Emmanuel Hubert : « Merci le Tour ! »

Nos deux leaders participeront au Tour de France

L’équipe Arkéa-Samsic a appris qu’elle était invitée sur Paris-Nice, le Critérium du Dauphiné et le Tour de France, trois épreuves majeures du calendrier World-Tour organisées par ASO.

 

Arkéa-Samsic : ASO vient d’annoncer les équipes qu’elle a décidé d’inviter pour  disputer Paris-Nice, le Critérium du Dauphiné, et le Tour de France 2020, est-ce une forme de soulagement, pour vous ?

Emmanuel Hubert : « Notre recrutement 2020 a été clairement effectué afin de pouvoir disputer les plus grandes courses du calendrier. Nous nourrissons de fortes ambitions. Le renfort de Nairo Quintana, ajouté aux arrivées de Diego Rosa, de Nacer Bouhanni avait clairement pour ambition de démontrer nos intentions à ce niveau-là. Nous sommes désormais invités pour disputer Paris-Nice, le critérium du Dauphiné, et le Tour de France. Je tiens une fois encore à remercier les dirigeants d’ASO de nous avoir cette année encore accordés leur confiance pour ces trois épreuves, et notamment, le Tour de France, que nous disputerons pour la 7e fois de notre histoire ».

 

Arkéa-Samsic : Un Tour du reste dessiné pour les grimpeurs ?

Emmanuel Hubert : « Oui, clairement ! Cette édition du Tour de France a été dessinée pour les grimpeurs, et nous, nous avons construit une équipe riche tant en individualité que sur le plan collectif pour les courses à caractère montagneux chez Arkéa-Samsic, pour la saison 2020, mais aussi celles qui suivront. Nairo Quintana a gagné une étape du Tour de France en 2019. Il a par ailleurs déjà terminé par deux fois deuxième du classement général du Tour de France 2013 et 2015, et une fois troisième en 2016. Le Champion de France Warren Barguil s’est quant à lui classé dixième du Tour l’an passé en étant au contact des tout meilleurs pendant trois semaines. Avec deux grimpeurs d’un tel niveau, nous pouvons espérer de belles choses sur cette édition du Tour de France 2020. Je n’oublie pas non plus qu’il peut aussi y avoir de la place pour les sprinteurs sur certaines étapes ».

 

Arkéa-Samsic : Quels seront justement vos ambitions ?

Emmanuel Hubert : « Nous avons déjà l’ambition de rendre à ASO la confiance qu’ils nous ont accordée. Cela me parait primordial. Après nous sommes encore loin de l’objectif, mais je dirais que l’on ne se refuse pas de rêver tant en termes de succès d’étapes que de bons classements finaux pour nos deux leaders à Paris. Avoir deux leaders de l’acabit de Nairo Quintana et de Warren Barguil est un luxe, et on va s’appuyer sur l’un et sur l’autre. Tous deux sont et seront complémentaires, cela leur ouvrira forcément des opportunités de porter le même maillot. Être en capacité de nous appuyer sur une telle stratégie démontre une fois encore notre ambition affirmée de performer au plus haut-niveau ».

 

Arkéa Samsic

Warren Barguil à quelques secondes du top 10

Le Tour de France a connu une journée très particulière puisque la course a été arrêtée au sommet de l’Iseran en raison de la route devenue impraticable dans la localité de Val d’Isère à la suite d’un violent orage. Warren Barguil était alors en troisième position, dépassé depuis quelques instants par le Colombien Bernal (Team Ineos) qui endosse le maillot jaune et Simon Yates (Mitchelton-Scott). Les temps ont été pris au sommet du col et Warren occupe la onzième place du classement général.

Dans quel état d’esprit étais-tu au départ ce matin ? 
Warren Barguil : Il y avait beaucoup de frustration suite à l’étape d’hier. J’ai vu l’échappée aller au bout et Quintana se replacer au général et moi je n’étais pas dedans. Ce matin, je voulais vraiment être à l’avant. On a bien manoeuvré, mes équipiers ont fait un super travail, je n’avais pas mis un coup de pédale avant que ça parte dans la côte de Saint-André. Dans la première difficulté, j’ai fait le forcing, certains m’ont dit que j’ai été trop généreux dans l’effort, mais c’est comme ça que je conçois le vélo. En deuxième semaine, j’ai suivi les meilleurs même si je me suis fait plaisir dans le Tourmalet. Aujourd’hui, j’ai été offensif et je voulais jouer le coup à fond.

Peux-tu nous raconter cette montée de l’Iseran ?
Warren Barguil : Elie a fait un énorme travail avant l’Iseran, je l’en remercie, il s’est sacrifié. Ensuite, j’ai longtemps hésité à attaquer, quand j’ai entendu que Geraint Thomas y allait dans le groupe maillot jaune, je me suis dit qu’il fallait en mettre une. Je suis repris à 1,5 km du sommet par Bernal et ensuite tout est allé vite. Dans les 500 derniers mètres, j’ai pris le temps de prendre un journal et un bidon pour faire une belle descente et dans l’oreillette je commençais à avoir les premières indications que la course allait être arrêtée. À ce moment-là on ne sait pas trop quoi faire, on ralentit mais on voit d’autres coureurs faire la descente. Il y avait un peu de frustration car j’ai passé l’Iseran avec les cinq meilleurs du Tour, mais quand je suis monté dans la voiture de mon manager et que j’ai vu les images, je me suis dit que c’était la bonne décision.

Quel bilan fais-tu de cette étape ?
Warren Barguil : D’un côté je fais une belle étape mais je pense que ça aurait pu être encore mieux car j’avais distancé Valverde, Porte, Quintana. J’étais dans une bonne journée mais le résultat au classement général n’est pas au bout. C’est le sport, j’aurais aussi pu tomber dans la descente si la course avait été maintenue. Je regarde le positif et aujourd’hui je me suis fait énormément plaisir : attaquer, passer l’Iseran dans les premières position, être dans la roue de Bernal.

T’attendais-tu à avoir un aussi bon niveau en montagne sur ce Tour de France ?
Warren Barguil : Je me prouve à moi-même que 2017 ce n’était pas un hold up. Ça me fait vraiment plaisir de retrouver mon niveau, je ne pensais pas que c’était possible et aujourd’hui je sais que je peux encore l’améliorer. J’ai été blessé, je n’avais pas beaucoup de repères mais je me suis bien entrainé. Je savais ce que j’avais à faire et les gens autour de moi ont su me motiver.

Et demain ?
Warren Barguil : J’ai encore une journée à faire à bloc, je vais tout donner

Warren Barguil : “J’ai relevé mon niveau” – TDF étape 15

Warren Barguil a de nouveau répondu présent dans la quinzième étape gagnée par Simon Yates (Mitchelton-Scott) et il poursuit sa remontée au classement général du Tour de France. Après une étape très rapide et marquée par l’échappée d’Amaël Moinard et Maxime Bouet, le champion de France est douzième du classement général. Place désormais à la journée de repos à Nîmes d’où le leader de l’équipe Arkéa-Samsic pourra apercevoir les sommets des Alpes.

Warren Barguil : « C’était encore une belle journée mais c’était dur. Je n’ai pas voulu m’exploser les jambes au pied de la montée finale, Romain Bardet (ag2r-La Mondiale) m’a aidé à revenir sur Fuglsang (Astana) et je l’en remercie et je finis comme hier avec le Danois. On est du même niveau. J’aime bien les longues ascensions, moins ce type de montée courte mais ça va, je suis content. J’ai relevé mon niveau. Maintenant, j’attends les Alpes après une journée de repos bien méritée. »

Yvon Ledanois :« C’était encore une journée de fou, ça a roulé à bloc depuis le départ et ça n’a pas débranché ! Je peux dire que la journée de repos arrive à point nommé pour beaucoup de coureurs, en sachant qu’on va passer de la fraîcheur dans cette étape ariégeoise à la canicule, aux 35 degrés annoncés dans les Alpes. Les organismes fatigués vont le payer, il y aura encore des surprises. Amaël Moinard et Maxime Bouet ont fait du bon travail mais dans ce groupe échappé, il y avait 11 coureurs du Top 30. Il y avait une grosse qualité en tête de course et les attaquants n’ont jamais eu une grosse avance. Il n’y a pas eu un seul moment de répit. Le Pors de Lers a usé, le Mur de Péguère a fait la différence. De toute façon, on se doutait que ce serait hyper compliqué pour Amaël et Maxime. Dans la montée finale, Warren s’écarte parmi les premiers du groupe des favoris mais il a bien géré son effort et a monté à son  rythme. Il finit tout près du maillot jaune et devant un coureur comme Uran (Education First-Drapac). Notre leader a fait une montée propre. A part Pinot qui fait une super ascension, tout le monde était à l’arrache. Ce soir, Warren est 12e au général, il gagne une place mais je pense qu’il va y avoir des surprises. Les cols des alpes et la chaleur vont lui convenir, je n’ai pas une boule de cristal mais j’ai confiance en lui pour signer un Top 10 à Paris. Avant cela, il y a le repos et ça va faire du bien ! »

Amael Moinard : « On n’a pas débranché de la journée, c’était une étape très difficile. J’aurais préféré que l’échappée se forme avant la première difficulté, mais au lieu de ça on a roulé à bloc. J’ai réussi à intégrer l’échappée, mais j’ai dépensé énormément d’énergie pour la prendre. Quand j’ai vu la composition du groupe de tête, je ne me faisais pas d’illusion. Mon objectif était de passer le mur de Péguère pour donner un coup de main à Warren avant la dernière montée. J’ai crevé à 4 kilomètres du Port de Lers, je suis rentré quand ça a commencé à s’attaquer au pied du col. J’ai senti que les forces commençaient à me manquer. Je suis content d’avoir fait un tour à l’avant de la course, mais ce n’était pas l’idéal, je suis passé d’échappé à gruppetto sans pouvoir véritablement aider Warren. Demain, on va bien récupérer mais j’ai déjà hâte d’être dans les Alpes, et de voir ce qu’on peut faire autour de Warren. Pour le moment le Tour a été très éprouvant physiquement, mais on a bien couru. On a tous été acteurs, on est allé de l’avant, et dans les moments clés on était autour de Warren. Pour l’instant, c’est une très bonne gestion de la course.”

