André Greipel : “C’était stupide”

Avant un dernier week-end au dénivelé positif, la sixième étape de Paris-Nice entre Peynier et Brignoles pouvait sourire aux baroudeurs ou aux sprinteurs. En début de course, trois coureurs seulement se sont échappés et la perspective d’un sprint semble en effet se dessiner. Laurent Pichon, présent dans le groupe de tête, doit servir de point de relais pour son sprinteur mais à 50 kilomètres de l’arrivée, le peloton se scinde en deux et André Greipel est piégé. Les efforts de ses équipiers pour recoller resteront vains.

André Greipel : « J’étais trop loin dans la descente, ça casse en milieu de peloton et je me fais distancer, c’est de ma faute. C’était stupide, je n’aurais pas dû me faire avoir. Avec Elie et Amael, on a essayé de recoller dans la dernière difficulté, on est revenu pas loin mais ça ne l’a pas fait. Je suis vraiment déçu de ne pas avoir sprinté pour la victoire à cause de cette erreur. C’était ma dernière chance. »

Laurent Pichon : « On voulait être à l’avant aujourd’hui mais on aurait préféré une échappée plus fournie. Trois hommes, un fort vent, le scénario était écrit après quelques kilomètres. J’ai hésité à me relever, pour ne pas lâcher des forces inutilement, on en a discuté avec les directeurs sportifs, mais je pouvais aussi servir de point d’appui pour André. J’essayais de ne pas trop en mettre mais pour passer un relais face au vent il fallait quand même appuyer sur les pédales. Quand je suis repris, je me suis accroché, mais je n’avais plus de jus pour accrocher les roues. C’est l’anniversaire de ma fille, aujourd’hui, j’aurais aimé faire une belle étape pour elle. C’est un coup dans l’eau, mais j’aime être à l’avant et tenter. Ce week-end, sans Warren, nos deux meilleures cartes seront Elie et Amael, si je peux les accompagner dans une grande échappée, je ne me gênerai pas. »

Yvon Ledanois – Directeur sportif :  « André a été pris dans une cassure dans la descente de la côte de la Sainte-Baume. Amaël Moinard me dit qu’ils étaient peut-être un peu loin mais il n’y avait rien de catastrophique. Devant les équipes Mitchelton-Scott et Sky ont fait le forcing, derrière Amaël a travaillé avec la formation Jumbo-Visma, ils sont revenus à 100 mètres mais il faut tout de suite boucher le trou ou c’est mort. C’était la dernière opportunité pour un sprint. On va essayer de finir Paris-Nice comme on l’a commencé, avec de l’ambition. On ne va pas baisser les bras, pour ceux qui nous soutiennent, pour nos partenaires et pour les copains qui ont quitté la course. »

Sébastien Hinault – Directeur sportif :  « J’ai suivi la course derrière Laurent Pichon. Le scénario à trois coureurs échappés n’est pas celui que nous avions espéré. Comprenant que ça n’avait aucune chance, Laurent n’a pas trop donné, il savait que ça allait revenir très vite. Il attendait le groupe d’André Greipel mais il a été pris dans une cassure. C’est dommage parce que Laurent en relais, c’était le bon plan ! »

Laurent Pichon: ” En marche”

Sans coureur pour le général et sans spécialiste de la discipline, le contre-la-montre de Paris-Nice, n’était pas l’étape cochée par nos coureurs mais un point de passage obligé pour se projeter sur l’étape de demain.

 Laurent Pichon 

« Paris-Nice a été difficile pour toute l’équipe en début de semaine. A titre personnel je n’ai pas été à la hauteur de ce que j’espérais sur ces premiers jours, avec les bordures c’est toujours compliqué mais je n’ai pas pu apporter le soutien que j’aurais souhaité à André. Hier, même si je termine loin, les sensations étaient déjà meilleures. Aujourd’hui, c’est encore un peu mieux. Je fais un anecdotique top 50 mais les jambes répondaient bien, les watts étaient bons, je n’ai jamais « coincé ». J’aime bien l’effort du contre-la-montre d’ailleurs j’ai envie de disputer le championnat de France contre-la-montre que je n’ai jamais fait…

