tout donné pour le remonter, il décroche un top 10 au milieu de tous les cadors, ce n’est pas un mauvais résultat. Je pense que son sprint l’a remotivé, il avait besoin de se rassurer et c’est encourageant pour demain. Sur ce genre d’étape, les derniers mètres sont très stressants, on fait attention à tout mais on se prend vite au jeu. C’est un exercice que j’apprécie, j’essaye d’être les yeux de Dan. Aujourd’hui, il commence à être reconnu parmi les sprinteurs, dans les derniers kilomètres, nous avons notre place auprès des grandes équipes, on devient légitime. »

Sébastien Hinault (directeur sportif) :
« Dan nous a fait un beau sprint, c’est une bonne nouvelle, ça signifie qu’il a confiance en lui et qu’il est en forme. Toute l’équipe a fait un bon travail, notamment Florian qui l’a lancé. Je pense vraiment que Dan a les jambes pour battre les meilleurs sprinteurs du monde, il faut qu’il y croie. C’est bon signe pour demain, on est en droit de rêver !»