Warren Barguil: ” C’est comme ça que je conçois le vélo” – TDF 6

Warren Barguil a attaqué dans la dernière ascension de la sixième étape du Tour de France menant à La Planche des Belles Filles. Longtemps soutenu par Elie Gesbert, le champion de France a contribué à durcir la course et s’est rassuré dans l’attente de terrains lui convenant mieux. Cette étape a également été marquée par la belle échappée d’André Greipel.

Warren Barguil : « Ce n’était pas la journée idéale… Au moment où je prends un bidon dans la deuxième ascension, un coureur tombe devant moi. Avec une seule main sur le guidon, je n’ai pas pu freiner. Je chute, sans gravité, mais je dois faire un premier effort avec mes équipiers pour revenir dans le peloton. Ensuite, j’ai un problème avec ma roue avant, Florian Vachon me donne la sienne et c’est reparti pour une chasse derrière le peloton. Les gars ont été au top. Kevin Ledanois et Anthony Delaplace m’ont vraiment bien placé au pied de l’avant-dernière difficulté. Ensuite, Elie Gesbert a fait un gros travail au pied de la dernière ascension. J’ai attaqué à 3,5 kilomètres de l’arrivée, j’ai peut-être été un peu trop euphorique mais je voulais me faire plaisir. C’est comme ça que je conçois le vélo. J’ai d’abord fait le boomerang mais ensuite j’ai réussi à garder un bon rythme. Dans les 500 derniers mètres j’ai vraiment tout donné. C’était une belle étape, ce soir je suis content d’avoir retrouver un bon niveau. »

André Greipel : « Aujourd’hui, ce n’était pas un terrain pour moi. Mais je préférais être devant et prendre de l’avance que de subir la journée. Finalement, j’ai pu faire la dernière ascension à mon rythme, sans trop souffrir.»

Yvon Ledanois – directeur sportif : « Warren Barguil a besoin d’attaquer. Dans cette dernière ascension, Valverde (Movistar) a longtemps roulé avant de s’écarter et personne n’a maintenu le rythme ensuite. Valverde est revenu pour assurer un faux train et Warren s’est dit qu’il pouvait y aller. Il a eu raison. Landa (Movistar) l’a vite repris et derrière le Team Ineos a vraiment accéléré et ça a fait mal. Il y a quelques leaders qui ont été mis en difficulté. Notre leader voulait se rassurer, même dans ce col qui ne lui convient pas trop, lui préfère les pentes bien plus longues. Sur le plan de l’équipe ce soir, il y a des satisfactions, tant en terme de comportement que de résultat. On peut toujours dire que ça peut être mieux mais ce n’est pas mal. Demain ce sera un sprint à Châlon-sur-Saone et pour les sprinteurs, il n’y aura plus 50 occasions. »

Anthony Delaplace : “J’aime m’échapper”

Le champion de France Warren Barguil a fort bien négocié une étape piégeuse marquée par l’échappée d’Anthony Delaplace. Dans un final compliqué et mis à profit par Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step) pour faire coup double, victoire et maillot jaune, le leader de l’équipe Arkéa-Samsic a fini dans le premier groupe de costauds. Il peut envisager la suite avec sérénité.

Anthony Delaplace : « J’étais le seul de l’équipe à avoir carte blanche ce matin. Il fallait qu’on soit plus de cinq dans l’échappée et on était cinq. J’aime participer à ce genre d’échappée. Sur le Tour ça a une saveur particulière, on a été encouragé tout au long du parcours. Quand je m’échappe, j’y crois toujours, pour moi, c’est ma seule façon de viser une victoire d’étape. On a eu jusqu’à 6min15 d’avance, ça commençait à être intéressant mais quand Deceuninck – Quick Step a mis en route, notre avance a été divisée par deux, et j’ai compris que ça allait être difficile de résister. Je n’ai aucun regret aujourd’hui, je me suis fait plaisir et je vais me mettre au service de mes leaders pour les jours à venir. »

Yvon Ledanois : « Notre leader est bien. Ç’a été un peu plus difficile pour les deux coureurs qui devaient l’accompagner, Maxime Bouet et Elie Gesbert mais devant, dans le peloton, il n’y a que des hommes forts. L’étape a d’abord été animée par l’échappée de cinq coureurs dont Anthony Delaplace. On avait décidé d’en faire partie même s’il aurait été préférable qu’il y ait trois à quatre coureurs supplémentaires à l’avant. Toutefois, avec Wellens (Lotto-Soudal), Rossetto (Cofidis), Ourselin (Total-Direct Energie), Offredo (Wanty-Groupe Gobert) et Anthony, il y avait de la qualité. Le peloton a bien géré, ça ne s’est pas relevé après le sprint intermédiaire et justement la qualité des échappés a incité le peloton à rouler fort et ça fait mal. Amaël Moinard a été victime d’une crevaison à 20 kilomètres de l’arrivée et a perdu du temps avec les chutes survenues dans la traversée de Reims. Le temps de revenir, il avait déjà laissé beaucoup de forces. C’était une belle étape, dure avec 1.000 mètres de dénivelé dans les 50 derniers kilomètres. C’était tortueux, il fallait frotter. Les plus forts sont devant. L’essentiel est que Warren Barguil finisse dans le premier groupe en faisant bonne impression. Ce soir, il y a déjà pas mal de gars dehors comme Zakarin (Katusha-Alpecin) qui venait pour faire un bon classement général du Tour. »

TDF #3 (CLM par équipes) – Florian Vachon : “On a tous tout donné”

À 15h50 aujourd’hui, nos coureurs se sont élancés pour le contre-la-montre par équipes du Tour de France. Appliqués et concentrés, ils bouclent les 35,5 kms autour de Cholet en 40’33’’ à 1’46’’ de BMC. Ils se classent 17èmes.

Florian Vachon :
« Nous sommes satisfaits de notre contre-la-montre. Pour nous, il était primordial de montrer qu’on pouvait répondre présent sur ce difficile exercice qui peut rapidement tourner à la catastrophe. On a attaqué ce chrono avec un très bon état d’esprit, que ce soit dans l’approche collective, lors de la reconnaissance ou de l’échauffement. Je ne pense pas me tromper si je dis qu’on a tous tout donner, mais on peut encore s’améliorer tactiquement pour gagner du temps. Un contre-la-montre c’est beaucoup de tension, ça demande un gros effort physique mais ça nécessite aussi de la concentration, à la moindre erreur on peut envoyer nos coéquipiers à la faute, c’est un effort autant physique que technique. »

Warren Barguil :
« On peut être fiers de nous, quand on regarde les résultats des autres équipes on n’a pas à rougir. On est peut-être partis un peu trop vite sur le départ, il fallait envoyer les watts dans le final et on a un peu butté, on a encore besoin de travailler mais je trouve vraiment ça bien. Le contre-la-montre par équipes est une discipline que j’affectionne particulièrement et c’est pour ça que je veux toujours faire mieux. Demain place à la Bretagne, j’ai hâte d’y être, de retrouver la maison, la famille et les supporters. »

Yvon Ledanois (directeur sportif) :
« C’est plus que bien ce qu’on a fait au chrono, être à 1’46 de BMC on m’aurait dit ça avant le départ du Tour j’aurais signé tout de suite. Après je suis quelqu’un d’exigeant donc je me dis qu’on peut encore faire mieux, de ce que j’ai vu il y a encore moyen de bien progresser. C’est un chrono correct et c’est de bon augure pour la suite, il y a de belles choses à aller chercher. »

Tour de France #21 – Un top 10 pour conclure

En accrochant la huitième place sur les champs Elysées, Pierre-Luc Périchon apporte à l’équipe son neuvième Top 10 du Tour 2017. Huitième, c’est également la place de notre formation au classement par équipes. Sur la ligne d’arrivée, il ne manque que Dan McLay à l’appel, c’est donc à huit qu’ils ont profité d’un Tour d’honneur sur les champs Elysées. Réactions des acteurs :

Pierre-Luc Périchon :
« Je voulais faire le kilomètre, mais je ne voulais pas entrainer l’équipe dans ma « connerie » (rires). Je me suis repositionné à l’avant du peloton, mais j’ai compris qu’il était impossible de sortir, je suis resté dans les roues et à l’arrivée je fais huitième. Un top 10 sur les Champs… je vais m’en souvenir un moment !»