Le niveau d’un contre-la-montre sur Paris-Nice est très élevé ! En février j’ai toujours un peu de mal mais cette épreuve me met en marche pour la suite, j’espère être à l’attaque dès demain. On veut aller chercher un beau résultat. »

Yvon Ledanois – Directeur sportif :
« Sur le papier, et avec les forces en présence c’était une journée compliquée pour nous. Je crois que nos coureurs avaient déjà à cœur de se projeter sur l’étape de demain, on sait qu’elle peut convenir à André. Laurent, après un début de Paris-Nice sans grandes sensations, s’est fait plaisir aujourd’hui. En revanche, pour Elie, c’était dur, il avait l’étape d’hier dans les jambes. »

Elie Gesbert : ” y croire, sinon ça sert à rien”

“Prendre l’échappée et tenter de jouer la victoire avec Elie Gesbert était le plan de la journée pour l’équipe Arkéa-Samsic. Le Costarmoricain a parfaitement couru en début d’étape pour se joindre à une échappée de treize coureurs, parmi lesquels de grands baroudeurs, notamment Cort Nielsen, De Gendt et De Marchi. Le rythme est élevé, l’écart atteint près de sept minutes mais le final escarpé fait des dégâts. L’échappée perd des éléments et le peloton ne recolle pas. Elie Gesbert est décroché du groupe de tête dans la dernière difficulté à 12 kilomètres de l’arrivée mais témoigne d’une bonne forme. Il promet de remettre ça avant la fin de la semaine.”

Elie Gesbert

« Ça fait du bien d’être acteur de la course. Mais quand on voit que c’est Magnus Cort Nielsen présent dans l’échappée matinale qui va à la victoire, c’est une frustration de lâcher si près du but. J’aurais aimé aller jouer la gagne. J’étais avec de très bons rouleurs, de très bons coureurs. J’ai donné le meilleur mais il me manque 10 kilomètres. Aujourd’hui, c’était une étape un peu casse- pattes où l’échappée risquait d’aller au bout. Pour prendre l’échappée, ça a bataillé une dizaine de kilomètres, c’est parti par grappes de 4 ou 5 coureurs et on s’est retrouvé à 13 devant. Même avec des gars comme De Gendt ou De Marchi il faut y croire, sinon ça ne sert à rien de tenter. Je savais qui pointer, mais je savais aussi que ça allait être difficile dans le final… Les deux premières journées ont pesé et ont fatigué tout le monde. Les bordures c’est de la tension, ça roule vite, ça laisse des traces. Pour l’instant ma forme s’améliore crescendo, donc il faudra y retourner  ! »

Sébastien Hinault – Directeur sportif
« Il a manqué dix kilomètres, c’est dommage et c’est un peu frustrant quand tu vois que l’échappée va au bout. Avec Cort Nielsen, ça aurait été difficile de gagner mais on ne sait jamais. Arriver pour la gagne aurait été bien mais malheureusement Elie a coincé dans la dernière difficulté. Je lui ai dit d’y croire et de ne pas rester dans la roue de Le Turnier qui avait déjà lâché. Elie était à fond lui aussi. Mais l’étape avait été exigeante, ça a roulé à bloc toute la journée. C’était un parcours qui convenait à Elie mais c’est vrai qu’il était avec des « machines », de coureurs de très haut niveau. Il y a forcément un peu de déception mais si on veut gagner des étapes, c’est comme ça qu’il faut faire. On a vu aujourd’hui que c’était jouable, il ne manque pas grand-chose. Le positif c’est que nous sommes capables d’accompagner les meilleurs sur ce genre d’étape. Le début de la semaine a été compliqué mais on est reparti sur un nouveau Paris-Nice. Les bordures c’est fini, les parcours peuvent mieux convenir à Elie Gesbert, Laurent Pichon, Amaël Moinard et pourquoi pas André Greipel vendredi. On a encore trois étapes où on aura notre chance, il faut les faire à bloc. »

 

