Yvon Ledanois : “On focalise sur Warren”

Caleb Ewan (Lotto-Soudal), déjà vainqueur à Toulouse, s’est imposé au sprint dans la seizième étape du Tour de France au terme d’une journée marquée par la canicule et par l’abandon sur chute du Danois Fuglsang (Astana). Avant d’entrer demain dans les Alpes, Warren Barguil est onzième au classement général.

Yvon Ledanois : « C’est une bonne journée de passée, elle a été un peu stressante mais le vent a soufflé de face dans les 25 derniers kilomètres et il n’y avait donc pas grand chose à redouter. L’équipe a bien géré son effort et dans le final, Warren Barguil, Kevin Ledanois et Florian Vachon ont travaillé en faveur de leur sprinteur. Warren les a placés à moins de dix kilomètres de l’arrivée, Florian a sprinté sous la flamme rouge en criant pour qu’André Greipel le suive mais ça ne s’est pas fait. Dans cette journée, il y a eu l’abandon de Fuglsang. La chute fait partie de la course mais on ne s’en réjouit pas. On sait ce que c’est de perdre un leader sur une course par étapes ! Désormais, on focalise sur l’accompagnement de Warren. Demain c’est une étape pas simple, les coureurs seront en prise du départ à l’arrivée. Sous la chaleur, elle va laisser des traces. Aller dans une échappée n’est pas incompatible avec notre projet mais on ne le fera pas à n’importe quel prix. En tout cas, nous sommes prêts.»

André Greipel: “Je manque de confiance… c’est tout. L’équipe a tout fait pour moi et pour m’amener le plus loin possible mais aujourd’hui je n’étais pas assez bon.”

Florian Vachon : «  C’était étouffant et nerveux aujourd’hui. Pour lutter contre la chaleur il n’y a pas de miracle, il faut s’arroser et boire, environ deux bidons par heure. Au ravitaillement, nos assistants avaient préparé des glaçons pour qu’on puisse les mettre dans le haut du dos. Il y avait beaucoup de tension mais à l’entrée de Nimes nous étions bien placés. Tout le monde était autour d’André. On a essayé de l’amener encore plus loin que d’habitude, j’ai fait un gros effort à 1,2 kilomètres de l’arrivée. Collectivement, on a fait du bon travail, nous avons une très bonne cohésion de groupe. Dans la montagne, on reproduira ce même schéma. Dans un col Warren se débrouille tout seul mais avant on fera le maximum pour être autour de lui.”

Plus qu’un soulagement, une récompense !

C’est fait ! L’équipe Arkéa-Samsic a obtenu sa première victoire de la saison grâce à André Greipel qui a levé les bras à l’arrivée de la sixième étape de la Tropicale Amissa Bongo. Ce succès, plus qu’un soulagement, est une très belle récompense pour le leader de notre équipe, ses cinq équipiers et le staff présent au Gabon tant leur implication est remarquable depuis le premier jour.

Dans le bus menant les coureurs dès l’arrivée vers l’avion les transportant à Libreville, les sourires étaient éloquents, tous les membres d’Arkéa-Samsic étaient heureux, très simplement heureux de pouvoir fêter cette première victoire de l’année. Celle dont Yvon Ledanois, en milieu de semaine  disait  : ‘’ La première victoire d’André Greipel aura d’énormes conséquences parce qu’elle justifiera le travail de tous ses équipiers. La page 2018 sera définitivement tournée quand on aura gagné avec ce maillot. A présent, on va focaliser sur nous, sur notre compétence et notre savoir-faire ! ‘’

Après une heure et quart de transport dans un avion militaire, Sébastien Hinault et ses hommes pouvaient refaire la course. Elle a été limpide avec trois échappés repris dans les derniers mètres sans que André, Max, Laurent, Alan, Brice et Romain n’aient les moindre doute sur l’issue heureuse de leur course !

« Je suis content de gagner une étape, bien sûr, dit André dans un grand sourire. A trois kilomètres de l’arrivée et même si trois coureurs étaient à l’avant nous ne nous sommes pas affolés, nous sommes restés ensemble. L’équipe a fait un super travail pour mettre en place le sprint. Nous avons doublé les hommes de têtes à cinquante mètres de l’arrivée. J’ai démarré mon sprint tôt…et ça a marché ! Je suis content car l’équipe n’a jamais cessé de me soutenir. Les coureurs et le staff sont restés positifs, toujours, même quand je n’arrivais pas à gagner. J’ai terminé sixième, cinquième, quatrième, troisième, deuxième, et finalement un vrai résultat : la victoire. Toute la journée les gars ont fait un super travail. Pour emmener le sprint Maxime et « Pipich » ont été excellents. Ça fonctionne bien ! Je dois vraiment le redire, mais ce n’est pas facile de gagner ici car Bonifazio et Manzin sont en forme. Ça me soulage de gagner une étape, tout simplement ! La première de l’année pour nous tous. »

