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Kevin Ledanois : « tirer le groupe vers le haut »
Le 20 avril 2019

La prise de conscience de Kevin Ledanois porte ses fruits. A 25 ans, loin de son titre mondial chez les espoirs en 2015, il s’est remis en cause, tant physiquement en changeant sa façon de travailler que mentalement en abordant les courses avec une âme de guerrier. Il est passé tout près de sa première victoire pendant le Circuit de la Sarthe et se sait sur la bonne voie. Celle de sa propre réussite et celle de son équipe Arkéa-Samsic.



Kevin, es-tu satisfait de ton début de saison ?


C’est un début de saison correct mais il me manque un petit truc. En général, je n’affectionne pas le début de saison même si j’aime le cyclo-cross. Je sais que la route en début de saison ne donne rien de terrible. Mon objectif cette année était d’effectuer une saison complète. Il fallait être régulier d’entrée mais je n’ai pas eu tout de suite le déclic pour faire un résultat. Je sais aussi que ma bonne période va du mois de mai au mois de septembre. Bon, mes sensations ne sont pas mal et j’ai été rassuré par ma performance pendant l’étape dure du Circuit de la Sarthe. Elle démontre que le travail fait cet hiver commence à payer.


La deuxième place dans cette étape du Circuit de la Sarthe, battu dans les tout derniers mètres par Vendrame, a dû être bien frustrante ?


Je le savais rapide mais oui, c’est super frustrant. J’avais fait l’effort pour revenir sur la tête de course dans le dernier tour. Je pensais m’en sortir en étant technique, j’ai bien viré dans le dernier virage et je pensais que ma petite pointe de vitesse pouvait le faire. Je me fais rattraper à 20 mètres de la ligne d’arrivée ! Je n’avais pas été loin lors de la Classic Loire-Atlantique il y a trois ans mais face à cinq Cofidis, j’avais fini troisième et j’étais content d’être sur le podium. Là, dans la Sarthe, j’étais déçu de n’avoir pas gagné.


Tu es passé pro en 2015 au sein de l’équipe Bretagne-Séché Environnement et tu étais devenu champion du monde espoirs en fin de saison. Cette étiquette a-t-elle été lourde à porter ?


Chez les pros, ce n’est pas du tout les mêmes courses que chez les espoirs. Avant ce fameux Mondial, je savais où j’allais, j’étais passé de peu à coté l’année d’avant. Chez les pros, pour gagner il faut être dans un très bon jour et que tout soit réuni… Une fois ce titre mondial gagné, je m’en suis détaché et ça m’a desservi. Je ne me mettais pas une pression positive et je disais que ça viendrait tout seul. Je n’étais pas à ma place.


Qu’as-tu remis en cause au cours de cet hiver ?


J’ai changé mon style d’entrainement avec mon père qui est aussi mon entraîneur. Avant, je faisais du foncier jusque fin décembre et j’enchaînais avec de l’intensité. Là, j’ai fait à la fois du foncier et de la vélocité et fin décembre, c’était comme si j’avais fait du cyclo-cross. Je sais que de mon côté, pendant deux ans et demi, je ne faisais pas tout bien et je peux m’en prendre qu’à moi-même. J’aurais dû être plus présent mais chez les juniors et chez les espoirs, j’avais des résultats sans forcer à l’entrainement, je n’avais pas le choix j’étais à l’école. Quand on me disait ‘’fais une semaine de 25 heures de vélo’’, je faisais 14 heures même si je savais travailler et taper dedans pendant les stages. Là, j’ai compris !


N’as-tu pas le sentiment de pouvoir être une locomotive de ton équipe ?


J’ai le déclic depuis trois semaines, les sensations reviennent bien. A 26 ans bientôt, sans me prendre pour un autre, je pense être de ceux pouvant tirer le groupe vers le haut, comme quatre ou cinq autres coureurs de l’équipe. Mentalement quand je suis en confiance, je prends le départ et je cours plus juste. Cela permet d’être là dans le final. Je n’en suis pas très loin. Dans la dernière étape du Tour de Catalogne, je n’étais pas mal mais j’ai super mal couru. Le soir, j’étais frustré d’avoir fait n’importe quoi en course. Depuis le Circuit de la Sarthe, c’est beaucoup mieux.