André Greipel : “Je suis déçu” – Paris-Nice. 3

La stratégie de l’équipe Arkéa-Samsic dans la troisième étape de Paris-Nice était simple : favoriser le sprint d’André Greipel. Courue vent de face, l’étape fut plus calme que les précédentes mais à cinq kilomètres de l’arrivée, le peloton s’est scindé dans la plaine, projetant cinq coureurs à l’avant. Bram Welten a protégé André Greipel et produit un très gros effort pour aider son leader à revenir à l’avant. S’il est content du travail de son jeune équipier néerlandais, André Greipel a manqué de fraîcheur au cours du sprint massif dont il a pris la quatorzième place.

André Greipel (14e) : « Ce matin, on voulait tous bien faire, on voulait aller chercher un bon résultat pour Max et Warren. Toute la journée, l’équipe a vraiment bien travaillé autour de moi. On savait que certaines formations allaient mettre en route dans les derniers kilomètres. On était bien placé avec Bram mais ça a cassé juste devant nous. Bram a réussi à faire la jonction à deux kilomètres, mais ensuite j’ai manqué de fraicheur. Je suis déçu, j’ai fait des erreurs… »

Bram Welten : « Aujourd’hui était un jour plus simple que les deux derniers C’était plus calme au début, sans vent.  Je suis resté tout le temps avec André.  A cinq kilomètres de l’arrivée, il y a eu une bordure … Il a fallu combler l’écart « full gas » pour espérer disputer le sprint, alors j’ai roulé à l’avant du deuxième groupe, pour permettre à André de rentrer. Un premier groupe arrive à revenir, nous ensuite, et me suis écarté à 2, 6 kilomètres de l’arrivée sur le pont après avoir roulé à fond pour boucher l’écart. On ne gagne pas, on est forcément déçus, mais c’était bien de pouvoir travailler avec André, bien de pouvoir participer au final. Après comme il y a eu la bordure, je n’ai pas pu lancer André dans le final comme un sprint « normal » mais c’est le jeu. On a discuté sur le home trainer avec André à l’arrivée. Il m’a dit que ce que j’avais fait aujourd’hui était bien mais qu’il lui a manqué de la force.  »

Yvon Ledanois – directeur sportif: « Aujourd’hui, on avait misé l’étape sur André Greipel. Nos coureurs avaient toutes les infos sur le risque de bordures dans le final. A ce moment-là, ils étaient bien placés. Malheureusement, André était un peu juste. Il m’a dit que Bram Welten a fait un travail extra pour boucher le trou sur le petit groupe de cinq coureurs avant de la placer. ‘’Avec mes jambes habituelles, j’aurais pu lutter, m’a dit André, mais là ce n’était pas le bon jour. J’étais mauvais, je m’en veux, je suis super déçu !’’ Bien sûr André n’a pas le droit de dire qu’il est mauvais parce que c’est loin d’être le cas. Aujourd’hui il n’était pas à son maximum mais en faisant le travail, il va gagner. Ce matin, au lendemain des abandons de Warren et Maxime, je leur ai dit qu’on aime vivre des journées extraordinaires, vivre de notre passion mais on doit admettre qu’il faut aussi passer par la case déception de temps en temps. Quand tout souri, le vélo est formidable mais tout ce qu’il te donne, en un dixième de seconde, il peut te le reprendre. Dimanche soir, on était content de notre journée en restant humbles. Lundi, le cyclisme nous a tout repris. Quand tout va bien, on doit toujours garder en tête que tout peut arriver. Avec Warren, je vous le dis, j’étais persuadé qu’il ferait un gros résultat sur Paris-Nice… On va se remobiliser. Si ça ne sourit pas aujourd’hui, ca va sourire plus tard. Il faut rester optimiste. Demain, dans la quatrième étape il y aura une course pour l’échappée et une autre pour le classement général. Une échappée peut aller loin. C’est une étape difficile, trop dure pour André, Bram et Laurent Pichon. Amaël a été pris dans une chute massive à trente kilomètres de l’arrivée et s‘est donné un coup à la cuisse. Cela n’est pas grave mais on ne sait pas comment ça évoluera demain. Notre carte maîtresse sera donc Elie Gesbert. »