Brice Feillu :
« Je décroche un bon classement général, c’est une satisfaction pour moi et pour l’équipe. J’aurais aimé faire une belle place sur une étape, j’avais coché l’Izoard, ce sera mon seul regret. Cette année, j’ai eu des supportrices de choc : mes deux filles. L’aînée est déjà grande, elle se rend mieux compte de mon métier. Je les ai vu m’encourager sur les bords des routes. Ça motive mais c’est aussi une fierté, ce sera l’un de mes souvenirs marquants de ce Tour 2017. »

Florian Vachon :
« Au début du Tour, on m’a confié la mission d’emmener Dan dans les sprints et je me suis pris au jeu. Au fil des étapes, je me suis affirmé dans ce rôle. Etre le poisson pilote d’un des meilleurs sprinteurs du peloton, c’est grisant ! Quand il fait 5ème, je me dis que j’y suis un peu pour quelque chose. Le final, c’est à la fois de la concentration, de l’adrénaline, du stress mais surtout beaucoup de plaisir ! Je suis un peu déçu de ne pas avoir eu de meilleures jambes en deuxième partie de Tour mais il est difficile de jouer sur plusieurs tableaux sur la plus grande course du monde. Le Tour est riche en émotions mais je me souviendrai longtemps du chrono au Vélodrome. Les organisateurs ont abattu un travail monstre. Je suis content d’avoir été l’un des acteurs de ce moment. »

Eduardo Sepulveda :
« Collectivement, on a répondu présent, on était dans les échappées de costauds et Brice fait un bon général. Personnellement, mon histoire avec le Tour n’est pas celle que j’avais imaginée. J’ai été victime d’une lourde chute en fin de première semaine. Beaucoup de gens ont imaginé que j’allais rentrer à la maison mais à aucun moment je n’ai pensé abandonner. Même en souffrance, le Tour est un rêve et on n’abandonne pas ses rêves. Je n’aimais pas parler de ma chute, je ne voulais pas être pris en pitié. Je veux qu’on parle de moi pour mes résultats, ça me prendra peut-être 10 ans mais j’y arriverai. »

Laurent Pichon :
« J’attendais ce moment depuis tellement longtemps ! J’ai vécu de grands moments avec le public, en particulier le jour de mon échappée. Mais le Tour n’est pas qu’une partie de plaisir, il faut accepter de ramasser, courber le dos et espérer que ça aille mieux. On apprend énormément pendant un grand tour même à 31ans. Malgré la dureté de l’épreuve, je signe sans hésiter pour y retourner ! »

Elie Gesbert :
« Pour ma première année professionnelle, je participe au Tour de France, sur le papier c’est beau, sur le vélo c’est exceptionnel. J’ai joué la gagne sur la 19ème étape, je suis monté sur le podium du Tour pour recevoir le prix de la combativité, c’est déjà énorme. Je n’avais jamais enchainé plus de 7 jours de course, j’avais peur de coincer mais j’ai été bien conseillé. Certains jours on subit, c’est dans ces moments là que le mental et le soutien de ses équipiers est capital. J’ai vécu l’arrivée sur les Champs comme une consécration, j’en ai pris plein les yeux, je n’ai pas de regrets. »

Romain Hardy :
« J’en ai pris plein les yeux !  J’ai découvert la ferveur du Tour, lors de mon échappée en première semaine puis en montagne. Le Mont du Chat m’a particulièrement marqué, il y avait énormément de monde, c’est transcendant ! Je me souviens, plus jeune je regardais le Tour, je voyais le public s’écarter au dernier moment, je me demandais comment faisaient les coureurs et là c’était moi ! Je me suis retrouvé seul dans une ascension et j’ai réalisé que c’était le public qui me guidait, c’est impressionnant. »

Maxime Bouet :
« Rien que de repenser au Vélodrome j’en ai des frissons, c’était un moment magique. Je pense qu’il faut passer par cela pour faire aimer le vélo. Après l’arrivée sur les Champs à Paris, nous avons fait un dernier tour d’honneur. Je crois qu’on en a tous bien profité. Même si sportivement je n’ai pas atteint mes objectifs, j’ai vécu une expérience humaine qui va compter. »

Emmanuel Hubert :
« Je suis fier de mes coureurs. On est huitième du classement par équipes. Je crois que nous avons franchi un cap. Nous étions bien représentés dans les échappées qui sortent à la pédale, avec les costauds. Je tiens particulièrement à féliciter Elie, il était actif en 3ème semaine, il m’impressionne. Edu a également fait preuve de caractère en remontant sur le vélo après sa chute, alors qu’il était complètement épluché. Je pourrais évoquer chacun de mes coureurs, ils ont fait un très bon Tour. Maintenant, il faut se concentrer sur la suite, il nous reste de très belles courses à disputer. »

Le billet de Marc Fayet #21 – Poids plume

Je n’ai cessé au travers de certaines de mes chroniques d’ironiser sur la maigreur de ces champions qui ont triomphé durant ce tour et parmi eux le trio Froome, Bardet, Barguil, tous rivalisant de gracilité leur permettant de s’envoler au moindre coup de vent ou plutôt devrai-je dire, à la moindre inspiration, de celle qui donne des ailes pour planer au-dessus des autres et atteindre les cimes qui ont décimé tant de balourds, entendez plutôt des bas-lourds, des grosses cuisses qui bien souvent annoncent des gros-culs comme on les nomme vulgairement. Pour relater tous ces faits, ma plume pas toujours très légère, devait se tremper dans la sueur et dans le sang des autres, celle de ces héros pris comme des personnages que les témoins comme moi se plaisent à malmener pour le plaisir du bon mot ou de son jeu qui l’accompagne. Si ma plume est lourde parfois et alourdit ma main, les poids plumes qui ont animé cette joute cycliste n’ont eu de cesse que de jouer avec leur âme, certains même préférant s’en débarrasser car c’est toujours se rajouter un fardeau superflu qu’on n’a pas envie de hisser au-delà de 1500 mètres. Ces quelques grammes en moins, le poids de l’âme, sont toujours bons à perdre pour gagner en tonicité et peut-être en opiniâtreté.  Il est bon parfois de se dépouiller de tous les artifices de la sensiblerie, quitte même à rouler sous les huées.  Les gens n’imaginent pas à quel point se retrouver dans une enceinte dominée par les sifflets et les pouces baissés peut décupler la force et la rage de celui qui, délesté de tous ses désirs de séduction, pourra vaincre sans péril  en dépit de cette bruyante adversité. Il ne s’agissait pas d’autre chose durant les combats de gladiateurs sous l’empire Romain qui étaient là pour jouer leur vie même conspués par le stade entier. A Marseille le même phénomène se produisit,  le jaune anglais y puisa son désir de victoire grâce à la contestation, il parvint à sublimer son effort quand le héros Français acclamé plus que de raison, soutenu plus que de coutume, devenu pâle tout à coup, vit sa force neutralisée, bloquée par l’émotion et la sensibilité qui l’a générée, autant de choses qui puisent terriblement dans les fibres de l’homme… A ce jeu on découvrit très rapidement où l’âme avait disparue et où l’homme est resté. C’était le combat perdu d’avance entre l’homme et l’âme, ce sont ces « grâmes » en moins pour l’un qui lui permirent de prendre le dessus sur celui qui en avait encore trop. A l’époque où l’on parle de gains marginaux : Positions aérodynamiques, casques profilés ou picots sur les épaules, on a bien constaté que cela n’était destiné qu’à détourner de l’essentiel en donnant un os à ronger et du grain à moudre pour ceux qui ne savent quoi faire de leurs dix doigts ainsi que des cases qu’ils doivent remplir dans les journaux. L’essentiel se jouait au mental, plus que cela,  à l’inconscient et le héros annoncé n’a pu que sauver la face cachée de ses faiblesses. Il lui reste encore à se débarrasser de ce que l’autre n’a plus, la peur de perdre. Il n’y a pas à pleurer ni se désespérer de cette chronique d’un échec annoncé, les couleurs et les victoires françaises démontrent que le sentiment est encore présent et qu’il relie le peuple et ses champions. Un autre poids plume a su faire parler de lui grâce à un garçon qui n’est pas une plume mais qui porte encore du duvet sous le menton, le petit Elie qui a remonté l’Elysée et ses champs en compagnie de ses aînés tous admirables d’engagements et de désir d’exister avec de l’âme, de la fantaisie et tant pis si ça rajoute en charges à porter. Eux, leurs gains marginaux se comptabilisent en sympathie conquises et en humanité reconnue. Cette équipe la plus légère sur le papier et surtout par son compte en banque était pourtant bien plus riche d’initiatives que des plus nanties, s’invitant de manière surprenante auprès des formations les plus huppées et tenant la roues des coureurs millionnaires. Elle s’est montrée généreuse, humble, pleine d’envie, de hardiesse, d’invention, d’intention…  de quoi remplir sa  musette à espérances car s’il y en a une qui ne s’est pas faite plumer, c’est bien elle.