« Cette victoire, elle fait du bien, assure son directeur sportif… André s’est imposé à Oyem, là même où il avait été tassé contre les barrières il y a deux jours. L’équipe a de nouveau très bien travaillé et Maxime Daniel en dépit d’un incident mécanique provoqué par un gros nid-de-poule l’a déposé à 200 mètres de la ligne d’arrivée. C’était un sprint en force et dans ce registre André est difficilement battable. Il a franchi la ligne le premier et ça suffit à mon bonheur. Avec le recul, c’est amplement mérité par rapport à tout ce qu’on a vu cette semaine. Pour André et pour toute l’équipe. A l’image de Maxime Daniel qui m’a prévenu à 10 kilomètres de l’arrivée que sa tige de selle s’était abaissée. Je lui ai dit que nous n’avions pas le temps de changer de vélo mais que ce n’était pas grave quitte à monter la dernière côte en danseuse… »

 « André est forcément très heureux pour ses équipiers. Dans cette course exotique, on est tout le temps ensemble, on vit le truc à fond. En dépit de notre déception des jours passés, on est resté dans une attitude positive. Pourtant, vendredi, André était tellement dépité qu’il m’a dit ‘’c’est bon, j’arrête, je ne fais pas le sprint demain !’’ Ce matin, avant le départ, j’ai retrouvé un guerrier. »

A la limite, la frustration des cinq premiers jours était telle que le verdict aujourd’hui ne pouvait être différent.

« On a tous participé à cette victoire, c’est génial, dit Maxime Daniel. Pour ma part j’ai eu un petit problème de selle à douze kilomètres de l’arrivée. J’ai tenu comme ça jusqu’à la ligne d’arrivée car la course allait vite et je ne pouvais pas perdre du temps à la remettre en place. J’ai un peu plus ‘’toxiné’’ mais ça l’a fait. Dans la dernière côte, Brice a bien lissé l’effort. A la flamme rouge, Laurent Pichon a produit un gros effort. Je lance André à cent-cinquante mètres de la ligne quand nous sommes sur le point de doubler les hommes de tête. André fait son sprint. Ensuite, j’ai arrêté de pédaler, je voulais voir si André allait gagner et j’avoue, j’ai aussi levé les bras en franchissant la ligne. Ça fait hyper plaisir. Cette victoire est encore plus belle que si on avait gagné le premier jour car elle se faisait attendre. »

De ce point de vue, même son de cloche du côté de Sébastien Hinault : « C’est facile de le dire après coup mais ne pas gagner dans la facilité, c’est bien aussi pour la suite de la saison. Le groupe s’est soudé. Cette victoire est bonne pour André, elle est bonne pour toute l’équipe. Pour Maxime Daniel c’est important. Il a sprinté pour lui par le passé mais il a une chance inouïe d’avoir à soutenir un tel sprinteur. Max a toutes les qualités pour faire un bon lanceur. Il est grand, athlétique, capable de rouler vite longtemps. Tous deux font déjà un bon tandem et pourtant ils sont très différents. André est rigoureux, toujours le premier au p’tit dej, Max est plutôt très cool mais la rigueur de son sprinteur va lui faire beaucoup de bien. De la même manière, c’est plaisant de retrouver Brice Feillu qui marche super bien. Il roule, il a le sourire. Mais bon, il n’y rien à dire sur aucun de mes six coureurs et j’imagine que cette victoire en poche va leur donner faim. Demain, pour la dernière étape on peut le faire encore ! Le circuit à Libreville fait un peul mal aux jambes mais ça devrait se terminer au sprint ! »

Maxime Daniel «prendre nos repères»

Etape 5, Bitam-Mongomo (120 km)

André Greipel était dépité à Mongomo, petite ville de Guinée Equatoriale ayant servi de cadre à l’arrivée de la cinquième étape de la Tropicale Amissa Bongo. Parfaitement soutenu par ses équipiers, le sprinteur de l’équipe Arkéa-Samsic a pris la sixième place du sprint en faux-plat descendant dont il a eu l’initiative.

Pour l’organisateur, cette étape était historique puisqu’elle est sortie des frontières du Gabon pour faire un passage au Cameroun avant de finir en Guinée. Le tout sur des routes plates qui ont permis à cinq coureurs de s’échapper sans qu’ils aient eu la moindre chance d’éviter un sprint massif.