Suspicion de fracture de la rotule pour Maxime Bouet

Maxime Bouet, victime d’une chute au cours de la deuxième étape de Paris-Nice, s’est blessé au genou. Maxime a voulu continuer pour aider ses équipiers, mais la douleur l’a empêché de poursuivre la course. Il a été immédiatement conduit à l’hôpital pour un bilan radiographique. Sur les radios, un trait de fracture est visible mais un bilan complémentaire sera nécessaire mercredi afin de déterminer la gravité de cette blessure.

Jean-Jacques Menuet – médecin de l’équipe :

« Ce soir, le bilan passé aux urgences évoque une suspicion de fracture de la rotule. Il y a 18 mois, Maxime avait présenté une fracture sur la même rotule, donc on reste prudent. On attend l’IRM pour connaître la durée d’indisponibilité de Maxime. »

Sébastien Hinault – directeur sportif 

“Maxime Bouet a été victime d’une crevaison crevé au moment de la chute de Warren Barguil. Dans sa poursuite, a abordé un rond-point trop vite et il est tombé. Je n’ai pas vu sa chute mais il avait mal à une jambe. Il est reparti, courageusement mais il alors était très loin des premiers. Sur le moment il ne voulait pas descendre de son vélo, il voulait continuer à tout prix. Il serait sûrement arrivé hors délais. C’était de plus en plus dur, le peloton était déjà 12 kilomètres devant lui, il n’avait pas d’autre choix que d’abandonner pour passer des examens à l’hôpital. Le moment où Max s’est arrêté, c’était dur… Il avait de vraies ambitions sur ce Paris-Nice pour aider ses leaders. Il est très déçu.”

Andre Greipel : ” Continuer ce Paris-Nice, à fond”

En quinze ans de carrière André Greipel dit n’avoir jamais vécu une telle journée. 51,2 km/heure de moyenne pendant 165 kilomètres. Solide, notre sprinteur Allemand est resté toute la journée à l’avant de la course, dans les bordures. Il a manqué la dernière … sept hommes parvenant à faire le break à cinq kilomètres de l’arrivée. André prend la deuxième place de son groupe et finit neuvième à cinq secondes du vainqueur. La victoire n’est pas là, mais ce top 10 et la forme affichée par Andre Greipel  vient apporter une touche positive à cette journée noire marquée par les blessures sérieuses de Warren Barguil et Maxime Bouet.

André Greipel

« J’ai essayé de rester à l’avant, tout le temps, dès le kilomètre zéro. Le peloton s’est une première fois scindé dès le kilomètre 25, il y avait 30 coureurs à l’avant et j’y étais. Mais le groupe de tête s’est arrêté de rouler et le deuxième peloton est revenu. C’était un peu plus organisé. J’ai juste bu deux bidons pendant la course et j’ai commencé à avoir des crampes dans les 30 derniers kilomètres. Les sept gars qui sont à l’avant dans le final étaient vraiment les plus forts. Mon plan était de rester avec eux. Mais c’est simple, je ne pouvais pas. J’étais aux alentours de la 25ème place quand ça a cassé, Quintana a lâché la roue du coureur devant et voilà…Je pensais que Groupama-FDJ allait réussir à nous faire rentrer, mais non. Je suis content que ce soit fini pour aujourd’hui, et je suis quand même content de ma journée même si pour l’équipe globalement c’était très compliqué.