Tour de France #20 – Maxime Bouet : “Sur la rampe avec le maillot de l’OM”

Inédit, le contre-la-montre de Marseille à l’Orange Vélodrome était très attendu, notamment par Maxime Bouet. Applaudi à son arrivée, le marseillais d’adoption a pu profiter de la ferveur des supporters de son équipe de cœur, l’Olympique de Marseille. Côté sportif, il réalise un chrono très correct et se classe 41ème. Trente-huitième, Brice Feillu réalise le meilleur temps de l’équipe et conserve sa seizième place au général. L’histoire ne dit pas si tous nos coureurs sont devenus supporters de Marseille mais ils en auront pris plein les yeux et auront le temps d’y repenser avant de s’envoler pour Paris, demain matin.

Brice Feillu :
« Je suis satisfait de mon chrono, je me suis appliqué à l’échauffement et pendant toute la course. En voyant les concurrents devant moi s’élancer, j’ai réalisé que j’allais passer un bon moment (rires).  J’étais dans l’allure dès le premier kilomètre. J’ai réussi à bien prendre les virages, mais j’ai manqué de puissance face aux spécialistes du chrono. À l’arrivée, je conserve ma 16ème place au général, c’est une vraie satisfaction, c’est bien pour moi et pour l’équipe. Ce chrono va marquer l’édition 2017, j’ai vécu un grand moment, c’est la beauté du Tour. »

Maxime Bouet :
« C’est pour vivre de telles émotions que je fais du vélo. Participer au Tour de France est un rêve, mais vivre un chrono dans sa ville, avec une arrivée dans le stade de foot, c’est quelque chose de très fort ! À Notre Dame de la Garde, j’avais envie de pousser les barrières, pour être au contact du public, c’était une ambiance incroyable. Je manque de mot pour décrire ma journée. L’hiver, je me rends régulièrement au Vélodrome, j’ai voulu faire un clin d’œil aux supporters marseillais en me rendant sur la rampe avec le maillot de l’OM. J’ai reçu énormément d’encouragements sur tout le parcours, c’en était difficile de se concentrer (rires) ! J’ai profité à 200% mais j’ai fait mon chrono sérieusement. Je ne voulais décevoir ni l’équipe ni mes proches. J’avais coché cette journée, je savais qu’elle serait riche en émotions, ça passe très vite, mais c’était au-dessus de ce que j’avais pu imaginer. »

 

Le billet de Marc Fayet #20 – Histoire marseillaise

Le grand cirque prépare ses dernières représentations, l’immense chapiteau bientôt va se replier et faire ses adieux en deux temps.  A Marseille d’abord et à Paris ensuite.  Jamais les deux villes, pourtant adversaires historiques qui se sont toujours jalousées, n’auront autant été reliées et opposées. Tout d’abord parce que Marseille a eu le privilège aujourd’hui de décider du classement définitif de cette édition du Tour de France quand Paris ne sera réduite demain qu’à en présenter le résultat irrévocable. C’est à Marseille que l’histoire de ce Tour, nationalement inoubliable, s’est inscrit pour toujours avec comme protectrice la Bonne Mère devenue celle de tous les coureurs et qui les a bénis de venir lui rendre visite pour la première fois, roulant à ses pieds pour prouver leur dévotion presque aveugle. Il fut un temps où lors de grands rendez-vous sportifs, les principaux concernés et leurs admirateurs venaient allumer des cierges au sein de la basilique de Notre Dame de la Garde. Il s’agissait principalement de vœux concernant l’Olympique de Marseille et ces vœux furent parfois exaucés. Est-ce que Froome, Bardet et Uran seraient venus en catimini hier au soir pour faire les leurs ? Nous ne le serons jamais et le résultat d’aujourd’hui parle pour eux.  Ils se souviendront à jamais de leur séjour Marseillais, surtout la veille de Paris. Ils ont vécu le contraste le plus représentatif des identités françaises car il faut bien le reconnaître, il n’y a rien de plus antinomique que ces deux populations là, qui aiment autrement et le disent différemment.

On connait les complexes que peuvent concevoir certaines villes Françaises accablées par la suprématie démesurée de la capitale qui se targue trop souvent d’être un peu le centre de beaucoup de choses de manière outrancière. On cite souvent l’épreuve Paris-Roubaix alors qu’il y a bien longtemps que le départ n’est plus donné dans la ville en question. On pourrait dire la même chose de Paris-Nice, de Paris Troyes ou de Paris-Brest… Et que dire de Paris Hilton qui n’est pas plus à Paris qu’au Hilton ? N’y a-t-il pas quelque chose d’excessif dans cette volonté de faire de cette ville le centre de tout quand tout peut se passer ailleurs ? Et à Paris il manque beaucoup de choses, tous les Marseillais vous le diront : Il manque le soleil, la mer, le ciel bleu, les cigales et la vraie pizza. De plus à Marseille on fait ce qu’on dit. Quand on fait Marseille-Cassis, on part de Marseille et on va se prendre un bain sur la plage du Bestouan. Si on parle de Marseille Saint-Charles, on part toujours de Marseille et on va à la gare ce qui nous permet d’aller où on veut. Ici on ne raconte pas d’histoires on les fabrique.

Reconnaissons-le, pour la première fois Marseille est devenue capitale du cyclisme, elle en est l’instance supérieure grâce au suspense supplémentaire qu’elle nous a offert avec son chrono décisif. Maîtresse du temps, la ville a adoubé le vainqueur et c’est elle qui lui donnera  l’autorisation de se présenter en tête sur les champs Elysées comme elle a décidé de l’ordre exact de chaque coureur.  Elle autorisera seulement l’un d’eux de s’offrir une victoire de critérium devant le public Parisien, juste pour la parade.  Paris ne sera demain qu’une petite vitrine d’exposition quand Marseille en a été aujourd’hui l’usine à émotions. Nous connaissons le caractère des Marseillais et leur esprit de contradiction, on reproche souvent aux gens d’ici d’exagérer un peu et s’il y a bien une journée où on lui a demandé de le faire plus que de coutume c’était bien aujourd’hui. Exagérer sa présence au départ et à l’arrivée dans le temple que représente le stade vélodrome, exagérer la beauté de son parcours magnifique dans les rues offrant des vues à couper le souffle au spectateur, mais en donnant de l’inspiration aux champions.

Exagérer dans ses encouragements forcément exclusifs. Marseille est la ville de tous les possibles et de tous les impossibles et comment ne pas lui en être reconnaissant car s’il y a une chose qui parachève le tout c’est bien cette fameuse Marseillaise, je ne parle pas de la bonne mère qui a certainement chanté les louanges de ses enfants venus la visiter, mais du chant de tous les Marseillais qui est devenu celui de tous les Français. C’est donc Marseille qui la seule aura eu le pouvoir de prêter son chant pour le faire résonner sur les champs Elysées. Marseille fait ce qu’elle veut et elle en a décidé ainsi. Mais les chants des cigales seront toujours plus harmonieux que les champs Elyséens.

Tour de France #19 – “Avec deux bras, deux jambes, tu peux gagner”

A trois jours des Champs, on savait que l’échappée allait être convoitée et disputée. Il faudra attendre près d’une heure avant de voir le groupe de tête se dessiner. Parmi les fuyards, on retrouve Elie Gesbert, Romain Hardy et Pierre-Luc Périchon. Le peloton laisse filer et les vingt hommes de tête creusent l’écart. Les attaques se multiplient dans le final, Elie Gesbert se retrouve dans la bonne cassure. Le breton joue avec ses armes et tente de s’isoler. Malgré son envie, le benjamin du Tour ne peut empêcher la victoire de Boasson Hagen à Salon de Provence. Bilan de la journée : Elie Gesbert se classe 7ème, Pierre-Luc Périchon clôt le top 10 et notre formation remporte le classement par équipes du jour.