« Cette étape n’était pas dure, explique Sébastien Hinault, et le circuit à Mongomo proposait de larges avenues. Les cinq équipiers d’André Greipel ont bien travaillé pour lui. On avait décidé de rouler très vite dans le dernier kilomètre pour bien aborder un virage à angle droit à 500 mètres de la ligne d’arrivée. Dans une arrivée en faux-plat descendant, il a voulu lancer et s’est fait déborder par des adversaires profitant de l’aspiration. Il prend la sixième place… Ça ne rigole pas, ça m’énerve. Ce n’était pas non plus une arrivée pour André et comme les étapes ne sont pas longues, personne n’est fatigué et sa puissance ne suffit pas ! L’équipe fait du bon boulot mais André ne gagne pas et ça l’énerve. Aujourd’hui c’était particulier mais les jours passés, il n’y a pas de doute c’était lui le plus fort ! »

De son côté Maxime Daniel analyse la course de son équipe avec sang-froid et en rappelant que cette épreuve au Gabon est celle permettant à ses équipiers et lui-même de prendre leurs repères avec leur sprinteur.

« Hier, nous avons fait quelques erreurs dans le final, dit-il avec franchise, nous devons apprendre à mieux gérer les derniers kilomètres. Aujourd’hui, c’était beaucoup mieux. Je crois qu’on a vraiment bien placé André, mais l’arrivée ne lui convenait pas. C’était un sprint en faux plat descendant qui demandait beaucoup de tonicité, tout le contraire de ses qualités, des sprints en force qu’il affectionne. On ne va pas tout jeter parce qu’on n’a pas encore décroché de victoire. On enchaine les sprints avant d’attaquer la saison en Europe, on prend nos repères, on se rôde. On travaille bien, André est content de notre travail, il a toute notre confiance. On va gagner des courses, c’est sûr. »

Le retour vers l’hôtel a été épique pour les coureurs d’Arkéa-Samsic, le chauffeur de leur bus décidant d’emprunter la piste plutôt que la route en dépit de l’orage. L’occasion de faire des photos ou des vidéos avant un massage bien mérité.

La sixième étape, plus dure, fera un peu plus mal aux jambes et s’achèvera samedi à Oyem, là même où André avait été tassé dans les barrières lors du sprint de la quatrième étape. Nul besoin de lui poser des questions ce soir pour savoir ce qui l’anime.

Encore une marche, on y retourne demain !

Etape 2, Franceville – Okondja (170 km)

L’équipe Arkéa-Samsic n’a pas été payée en retour de ses efforts tout au long de la deuxième étape de la Tropicale Amissa Bongo. Même s’il a gagné une place au classement en passant du troisième au deuxième rang, il a manqué cinquante mètres à Andre Greipel pour lever les bras et remercier de la meilleure manière ses formidables équipiers.

Comme le résume parfaitement Sébastien Hinault, seul le résultat de cette journée est décevant mais la course réalisée par ses hommes est de nature à donner le sourire. Dans un scénario incontrôlable, Brice Feillu, Laurent Pichon, Alan Riou, Romain Le Roux et Maxime Daniel ont été d’une magnifique abnégation dans le but de préserver les intérêts de leur leader.

« C’était une étape difficile, assure le directeur sportif d’Arkéa-Samsic. Le dénivelé positif était de 2.650 mètres et s’il n’y a pas eu de grandes montées, il n’y a pas eu un mètre de plat ! Dès le départ, ce fut une sacrée bagarre, mettant très rapidement en difficulté une partie du peloton. Pour nous ça n’a jamais été sauve qui peut mais il était impossible de contrôler. L’équipe Direct Energie du maillot jaune Bonifazio ne voulait pas rouler, les principales autres équipes non plus. S’est dessinée une échappée de treize coureurs dont ont fait partie Romain Le Roux et Brice Feillu. Ils n’étaient pas forcément nos bonnes cartes pour le classement général et nous avons pris la décision de faire relever Brice qui s’est posé immédiatement en tête de peloton pour rouler en compagnie de ses équipiers. Romain est resté à l’avant pour défendre les chances de l’équipe si l’échappée n’était pas rattrapée. Avec ses équipiers, Brice a comblé 3’30’’ en cinquante kilomètres !»

« Ici les autres équipes attendent beaucoup de nous, assure Romain Le Roux. C’est normal mais ça nous oblige à nous découvrir. C’est pourquoi nous sommes partis dans l’échappée avec Brice. Nous avons beaucoup donné, nous sommes déçus de n’avoir pas gagné mais nous avons pris la course dans le bon sens ! »

Dans le final, deux coureurs ont attaqué, Gaudin (Direct Energie) et Cam (Vital Concept). Sans se poser de questions, les hommes d’Arkéa-Samsic ont de nouveau fait l’effort et ont permis que le sprint massif ait lieu même si les deux fuyards ont été repris dans le dernier kilomètre.