En course, je ne savais pas que Warren avait chuté, ni Maxime. J’ai juste entendu qu’il y avait eu une chute dans le peloton. J’ai entendu que Warren était dans la chute mais je ne savais pas qu’il avait chuté. C’est vraiment trop dommage…il était vraiment en bonne forme, et c’est déjà fini après deux jours. Pour Maxime aussi. Notre équipe pour la montagne est bien diminuée. On doit rester concentré, rebondir pour continuer ce Paris-Nice à fond. »

Yvon Ledanois 

«  André va bien. Il est en forme. C’est dommage qu’il n’avait pas un coureur à ses côtés, il se serait épargné des efforts qui lui ont coûté dans la dernière ligne droite. Il n’y a rien à lui reprocher, c’est un très grand pro ! Paris-Nice est une course importante pour l’équipe Arkéa-Samsic et il répond présent. Il signe un Top 10, finit deuxième du sprint du peloton derrière Démare (Groupama-FDJ) et c’est dire qu’il est bien. Comme Warren l’était. Je peux vous affirmer que Paris-Nice n’est pas terminé. On va relever la tête. Dès la troisième étape. On va saisir les opportunités. On a encore les moyens d’aller chercher quelque chose. On ne partira pas sans rien !”

Warren Barguil. Double fracture de la deuxième vertèbre cervicale.

Victime d’une chute lors de la 2ème étape de Paris-Nice, Warren Barguil a été pris en charge par le service médical de la course pour être évacué à l’hôpital de Dourdan afin d’y passer un scanner. Le verdict révèle une double fracture de la deuxième vertèbre cervicale. Warren Barguil est transféré ce soir au Centre Hospitalier Bicêtre dans une unité spécialisée pour faire un bilan complémentaire.

Jean-Jacques Menuet (médecin de l’équipe)

« À priori la fracture est stable et non compliquée, mais on ne veut prendre aucun risque, c’est pourquoi Warren sera sous surveillance cette nuit et passera un bilan complémentaire. En dehors de cette fracture le bilan complet a permis d’éliminer d’autres lésions, malgré la violence de la chute. On ne sait pas encore quand Warren pourra remonter sur le vélo. C’est une fracture sérieuse, surtout dans cette zone mais ça aurait pu être encore plus grave. Ce soir, on reste prudent.»

Yvon Ledanois 

« Quand tu as des journées qui se mettent à l’envers comme ça, c’est difficile. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé pour Warren mais c’était en pleine bagarre. Quand il est tombé, je suis allé le voir, j’ai vu que c’était fini pour la course. Je lui ai mis une petite claque sur la joue pour l’encourager et je suis reparti en course. Le plus important, ce soir, c’est lui. Ça fait toujours mal de perdre son leader, mais dès demain on sera obligé de rebondir. Ce matin, il était super motivé, en pleine forme, ses équipiers aussi…”

Maxime Bouet a également abandonné sur cette deuxième étape. Il a des douleurs au genou, un bilan radiologique est en cours.

Dans la bonne bordure – Paris-Nice.1

Le vent ne nous a pas emportés sur la première étape du Paris-Nice et nos Bretons ont bien rempli leur mission. Dans un premier temps Amaël Moinard est parti en éclaireur avec Damien Gaudin et Romain Combaud. Le but pour lui était d’être dans le premier groupe lors de potentielles bordures. A 43 kilomètres de l’arrivée, les premières cassures s’opèrent dans la plaine exposée au vent, certains coureurs sont victimes de chutes. A plusieurs reprises, le peloton se scinde. André Greipel réalise un énorme travail de placement pour rester à l’avant. Warren Barguil le rejoint et les deux hommes travaillent main dans la main pour conserver leur position. Pris dans une cassure dans la dernière côte, André Greipel parvient à revenir à cinq kilomètres de la ligne pour disputer le sprint. Quatorzième, l’Allemand est déçu, forcément, mais Warren était pour sa part satisfait de sa journée.

André Greipel (14ème) 

 « C’était dur, il fallait être concentré du début à la fin pour rester à l’avant, ça demande beaucoup d’énergie. Dans les premières bordures je me sentais bien. C’était très nerveux. Avec Warren on a essayé de rester ensemble, de s’aider, de se parler. Dans le final, j’ai été décroché et je rentre à cinq kilomètres de l’arrivée, mais ce soir je ne suis pas content de mon sprint. Je dois l’accepter. L’emballage final était un peu brouillon, à un moment j’étais bien placé et 10 secondes après tout était à refaire. Je me suis raccroché plusieurs fois pour tenir les bonnes roues mais je dois admettre que pour le sprint je n’avais plus de bonnes jambes. C’est un vrai Paris-Nice personne ne va t’emmener jusqu’à l’arrivée on doit tous se battre pour rejoindre la ligne. Ça ne sera pas facile d’arriver avec de bonnes jambes pour les prochains sprints mais ce ne le sera pour personne. »