Elie Gesbert :
« À 40kms de l’arrivée, on savait que le vainqueur de l’étape était parmi nous. Je pensais simplement à courir juste et à m’économiser pour placer la bonne attaque au bon moment. Je savais qu’il y avait plus rapide que moi, il fallait essayer de les piéger. Dans les derniers kilomètres, on m’encourageait dans l’oreillette, j’entendais Denis Leproux depuis la voiture mais aussi mes coéquipiers. Ils me disaient « tu as deux bras deux jambes et tu peux aussi aller gagner ! ». Il ne fallait pas faire de complexe, tout donner et faire sa course. Je suis content de cette septième place même si à un moment j’y ai cru. Etre là, dans le final, pour disputer la gagne d’une étape du Tour c’est exceptionnel. »

Pierre-Luc Périchon :
« Ça a bataillé en début d’étape pour aller dans l’échappée, on a accompagné tous les coups. Maxime, Elie puis Flo ont tenté leur chance et finalement on s’est retrouvés à trois dans la bonne échappée. On savait que la Sky ne roulerait pas, toutes les équipes de sprinteurs étaient représentées à l’avant donc on était presque sûrs d’aller au bout. Etre en surnombre était un avantage, on a pu accompagner les attaques mais aussi les provoquer. On fait une super course même s’il n’y a pas de victoire d’étape ! Quand on prend part à une échappée qui va au bout, on se prend à rêver et on aimerait jouer sa carte personnelle mais Elie fait un très beau final, collectivement on n’a pas grand chose à se reprocher. Personnellement, j’avais à cœur de me donner à fond jusqu’à la fin du Tour aujourd’hui j’aborde les deux dernières étapes avec peu de regrets. »

Romain Hardy :
« Depuis le début du Tour, on essaye de courir avec un coup d’avance et ça a souri aujourd’hui. Dans le final, on a pris une cassure avec Pierre-Luc mais on avait Elie devant, il fait trois superbes semaines, il a fait un bon travail pour l’équipe, il méritait de pouvoir jouer sa carte. Je suis content pour lui. Aujourd’hui, on gagne le classement par équipes et on se classe huitième du général, ça prouve la force de notre collectif. »

Denis Leproux (directeur sportif) :
« Elie a du cran ! Il a attaqué alors qu’il était entouré de cadors, j’aime cet état d’esprit. Il a pris des risques, on y a cru, il ira loin c’est sûr. On est en troisième semaine, il est le benjamin du Tour et il arrive à jouer dans le final et à accrocher un Top 10, c’est très prometteur ! »

Le billet de Marc Fayet #19 – Droit de réponse

A la suite de mon billet de Jeudi 20 juillet, un certain nombre de mécontents se sont manifestés en raison de l’inexactitude de mes propos lors de ma chronique intitulée « Sur la Sellette ». J’ai été frappé par la virulence de certains me qualifiant de mythomane, d’usurpateur et même parfois de… Comédien ! Autant je revendique le troisième, car je n’ai pas honte de traîner cette réputation qui me nourrit, autant je peux assumer les deux premiers, ça ne me pose aucun problème pour la simple raison qu’un comédien est capable de tout.  Cependant pour mettre les choses au poing, parce que je suis un peu dans le genre de Nacer, ça part vite avec moi, je désirais apporter une précision qui expliquera tout. Ma facétie, pour ceux qui eurent assez de malice pour la détecter, était basée sur un événement qui n’a jamais existé, ce qui d’après moi me prémunissait de toute critique dans la mesure où je l’inventais de toute pièce. En effet le Tour 1917 n’a jamais eu lieu car à cette époque les seuls hommes qui pratiquaient la bicyclette le faisaient plutôt entre Douaumont et le Chemin des Dames qui à la différences de celles d’hier n’étaient pas coiffées et pas demoiselles non plus, elles ne parvenaient plus non plus à faire la planche, les belles filles, un peu usées par trois années de conflit qui commençait à les fatiguer un peu, déjà qu’elles étaient contraintes de se taper des poilus alors qu’elles préféraient les jambes glabres des vrais coursiers. Tout ce qu’espéraient les cyclistes de cette époque c’était que l’arrière Grand Père d’André Greipel ne tombe pas sur le paletot de celui de Christophe Laporte, il risquait de lui planter un grand coup de baïonnette dans les rayons. Non, j’ai tout inventé et les explications d’expressions françaises étaient toutes issues de mon imagination. La seule vérité notable est celle concernant l’Héroïsme de Brice Feillu qui a mes yeux fait figure de héros face aux champions faméliques qui eurent l’outrecuidance de le passer sur les derniers kilomètres de l’Izoard alors que je voyais bien notre grande liane faire merveille pour avaler le petit colombien et rejoindre le Breton car il y avait déjà eu un précédent dans l’histoire familiale.

Firmin Feillu De la Pouliche, très ancien aïeux de Brice était issu d’une ancienne famille aristocratique en situation critique mais qui en 1678, bien avant la révolution, avait imaginé qu’un jour forcément il risquait de passer un mauvais quart d’heure.  Il décida de se débarrasser de sa particule qui l’alourdissait un peu et comme c’était un montagnard, il sentait que ce serait toujours ça en moins à porter dans certaines ascensions Alpestres car il était guide de haute montagne, certainement un des premiers en France. C’est lui qui dit un jour « C’est pas la mer à boire » au Prince de Condé qui en bon fils de flic habitué aux plages de Saint-Tropez hésitait à gravir les derniers 1000 mètres qui lui permettait d’accéder à la casse déserte, Casse déserte qui comme tout le monde le sait a été baptisée ainsi parce qu’un jour un type qui ne cassait pas trois pates à un canard est venu tout seul à cet endroit pour casser la graine, mais il avait oublié sa graine à Vars… Vous imaginez tout le chemin qu’il dut faire pour prendre de la graine ? (d’où l’expression ). Ce qui fait qu’il n’a rien cassé du tout laissant le lieu désert et c’est sur le chemin du retour que le spécialiste des canards qui s’appelait Lebreton croisait Firmin Feillu De la… Oui il avait gardé De la… Ce qui était encore un peu trop lourd pour lui mais il voulait garder un souvenir de sa noble ascendance… Firmin montait, Lebreton descendait et Firmin se moqua un peu du Breton Lebreton en lui disant « Moi je gagne ma croûte en montant et toi tu cherches ta graine en descendant, faut vraiment être un peu tête en l’air » Lebreton vexé promit de se venger et de le retrouver un jour il se disait « Oui la tête en l’air mais les fesses aussi, tu verras et un jour, c’est moi qui serais premier en haut. »

 

C’est ce qu’il se produisit quelques générations plus tard puisque Brice arrière-arrière-arrière et j’en passe… Petit descendant de Firmin De la, se trouvait pas plus tard qu’hier en compagnie d’une sacrée bande de costauds aux mollets de poulets quand tout à coup il vit le Barguil le dépasser, reconnaissant immédiatement le Descendant du type qui descendait quand son ancêtre montait.

Eh bien que croyez-vous qu’il fit ? Il encouragea Lebreton car depuis de l’eau avait coulé sous les ponts et les Français reprenaient leur place dans la grande galerie des champions, unis par un même espoir, briller au firmament en s’isolant sur l’Izoard. Voilà l’histoire de Brice et que le premier qui me traite de menteur se fasse connaître, je lui répondrai qu’il a tout à fait raison.

Tour de France #18 – Brice Feillu : “un sentiment d’inachevé”

Sans complexe, c’est de cette manière que nos coureurs ont abordé la dernière étape de montagne. Ils sont cinq à s’extraire du peloton et à accompagner une échappée d’une cinquantaine d’unités. Mais, après 55kms de course, une cassure s’opère dans le groupe de tête et nos coureurs se retrouvent piégés. Elie et Florian chassent le premier groupe et se sacrifient pour leurs coéquipiers. Romain Hardy et Eduardo Sepulveda épaulent Brice Feillu le plus longtemps possible avant de monter à leur rythme. Notre grimpeur fait une belle dernière ascension, il se classe 15ème et conserve sa 16ème place au général. Le collectif a répondu présent, notre formation se classe 7ème du classement par équipes.

Brice Feillu :
« Ce soir, je suis déçu. Je ne finis pas très loin du vainqueur, j’avais les jambes pour aller chercher un meilleur résultat. Pour cela, il fallait que tout se passe bien, ça n’a pas été le cas… Je fais une erreur en ne me retrouvant pas dans la bonne cassure à l’avant et ensuite ça ne s’est pas enchaîné comme je l’aurais souhaité. Après avoir franchi la ligne, il y a beaucoup de frustration, je cours après une seconde victoire d’étape et ce soir je sais qu’elle n’aura pas lieu en 2017. Je fais un bon Tour de France, je réponds présent sur toutes les étapes de montagne, mais j’ai un sentiment d’inachevé après cette dernière montée. Je vais rapidement digérer cette déception et me concentrer sur le positif. L’équipe fait une belle journée, on est septième du classement par équipes et je suis seizième du général. »

Romain Hardy :
« Avec cinq coureurs dans l’échappée, c’était plutôt bien parti. Ensuite, ça s’est mal goupillé. Mais, on a fait ce qu’il fallait pour rester dans le jeu après la cassure. Elie et Florian se sont sacrifiés pour boucher le trou et Edu et moi on a fini le travail, on a usé beaucoup de cartouches. J’ai géré ma descente pour pouvoir me retrouver à l’avant. J’ai fait ma course et quand Brice m’a repris, j’ai essayé de lui filer un coup de main. C’est une bonne journée pour moi mais surtout l’équipe. »

Denis Leproux (directeur sportif) :
« C’était une étape très intense. Brice fait une belle journée mais je veux avant tout retenir le collectif ! Aujourd’hui on est septième au classement par équipes, on répond présent sur les étapes les plus difficiles, on est très satisfaits du comportement de nos coureurs. »

 