« Après avoir été placé par Maxime Daniel, André Greipel a lancé de loin et a pris la tête mais a été remonté par Bonifazio. Dans le final, tout le monde était fatigué mais nous étions encore les plus nombreux malgré toute notre débauche d’énergie. André prend la deuxième place, forcément il est déçu mais il peut être fier de son équipe ! »

« J’ai démarré mon sprint à 300 mètres de l’arrivée,confirme André Greipel, etBonifaziom’a débordé à 50 mètres de la ligne. C’est vraiment dommage parce que l’équipe à incroyablement bien travaillé pour moi. »

Mercredi, la troisième étape est plus courte mais propose dans le final une côte de deux kilomètres qui permettra à l’équipe Arkéa-Samsic de tabler sur deux tableaux. André Greipel devrait passer cette difficulté et préserver ses chances tandis que Laurent Pichon sera également protégé.

Toutes les images : ici 

Un podium pour commencer !

Etape 1, Bongoville – Moanda (100 km)

Une petite pointe de déception et finalement un grand sourire. André Greipel a pris la troisième place de la première étape de la Tropicale Amissa Bongo au terme d’un sprint décousu et a rapidement analysé cette première course disputée en 2019 par l’équipe Arkéa-Samsic. Dans l’aire d’arrivée, il s’est empressé de remercier ses cinq équipiers dont l’investissement a été total pendant les 100 kilomètres reliant Bongoville à Moanda. Un sprinteur retient toujours le résultat brut et André ambitionne seulement la victoire mais il a semblé rassuré par le contenu d’une étape lui ayant confirmé ses bonnes jambes et les très bonnes dispositions de ses équipiers.

Dès le départ de l’étape donné devant des tribunes bondées, trois coureurs africains se sont échappés, Tasmana (Maroc), Munyaneza (Rwanda) et Sirak Tesfom (Erythrée). « Brice Feillu a rapidement pris les commandes du peloton, explique Sébastien Hinault, et a vu l’équipe continentale sud-africaine Pro Touch l’aider un peu à combler l’écart monté à 3’40’’. Par le travail de Brice, les trois hommes de tête ont été repris à 18 kilomètres de l’arrivée. C’était encore loin de l’arrivée, explique le directeur sportif d’Arkéa-Samsic, et nous avons été attaqués. Neuf coureurs ont pris les devants dont le Rwandais Areruya, vainqueur de la course en 2018 et Laurent Pichon resté vigilant. »

« La fin de course a été secouée par de nombreuses attaques, confirme Laurent. C’était un peu décousu, j’ai suivi un coup et on a été repris à 1,3 kilomètres de l’arrivée. C’était une bonne opportunité même si je n’ai pas pu aider André dans le final. Demain, nous serons encore plus soudés et ça sera le cas après chaque étape ! » De ce groupe se sont extraits deux hommes. Il ont été rejoints par le peloton à 200 mètres de l’arrivée et cela a bien compliqué le sprint disputé au bas d’un faux-plat descendant de 1,5 kilomètres.

« Maxime Daniel a fait du bon travail, reprend Sébastien Hinault, mais c’était difficile d’emmener le sprint. André dit avoir commis une petite faute et Bonifazio (Direct Energie) l’a dépassé en profitant de l’aspiration. On ne peut pas dire que cette étape se soit passée idéalement puisqu’on n’a pas gagné mais il n’y a rien à dire sur l’investissement et l’état d’esprit de l’équipe Arkéa-Samsic. C’était très bien ! »

Certes seule la victoire compte pour André Greipel et ses équipiers mais ce podium au terme de la première course de la saison donne le sourire. C’est très encourageant pour les jours suivants.

« Toute la journée nous avons eu la course en main, explique le sprinteur de l’équipe Arkéa-Samsic, mais je fais une erreur dans le sprint. L’arrivée était en descente, un peu kamikaze, Maxime m’a bien lancé mais quand j’ai voulu produire mon effort la route s’est rétrécie et je n’ai pas pu trouver l’ouverture. J’ai de très bonnes jambes mais quand je fais une erreur je ne peux pas être content. Je suis confiant pour la suite, si on met en place ce qu’on a travaillé ça va nous sourire ! »  « L’avantage de cette troisième place, conclut son directeur sportif, est que cela va nous retirer le poids de la course. Demain, de Franceville à Okondja, les coureurs disputeront la plus longue étape de cette semaine mais pas la plus dure. Je sens mes coureurs très motivés. »

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