Warren Barguil 

« Ce sont des journées intéressantes, il faut être tout le temps bien placé, tout le temps concentré, je n’ai pas vu passer les 130 kilomètres. Généralement, j’arrive à bien me placer, aujourd’hui j’étais dans les bons coups, donc c’est agréable. Quand ça a commencé à casser, je me suis retrouvé dans la deuxième bordure, mais j’étais avec des favoris, donc je ne me suis pas affolé et j’ai attendu que ça se fasse pour rentrer. Après je me suis bien positionné à l’avant, pour ne pas me faire avoir une deuxième fois. J’ai essayé de faire au mieux pour placer André. On s’est beaucoup aidé dans les bordures. Dans la dernière bosse André a pris une cassure, j’ai reculé un peu de mon groupe pour pouvoir l’aider à son retour. J’ai fait le maximum pour l’aider à l’approche du sprint, tout le monde était bien fatigué, le sprint était un peu chaotique. Forcement, on aurait tous aimé faire un gros résultat surtout qu’on a bien travaillé toute la journée. Mais, aujourd’hui, ça aurait aussi pu être une journée cata… c’est Paris-Nice, il peut se passer quelque chose tous les jours. Au terme de cette première étape, je n’ai pas perdu de temps, il faudra y retourner demain ! »

Amaël Moinard, échappé

 « Nous voulions à tout prix que l’un de nous aille devant pour anticiper. On avait eu une étape similaire il y a deux ans…En anticipant comme ça on est sur d’avoir un coup d’avance et un point de relais pour aider les leaders quand les bordures se forment. Ce n’était pas compliqué de prendre l’échappée aujourd’hui car personne ne voulait sortir. Il y a eu un coup d’accélération du peloton après 30/40 kilomètres. On a puisé dans nos forces pour garder notre écart mais bon… on a été repris assez loin de l’arrivée et avec le vent c’était très très dur à trois.

Quand je suis repris il y avait une bordure. C’était tout l’avantage d’avoir un temps d’avance. Je suis resté avec André, ensuite il y a Warren qui est rentré. En haut du dernier grimpeur j’ai remplacé André et Warren et là ma journée était terminée, j’étais cuit, j’ai fait un gros effort parce que je savais qu’en haut de cette cote on tournait  à droite et à chaque fois ça bordure ici. J’ai terminé avec le peloton pour pouvoir passer mon vélo en cas d’ennui mécanique, mais à 10 kilomètres de l’arrivée j’ai fini à mon rythme.

Crédit photo : ASO / A.Broadway

Yvon Ledanois – directeur sportif

« Le point positif c’est qu’on a Warren et André dans le premier groupe sur une étape qui était particulièrement nerveuse et dangereuse. Le point négatif c’est que j’aurais aimé avoir un coureur voire deux avec eux mais il ne faut pas être plus royaliste que le roi. En s’échappant dès le départ Amaël Moinard a respecté les consignes et a fait du bien au moral de ses leaders en étant près d’eux dans la première bordure après avoir été repris. Elie Gesbert n’était pas dans un grand jour et ça ne pardonne pas. Bram Welten a été victime d’une crevaison en début d’étape se faisait une bordure et sans doute l’a-t-il payé un peu et c’est logique. Ca a été une étape exigeante où le placement est hyper important . Sur le sprint…ça a été un sprint à l’énergie. Même si l’étape n’a fait que 138,5 kilomètres, tout le monde a fini « au courage ». Je pense qu’André a dépensé beaucoup d’énergie à rester placé dans les bordures. Il lui a manqué un équipier et je pense que ça lui coute dans le sprint.