Le billet de Marc Fayet #18 – Sur la sellette

Dès que se présente la haute montagne on se sent tous petits, non seulement parce que les historiens du cyclisme ne peuvent s’empêcher d’en revisiter tous les exploits et les tragédies qu’elle a pu générer…  Et qu’est-ce qu’ils peuvent nous bassiner avec leur connaissance encyclopédique ceux-là ?! Qu’importe la seule vérité est que l’on sait à quel point dans ces circonstances il n’y aura pas de demi-mesure, ou bien il va se passer quelque chose d’exceptionnel ou bien la montagne accouchera d’une souris. Intéressant d’ailleurs de se pencher sur cette expression… En connaissez-vous l’origine ? Sachez qu’ elle est héritière d’un événement directement lié au tour de France en 1917. Le Tour entamait cette année-là pour la deuxième fois de son histoire les cols Alpestres et notamment celui de l’Izoard, mais en dépit de sa difficulté c’est là qu’Isidore Marchand, le père de Robert Marchand notre cycliste centenaire, et qui était clerc de notaire, avait déclaré lors de la première ascension en 1911 «  ça y est  le col est monté »… qui est devenu « être collet monté », pour désigner quelqu’un qui affiche de manière un peu trop voyante sa supériorité sociale. Mais je m’éloigne et je dois revenir à nos moutons… Autre expression très sympathique… Pourquoi revenir à nos moutons ? De quels moutons s’agit-il ?… Les  moutons sont en fait la désignation des fidèles qui tous les dimanches se pressaient aux offices. Ainsi lorsque deux abbés s’entretenaient et avaient tendance à se perdre en digression discutant par exemple du tour de France et de son étape Briançon-Izoard, il y en a toujours un qui les ramenait à l’essentiel en déclarant « Nous nous égarons, revenons à nos moutons », c’est-à-dire à leurs ouailles, pauvres pêcheurs qui  préféraient suivre le Tour que le seigneur. Mais je m’écarte et revenons à notre souris de 1917. Le leader de cette édition en était Gaston Louris qui lors de cette quatrième étape de 342 kms bénéficiait d’une avance ridicule sur son poursuivant qui n’était autre que le célèbre Maurice Mansour. Les deux coureurs se tenaient dans un mouchoir de poche… Savez-vous d’où provient cette expression ? Il se trouve qu’à la cour de François 1er  un de ses conseillers, Le comte de la Pochade duc de l’Ubaye, avait une forte tendance à éternuer en raison d’une allergie aux poils de chats. François excédé par ces éternuements incessants le forçait à ne plus venir le visiter et rester dans un cabinet attenant à la grande salle de conseil. Ce cabinet était souvent envahi de mouches et on imagine sans peine pourquoi. François qui était toujours le 1er pour plaisanter déclarait souvent « Ce brave Lapoche », car c’était son surnom, « ce brave Lapoche peut se moucher comme il veut, ça sentira toujours aussi mauvais là où il est »… Qui par contraction est devenu «  Mouchoir » (La salle à mouches) « de Poche » (Lapoche, Comte de la Pochade, duc de l’Ubaye ) devenu « mouchoir de poche », personne qui se trouve dans un lieu exigu.

Vous constatez où  les origines des expressions peuvent  se nicher ?… Sachez seulement qu’un des descendant du Comte Lapochade duc de l’ Ubaye inventa l’huile camphrée qui fut providentielle pour nombre de coureurs et de là naissait l’expression « Mets de l’huile » destinée à celui qui, bien massé et les jambes luisantes, était destiné à partir en échappée comme aujourd’hui Warren qui a mis de l’huile et des Watts  pour faire la tournée des grands Ducs. Bien ! Où en étais-je ? Oui le tour 1917 Louris et Mansour. Les voici qui après une journée à se tirer des bouts… Connaissez-vous d’où vient cette… ? On s’en fout !  Voici que les deux forçat attaquent L’Izoard. Mansour  en premier et Louris qui lui suçait la roue… Vous savez d’ailleurs d’où vient cette… ? La prochaine fois, d’accord !

Lors de la grimpette les deux garçons étaient épaule contre épaule un peu comme Poupou et maître Jacques… « C’était au Puy de Dôme en 1964 au km… » Stop !  Merci Jean-Paul Ollivier c’est pas le moment de la ramener non plus ! … Laissez-moi raconter.

 

Cette étape de 1917 devait être décisive, extraordinaire et palpitante, une lutte sans merci devait se livrer car le vainqueur là-haut devait l’emporter là-bas. Mais ils ne se livrèrent qu’une petite lutte de gagne-petit… On attendait le calme avant la tempête, ce fut la croix et la bannière pour les départager, ils n’ont pas épaté la galerie pour cette journée de dupes car les dés étaient pipés ce qui est fatal lorsqu’on vend la peau de l’ours avant de le tuer,  et ils n’ont pas été nombreux à se bousculer au portillon à cause du coup de Trafalgar de l’éminence grise. Au final vous avez bien compris ce qu’il advint !  Mansour et Louris ne se livrèrent pas vraiment et ce qui permit au célèbre reporter du journal l’auto Félicien Lechat… « Ni Mansour, ni Louris… La lutte fut décevante et la montagne accoucha de deux moitiés de héros c’est-à-dire une souris » (Contraction de Mansour et Louris)… Voilà ! C’est tout bête comme chou comme vous le constatez et ça se raconte sans en rajouter, pas besoin d’étaler sa science comme certains… Je suis un adepte de l’humilité et quand il n’y a rien d’autre à raconter, je le dis…

Tour de France #17 – Brice Feillu : “Le couteau entre les dents”

Avec 4 500m de dénivelé, la 17ème étape du Tour de France était aussi attendue que redoutée. Après une chute au km 20, le peloton est coupé en deux et une vingtaine de coureurs prennent le large dont Pierre-Luc Périchon et Brice Feillu. L’attaque de Contador fait immédiatement redescendre l’avance des fuyards. Roglic, sur un nuage aujourd’hui, s’impose en solitaire à Serre Chevalier. Brice Feillu distancé du groupe de tête dans la dernière ascension franchit la ligne en 20ème position et remonte à la seizième place du classement général. Pour Dan McLay la marche était trop haute… notre sprinteur abandonne après 100 kms de course, à bout de forces.

Brice Feillu :
« Mon objectif aujourd’hui était de passer la journée à l’avant et ça m’a plutôt réussi. Les sensations étaient bonnes mais j’ai accusé le coup dans la dernière ascension. Le niveau était relevé mais à mi-course je me voyais faire un beau résultat ! C’est le jeu, il y avait plus fort aujourd’hui. Demain sera encore une journée difficile mais je compte bien récupérer au mieux car j’aurai une fois encore le couteau entre les dents sur cette dernière étape de montagne. »

Laurent Pichon :
« Difficile journée, j’espérais un cadeau un peu plus sympa pour mon anniversaire, 4 500m de dénivelé c’était copieux ! J’ai eu le droit à un joyeux anniversaire chanté par le public du Tour au moment de la signature ce matin, ce n’est pas tous les ans que j’ai autant de monde à me le souhaiter (rires). »

Romain Hardy :
« Je n’étais pas dans un grand jour, ça a roulé très vite dès le premier col, il y en avait partout. Ensuite, chacun a pris son groupe et on a fait comme on a pu. Brice fait une belle opération au général. L’enchaînement du Télégraphe et du Galibier est mythique mais c’est dur et très long, au pied du télégraphe, on sait qu’on a deux heures de montée ! »

Dan McLay :
« C’est dur d’abandonner le Tour … depuis une semaine je me bats pour entrer dans les délais mais aujourd’hui, il n’y avait rien à faire. J’ai réussi à réaliser de bons sprints, mais pour le moment je n’ai pas suffisamment de recul, je suis simplement triste d’abandonner. Je vais laisser le vélo de côté quelques jours mais je reviendrai plus fort et plus rapide. »

Sébastien Hinault (directeur sportif) :
« On savait que pour Dan cette journée allait être très compliquée, ça faisait un moment qu’il luttait pour rentrer dans les délais. C’est la mauvaise nouvelle du jour mais c’est aussi ça le Tour. Il faut retenir le positif, Brice fait une belle étape. Prendre l’échappée aujourd’hui était l’objectif et il a fait ce qu’il fallait. Il est 16ème du général, c’est une belle place. »

 

Le billet de Marc Fayet #17 – Coup de foudre sur Isère

Hier j’étais sur le tour entre le Puy en Velay et Romans sur Isère. J’y étais en vrai, comme invité privilégié avec accès au village-départ : Viennoiseries, petits fours et café à volonté. Entrée dans la zone technique où vous pouvez faire pipi entre Christian Prudhomme et Bernard Thevenet. Parcours de toute l’étape dans une voiture de l’organisation avec pilote ancien champion et coupe de champagne pour finir sur la ligne d’arrivée à l’espace VIP… En un mot la totale qui doit en rendre jaloux plus d’un et plus d’une. Eh bien je dois l’avouer, et le je confesse sans retenue, ce fut un moment tellement fort en émotions que je suis tout simplement tombé  amoureux. Quelque chose de puissant de tellurique car vous n’avez pas idée de ce que représente cette file humaine sans fin qui sur les 165 kms du parcours encadre la route en acclamant votre passage… C’est une holà permanente qui ne peut vous laisser de marbre, alors tel un dignitaire quelconque vous sortez le bras et pour répondre à cet accueil spontané vous saluez d’un geste de la main avec une grande noblesse empreinte d’une fausse modestie car personne ne vous connaît mais vous faites semblant de croire que vous êtes important. Le peuple aime à fêter les nantis. Cette foule était tellement foisonnante que je ne pouvais pas en ignorer la présence et je ne pouvais m’empêcher d’une manière hypnotique à en détailler chaque visage, chaque silhouette, chaque tenue. On n’a pas idée par exemple de la quantité extraordinaire de jolies femmes qui viennent décorer de leur beauté les abords de la chaussée chauffée par le soleil de Juillet. Et ça c’est pas Franck Ferrand sur France Télévision qui pourrait vous le décrire alors qu’il y a certaines femmes qui valent 10 Chapelles, 20 châteaux et 3 basiliques. J’aurai voulu m’arrêter 10 fois pour me mêler à cette marée humaine et embrasser ces femmes car je sentais le désir monter en moi à tel point qu’ au kilomètre 86,200 à l’entrée de Saint Félicien, au deuxième virage à droite mon cœur fit tous les bons que même un acrobate ne parviendrait pas à lui imposer. C’est là à cet instant précis que je la découvris, elle était brune d’une longue chevelure souple et brillante, portant une robe blanche avec un imprimé rose, des fleurs ou des fraises, des yeux noirs, un sourire immense sur des dents étincelantes… Vision sublime qui représentait durant quelques secondes la plus belle des apparitions, une sorte de poster grandeur nature et en 3D. Une sublime ardéchoise était là qui rayonnait de bonheur et d’impatience. Alors si vous vous reconnaissez, ou si vous reconnaissez celle que je désire connaître, faites-vous connaître pour que je vous reconnaisse afin de pouvoir prochainement la connaître enfin. Je sens qu’entre elle et moi un futur radieux et des lendemains chancelants, nous attendent. Ivres d’amour nous vivrons de multiples tours de France à venir et nous reviendrons chaque années dans le même virage de notre rencontre et puis plus tard avec nos enfants pour glaner les offrandes publicitaires et puis plus tard encore lorsque nous serons vieux ce sera toujours nous au même endroit, assis sur nos petits fauteuils en toile, sous le parasol, devant notre camping-car entouré de petits drapeaux estampillés Fortuneo Oscar. Voilà ce que j’ai vécu, c’était le 18 Juillet 2017 et c’était inoubliable. Et les coureurs me demanderez- vous ? Et la course ? Mais c’est bien le problème, de coureurs je n’en ai vu aucun et la course je n’ai pas assisté ne serait-ce qu’au début du commencement de l’intention d’une envie… Parce qu’avec notre fière voiture applaudie des milliers de fois, nous étions toujours loin devant et les coureurs ensemble derrière. Ils étaient derrière des dizaines de motos et de voitures, des commissaires, des régulateurs, des photographes, des journalistes et le patron et ses adjoints… Un véritable écran devenu opaque nous bloquant la vue définitivement. Tout ceci en raison de l’absence d’échappés… C’est la raison pour laquelle c’est moi qui me suis échappé… En pensée pour vivre ce rêve éveillé et passionné. Moi ce que je préfère dans le tour c’est ce qu’il y autour, surtout si c’est de l’amour.

Tour de France #16 – Romain Hardy : “Une bonne 10ème place”

À croire que la journée de repos a donné des ailes au peloton. Pas d’échappée aujourd’hui mais une étape mouvementée et stratégique. Sous l’impulsion des coureurs de Sunweb le peloton s’étire et décroche Marcel Kittel et une cinquantaine d’éléments dès la première ascension. À 20 kms de l’arrivée, coup de force de la Sky, Romain Hardy est dans la bonne bordure et va chercher une belle 10ème place. Dan McLay vit une nouvelle journée galère, Laurent Pichon connaît un jour sans, nos deux coureurs passeront l‘étape devant la voiture balai mais rentre dans les délais.

Romain Hardy (10eme) :
« Je me sentais bien dès les premiers kilomètres, alors j’ai dit dans l’oreillette que je ferai le final. Souvent, les coups de bordure me réussissent bien, j’ai essayé d’anticiper. Le secret des bordures c’est le placement, choisir la bonne roue et surtout ne plus la quitter. Aujourd’hui pour moi c’était la roue de Roche et j’ai réussi à rester dans le groupe maillot jaune. En revanche, dans le dernier kilomètre j’étais mal placé mais je vais quand même chercher une bonne 10ème place. Ce soir, je n’ai pas de regrets. »

Laurent Pichon :
« Je ne pensais pas vivre une journée aussi galère.  J’ai tenté de prendre plusieurs échappées, et j‘ai explosé dans le premier col, je n’avais rien dans la patte. Je me suis rapidement retrouvé avec Dan, la galère c’est toujours mieux à deux… J’ai eu peur des délais, j’ai cru rentrer à la maison, aujourd’hui. On ne peut pas renoncer au Tour, à aucun moment je ne me suis vu abandonner. On a essayé de bien gérer notre effort et surtout on avait Denis Leproux, notre directeur sportif, pour nous encourager. Pour l’anecdote, on a été retardés par le passage d’un train à 15kms de l’arrivée… sur le vélo, on passe par des journées sans, j’espère que ça ira mieux demain.  »

Sébastien Hinault (directeur sportif) :
« Belle étape de transition (rires) ! C’est parti à bloc et quand Kittel s’est retrouvé en difficulté, ça roulait fort à l’avant, c’était plutôt bien joué. Ça a bataillé toute la journée, la preuve aucune échappée n’a réussi à se former. On va chercher un beau Top 10, je suis fier de l’étape de Romain ! Laurent a eu un coup de moins bien. Il a tout donné en début d’étape pour prendre une échappée et il a connu un effet boomerang : quand tout le monde est revenu sur lui, il s’est retrouvé en difficulté. Dan et Laurent ont passé la journée ensemble on aurait préféré que ce soit à l’avant mais ils ont pu surmonter cette épreuve. Je pense que cela a été réconfortant pour Dan qui galère depuis plusieurs étapes. »

 

Le billet de Marc Fayet #16 – Bonne volonté

A l’heure où j’écris ces lignes la 16ème étape n’a même pas débuté et pourtant je prends l’initiative de rédiger cette petite chronique sans savoir ce qu’il va se dérouler tout simplement parce qu’aujourd’hui je vais la suivre en direct, comme un véritable suiveur, un invité privilégié entre le Puy en Velay et Romans sur Isère dans une voiture sur le parcours avec des coureurs que je pourrais presque toucher depuis ma vitre ouverte. Lorsque je me retrouve dans la peau de l’invité je perds tout recul pour n’être que dans la contemplation et l’admiration. Une sorte de vacance créatrice propre à mon désir d’en savourer chaque seconde et d’imprimer chaque sensation dans mon cortex entre le Thalamus et l’amygdale… Attention ! Ne pas confondre cette amygdale du cervelet, avec les amygdales qu’on a dans le gosier. La première permet de nous faire pleurer enfant quand on nous annonce qu’on doit nous retirer les deuxièmes, c’est de là que toute l’émotion prend forme. Sans amygdales nous ne serions que des machines froides et sans angines. Quoi qu’il en soit c’est avec toutes mes amygdales, et d’autres amis que je ne vais pas manquer de rencontrer, que je vais éprouver lors de cette déjà inoubliable journée une foule de sensations, de stimulations que je ne pourrai traduire qu’une fois que j’aurai pu poser sur la table la somme colossale d’instants afin d’en faire un tri et tenter de remettre en mots pour constituer la chronique qui naitra demain ou après-demain car on a souvent du mal à se remettre d’une telle immersion. Aujourd’hui je ne fais que prendre le train qui me mènera à la Gare de St Etienne Château où un pilote m’attendra ( A l’heure où vous lirez cette chronique, il ne m’attendra plus, tout sera déjà fini et je serais dans le train du retour, c’est juste pour que vous sachiez où j’en suis entre mon présent et notre futur ) Le pilote m’aura donc récupéré pour me mener au départ. Moments à flâner au village-départ pour tenter d’admirer toutes les célébrités que je pourrais y croiser, Bernard Thevenet, Stephen Roche, Pierre-Luc Perrichon, Bauke Mollema, Jules Romains… Vous ne connaissez pas Jules Romains ? Mais c’est un type formidable, un gars qui n’a pas gagné une seule course mais qui m’a accompagné durant des années, celles où je désirais me plonger dans une littérature généreuse et foisonnante. Ce type est du coin comme toute sa famille et a écrit un truc incroyable intitulé « Les hommes de bonne volonté » que j’ai dévoré comme on dévore les 165 kilomètres qui nous mèneront (Qui nous ont menés, c’est déjà fait ! je ne vais pas vous expliquer à chaque fois !?) à Romans sur Isère , Romans la bien nommée, car elle est au pluriel comme les 27 Romans qui composent ce formidable chef d’œuvre où Jules impose sa doctrine de l’unanimisme… Un truc difficile à expliquer mais pour faire court disons que le but est qu’il faut raconter les hommes dans leur globalité par l’intermédiaire d’un seul en particulier. Genre Je est les autres… Ou plutôt je suis nous… Enfin en gros quoi ! De toute manière Jules a été mon héros depuis longtemps et je me souviens dans quel état j’étais lorsque je décidais de me lancer dans la lecture d’un nouveau volume de ces 27 bouquins, c’était un peu… Un peu comme maintenant, quand je vis une étape du Tour, je suis un lecteur pris au milieu des événements, je m’y crois et je ressens avec la même acuité, le même plaisir, les mêmes craintes aussi ! Que va-t-il arriver ? Qui va gagner ? Qui va perdre ? Que vont devenir tous ces personnages ? Des centaines dans les romans comme sur le Tour. Oui vraiment je vais vivre une expérience unique ne sachant ce qu’il m’attendra serai-je différent après avoir passé cette journée comme après avoir lu tous les romans de Romains ?