Demain on remet le couvert, il ne faut pas s’enflammer. Il y a des leaders qui ont perdu du temps. Pour nous c’est une première étape de passée, mais aussi une opportunité pour le sprint en moins. Il faut se focaliser sur ça et faire en sorte qu’André puisse le faire dans de bonnes conditions demain. »

 

Emmanuel Hubert : « Une victoire d’étape et un Top 10 au général »

L’équipe Arkéa-Samsic en a fini des courses de préparation et c’est avec une ambition légitime qu’elle prend part, dimanche, à Paris-Nice, sa première course World Tour de l’année. Son patron, Emmanuel Hubert, est confiant. Il envisage l’évolution constante de son équipe, dans son organisation, dans son exigence, dans son professionnalisme sans jamais renier ses valeurs humaines qu’il considère comme essentielles. Il sait aussi tout le travail effectué depuis plusieurs semaines et envisage la suite avec confiance.

Emmanuel Hubert, comment envisages-tu Paris-Nice ?
L’équipe marche de mieux en mieux, notre objectif Paris-Nice arrive au bon moment. Nos deux leaders Warren Barguil et André Greipel évoluent dans le bon sens et c’est un bon présage pour les semaines à venir. Au-delà de la sélection pour le Tour de France, Paris-Nice, nous y sommes invités aussi. Ce n’est pas un dû. Nous devons avoir du respect pour Paris-Nice, cela a toujours été le cas depuis que nous y participons et nous nous devons d’y être performants.

Mais forcément il y a la sélection du Tour en toile de fond ?
On l’a en tête mais pas tous les jours. Pour avancer, nous sommes tout le temps projetés vers l’avenir. J’essaie d’occulter un peu la sélection du Tour parce qu’on ne peut pas toujours tourner autour. Dans notre démarche, nous ne pouvons occulter l’histoire de l’équipe, l’histoire des personnes qui la composent. André et Warren ont marqué l’histoire du Tour, ils totalisent 13 victoires d’étapes et ça compte.

La sélection pour le Tour est-elle une obsession ?
C’est notre mission que d’y participer mais ça ne m’empêche pas de dormir. Le travail est fait et il n’y a plus qu’à! Le meilleur moyen de l’obtenir est d’arriver au départ de Paris-Nice le couteau entre les dents, d’essayer d’être dans la performance. Quand je regarde la carte de l’épreuve, je sais que chaque étape peut nous convenir sauf peut-être le contre-la-montre. Warren est très motivé par le classement général mais pour lui, on va d’abord se focaliser sur des étapes. Le reste viendra naturellement. André a aussi un terrain de jeu pour lui pendant les trois premiers jours. Nous avons sélectionné Bram Welten pour le placer au mieux avant le sprint.

Longtemps ton équipe a su créer des surprises mais dans le cyclisme actuel, c’est devenu très compliqué ?
De plus en plus l’équipe Arkéa-Samsic est attendue et regardée. Aujourd’hui, nous avons des coureurs charismatiques et on se doit d’avoir des résultats. Nous mettons la pression sur les coureurs pour qu’ils fassent à 100% leur métier de coureur et pour nous propulser au plus haut dans la hiérarchie. On leur apporte les moyens techniques, ils ont les moyens physiques et petit à petit nous devons assujettir la performance aux moyens mis en place. Nous avons progressé sur le plan du matériel et sur celui de la périphérie médicale, notamment en terme de récupération. Les coureurs y sont sensibles et je constate d’ailleurs avec satisfaction qu’eux-mêmes proposent des solutions. Je suis ravi quand un coureur me dit faire un stage à ses frais ou acheter du matériel  pour récupérer mieux. Quand j’entends qu’Anthony Delaplace part 10 jours avec sa famille sur la Côte d’Azur pour travailler, ça me rassure. Nous sommes en train d’investir pour être meilleurs. Nos messages passent bien.

Cela signifie-t-il que l’équipe Arkéa-Samsic évolue beaucoup ?
Les coureurs sont investis dans leur mission. Je l’ai dit, nos messages passent bien et ils entendent ce qu’on leur dit. Dans la durée, cet investissement de tous les jours entre dans les moeurs. Je dois préciser qu’au niveau du personnel, et c’est très important, les employés, les mécanos, les masseurs, les kinés, le staff sont très impliqués. Je crois beaucoup en la pérennité de mon équipe parce qu’il y a un noyau dur, fiable et stable.