Tour de France #15 – Pierre-Luc Périchon : “Tous un même objectif : la gagne”

Pour l’échappée, la 15ème fut la bonne. Depuis le début du Tour on se demande si une échappée va aller au bout, c’est chose faite depuis trois heures. Une dizaine de coureurs sortent dès le kilomètre 0, ils sont rejoints par un groupe de contre 50kms plus loin, on y retrouve Pierre-Luc Périchon et Romain Hardy. Les 28 fuyards ne reverront pas le peloton. Romain cède du terrain dans le col de Peyra Taillade. Pierre-Luc s’accroche, il lui manque 300m dans la dernière difficulté du jour pour basculer avec le groupe Barguil. Sur la ligne PLP est 14ème, Romain 19ème. En montagne, on garde toujours un œil sur l’arrière et Dan McLay. Après avoir fait un raid de 160 kms, seul, devant la voiture balai, le britannique rallie l’arrivée, dans les temps. Notre formation est septième au classement par équipes de l’étape. Au général, Brice Feillu est 19ème, Dan McLay lanterne rouge mais l’équipe est toujours au complet.

Pierre-Luc Périchon :
« L’équipe fait une belle étape mais à l’arrivée, il y a un peu de frustration. L’objectif de prendre une échappée n’est pas seulement de montrer le maillot, on a envie de jouer la gagne. Je suis déçu de venir mourir à 3 secondes du groupe pour la deuxième place. Dans quelques heures je relativiserai, être à l’avant sur une étape comme aujourd’hui est déjà une belle performance, mais Paris approche et on ne veut pas arriver sur les Champs avec des regrets. »

Romain Hardy :
« Dès le pied du premier col, c’est sorti à la pédale pour aller chercher les cinq hommes de tête. Avec PLP, la stratégie était simple, on n’avait pas le poids de la course, il fallait s’accrocher le plus longtemps possible et faire le point dans le final. Je craque à 3kms du sommet de Peyra Taillade. Il ne me manque pas grand chose… On court tous après une seule chose : une victoire d’étape. Face à nous, il y a les tout meilleurs, mais on y croit sinon on ne passerait pas 5h sur le vélo (rires). »

Elie Gesbert :
« Dans l’avant-dernier grimpeur, Chris Froome a eu un incident mécanique. J’ai vu revenir le train de la Sky et je me suis dit que j’allais les accrocher le plus longtemps possible. J’étais dans la roue de Chris Froome, à ce moment-là, on ne savait pas si le maillot jaune allait rentrer. Je me disais que j’étais peut-être en train d’assister à un tournant du Tour. C’est impressionnant mais on est vite rappelés par la difficulté des cols et on se concentre sur notre effort. »

Sébastien Hinault (directeur sportif) :
« Il fallait avoir un coureur devant aujourd’hui, on en avait deux, c’était encore mieux. Pour un directeur sportif, c’était difficile nerveusement (rires). On était dans le coup pour la gagne. On n’a pas pu jouer jusqu’au bout, c’est dommage parce qu’on y a cru. On avait le droit d’y croire. Il y aura encore des opportunités surtout qu’on peut toujours compter sur Dan McLay, notre sprinteur. Il s’est vraiment accroché, aujourd’hui. Il a fait plus de 160kms tout seul… C’est toujours stressant de veiller aux délais pour Dan, on aimerait finir à neuf et il lui reste des étapes pour s’exprimer. »

 

Le billet de Marc Fayet #15 – Vu d’ici

Je vous écris d’un lieu historique où les cyclistes viennent rouler depuis des temps immémoriaux. Ce lieu c’est l’anneau qui entoure l’hippodrome de Longchamp, un endroit incontournable pour tous les mordus comme moi, pour tous les enragés comme les autres. Il faut voir la galerie de portraits extraordinaires qui défile surtout les dimanches, certains se fréquentant depuis plus de vingt sans ne jamais s’être adressé un mot, ou alors juste une insulte le jour ou l’un a tassé l’autre dans le petit goulet du moulin « Connard !» « J’t’emmerde !» voici les seules amabilités qu’ils ont pu se faire. De toute manière c’est bien connu, le cycliste possède un franc-parler et à la voix qui porte : « A DROITE ! » Gueule-t-il quand il arrive pleine balle avec sa petite équipe en enfilade derrière lui. Et puis il sait siffler aussi, c’est souvent plus radical, quand on entend siffler le train, on ne moufte pas, on se rabat et on se laisse enrhumer. Moi ils m’ont à la bonne ce matin, certains me saluent, d’autres me complimentent sur la beauté de mon vélo. Ils doivent me reconnaître, parfois on a ses petits moments de gloire. Il y en a d’autres en revanche qui viennent pour parler, on a l’impression qu’ils ne viennent que pour ça depuis vingt ans « Alors Maurice ! Ta femme elle croit toujours que tu fais du sport ? » « Ouais ! Je fais mes 100 bornes, je lui ai dit que j’en ai fait 200 et entre temps je vais voir mes poules » Et tous de s’esclaffer ! « Qu’il est con ce Maurice ! ». Vous n’imaginez pas non plus la variété des vélos qui circulent, du plus ancien tout allu de chez Alex Singer (Un fabriquant de vélo sur mesure de Levallois depuis 80 ans, une légende dans le coin) au tout dernier Chrono tout carbone de chez BMC. Il y en a pour une fortune et il ne faudrait pas qu’une bande de braqueurs vienne nous faire une visite, ils pourraient aux alentours de 11h30 au plus fort de l’affluence, repartir avec au moins 1 million d’euros en matériel… J’ai fait le calcul tout à l’heure ! On n’imagine pas la quantité de matos qui circule sur ces 3km500. Et puis il y a aussi les tenues, là aussi on sent que certains soignent l’apparence, voulant tout faire pour ressembler à un coureur, un vrai, enfin un vrai de Longchamp, qui n’est pas celui de Vincennes, ça n’a strictement rien à voir et puis d’ailleurs à Vincennes c’est du trot attelé quand à Longchamp c’est du galop. Parmi toutes les couleurs, il y a des maillots neutres en pagaille, dont un avec le drapeau suisse. Il y a des tenues de clubs du coin ACBB, CSM Puteaux, AS Corbeilles-Essonnes, d’autres plus inconnus avec des sponsors locaux : Une entreprise de maçonnerie, une Pizzeria, une imprimerie. Ce matin par exemple il y avait même un maillot de Champion du monde, peut-être du surplace, car je l’ai passé sans difficulté, il m’a même félicité, j’étais flatté, lui aussi m’a reconnu, il a dû me voir à la télé. Il y a des jours, c’est le vôtre. Non seulement j’avais la jambe mais j’avais aussi la petite côte avec, même si ce n’est qu’un faux plat. Ce qui était le plus surprenant aujourd’hui c’est qu’il y avait 4 maillots de la Française des jeux, ce sont eux qui étaient les plus représentés quand Direct Energie n’en avait qu’un et ils n’ont jamais collaboré. Les deux FDJ menaient le gros paquet dans lequel je me suis planqué car j’attendais de voir les réactions et ça n’a pas manqué « Hé les gars ! Qu’est-ce que vous foutez ici ? Au cas où vous le sauriez pas, y’a Thibaut Pinot qui se sent un peu seul sur le Tour ! » Et ça rigole encore plus fort. Vraiment je pourrai vous raconter encore des tas d’épisodes et vous montrer quantité de personnages mais j’ai quitté le peloton mené par les FDJ et j’ai bien fait, le tour d’après il y eut une chute en plein milieu. Le gars est resté allongé u moment, ça m’a un peu refroidi alors j’ai quitté le cirque et certains m’ont chaleureusement salué, j’étais vraiment surpris. Finalement je commence à être célèbre… A moins que… A moins que… !?… J’y suis ! J’avais la tenue complète Fortuneo Oscaro et le vélo de PLP. C’est peut-être seulement et sûrement pour ça… Ça s’appelle l’état de grâce.