Il est un fait que l’ambiance doit y être bonne puisque les coureurs, Anthony Delaplace, Benoît Jarrier, Florian Vachon, d’autres encore, y font carrière ?
La maison est saine. Il y a deux façons de voir les choses. Les gars s’y sentent bien et ne veulent pas aller ailleurs. Ils s’y sentent bien et investissent pour que la maison soit plus belle comme si c’était chez eux. Si tu ne te sens pas bien, tu finis par t’en aller mais je constate que des coureurs reçoivent des propositions intéressantes mais restent chez nous. Ils y trouvent leur compte.

Chaque année, on comprend que le niveau des coureurs est de plus en plus haut, de plus en plus serré aussi et qu’il est très difficile de gagner des courses ?
Le cyclisme a toujours été très dur mais il est de plus en plus exigeant. Les coureurs sont tirés vers le haut. Il y a quelques années, à Liège-Bastogne-Liège, il y avait 70 mecs à l’arrivée, aujourd’hui ils sont 150 et sur quinze minutes. Le niveau est très élevé. Pour finir entre la dixième et la cinquantième place, c’est du très haut niveau. Il est de plus en plus difficile de performer et de gagner mais c’est aussi de plus en plus intéressant parce que nous élevons notre niveau d’exigence.

A-t-il été difficile d’effacer une année 2018 compliquée ?
J’insuffle de l’optimisme ! Oui 2018 a été compliquée, bien sûr il y a eu des coups de gueule et même plus que ça mais on ne pouvait pas non plus ressasser le mauvais sans cesse et répéter ‘’on est mal’’. Il a fallu relever la tête et se sentir bien. Nous sommes dans un milieu utilisant une machine avec deux roues et elles finissent toujours pas tourner dans le bon sens. Dans la vie il n’y a pas que des moments fastes et victorieux. C’est toujours comme ça mais on reste jovial. Nous avons compris que la bascule vers le meilleur peut prendre du temps mais on a mis les atouts de notre côté et ça finira par payer. Il y a aussi des choses plus graves dans la vie. Un coureur qui se casse un poignet ou une jambe, c’est plus grave que de comprendre pourquoi on ne gagne pas. Il y a toujours une sortie du tunnel et une solution.

L’équipe Arkéa-Samsic envisage d’être candidate au World Tour. As-tu fixé une date pour prendre une décision ?
Il nous faut des résultats. Mes partenaires connaissent mes ambitions mais il faut aussi apporter de l’eau à leur moulin. Des résultats créent l’émulation. Je compte sur Paris-Nice et Liège-Bastogne-Liège pour créer une dynamique et pour aller plus haut. Je prendrai ma décision avant le départ du Tour de France mais je ne suis pas le seul décideur. J’ai toujours eu beaucoup d’ambition en montant marche après marche. En faisant progresser l’équipe chaque année. En interne, on bosse dur pour faire la décision mais après cela il y a aussi des contraintes de règlement. Avoir 15 ou 20 millions d’euros ne te permet pas de claquer des doigts et de dire ‘’je suis dans le World Tour’’. Il y a aussi la nécessité qu’une équipe actuelle en sorte, il y a une forte concurrence… Je travaille pour mais il nous faut des résultats pour convaincre les partenaires. Ils les attendent et c’est normal.

Quel sera ton rôle dans Paris-Nice ?
Je suis en éclaireur dans les premières étapes, en liaison avec les directeurs sportifs. Je ne suis plus dans la voiture derrière le peloton et j’assure le relationnel avec le public et les médias, je m’occupe du staff et de l’entreprise. Il y a 60 employés et j’aime ça. Aujourd’hui, je sais aussi que je suis bien entouré.

Pour finir Emmanuel, que serait un Paris-Nice réussi ?
Une victoire d’étape et puis un Top 10 au général pour Warren Barguil.