Il y a eu semble-t-il un débriefing musclé de la part de vos directeurs sportifs au soir de la troisième étape ?


Lors de nos réunions hivernales, j’avais dit que la dernière vraie branlée que j’avais prise remontait à ma saison à Nogent-sur-Oise. Ici, ce n’était jamais arrivé même après avoir fait n’importe quoi. Là, c’est vrai, on en a pris une bonne ! J’ai su que les gens à l’extérieur du bus entendaient gueuler. Le lendemain, l’orgueil était touché. Dès la fin du debrief, on s’est dit qu’on n’était quand même pas des manches et qu’il fallait chercher un résultat. Le soir, j’ai fait deuxième à Sillé-le-Guillaume.


Et il y a eu un bon enchaînement dans Paris-Camembert ?


On a manqué de réussite dans le final mais on a pris conscience qu’on peut peser sur la course. On était tous là pour faire le boulot. Au Tour du Finistère et au Tro Bro Léon ce week-end, on sera conquérant. Ce sont des courses qui me conviennent. Samedi, la répétition des côtes, une course à l’usure, ça m’ira bien. En fait, toutes les courses qui s’apparentent aux championnats où il faut être patient et attendre le final, ça me convient. J’aime les courses tactiques où il faut choisir le bon moment pour jouer. Au Tro Bro Léon, il faut la jambe, la chance et être souple sur les chemins. Je sais très bien que ça peut partir à 60 kilomètres de l’arrivée !


Comment vis-tu cette difficulté de gagner ?


Il y a une petite part de doute mais la gagne, on l’a dans les jambes. Avant l’étape de la Sarthe, il y a longtemps que je n’avais pas joué la gagne ! Il manque le déclic pour une bonne partie des coureurs de l’équipe, pour d’autres une prise de conscience. Certains se disent que c’est dur, que les autres marchent fort mais ils ont deux bras et deux jambes comme nous. A nous de leur faire mal ! Chez Arkéa-Samsic il y a 4 ou 5 gars pour tirer le groupe vers le haut. Je ne suis pas le plus âgé, j’ai 25 ans, mais je sais que je peux parler pour mettre en confiance. En fait, il nous faudrait un capitaine de vestiaire. Celui qui met les frissons avant de commencer !


Comment et-ce perçu que tu sois le fils d’Yvon ?


C’était plus difficile quand j’étais cadet, j’étais toujours le fils de… Aujourd’hui, on me parle plus du duo père – fils. Il est mon entraîneur depuis toujours et dans notre relation de travail, nous sommes beaucoup plus proches cette année. La réflexion est plus de son côté. La répartition ses charges de travail se fait avec l’analyse de notre entraîneur Théo Ouvrard qui apporte un regard plus scientifique. Avec mon père, on ne parle pas que de vélo, mais on en parle souvent quand même (rire). Pour avoir un entraineur qui vienne de l’extérieur, il me faudrait avoir plus confiance en lui qu’en mon père et j’aurais vraiment du mal à le faire. Je me sais bien entouré. Ma mère a un rôle moindre que quand j’étais jeune. Elle s’en détache mais elle est là.


Sais-tu désormais le coureur que tu peux être ?


Je me rends compte que je ne me connais pas. Kuurne-Bruxelles-Kuurne était ma première course flandrienne. J’ai trouvé que les pavés ce n’est pas très dur et dans les monts, je peux être là en courant juste. Il m’a manqué de l’expérience mais j’étais là dans le final avec André Greipel. Je suis très à l’aise dans les courses où il y a des côtes et pendant le Tour de Catalogne, sans que ce ne soit spectaculaire, je me suis trouvé pas mal en montagne. Moi, ce que je préfère, c’est les courses en circuit, les championnats. La pression, je suis très à l’aise avec. Ce jeudi, j’ai fait la reconnaissance du parcours du prochain championnat de France mais je le connaissais bien. C’est 50 kilomètres de vélo pour y aller depuis chez moi et puis j’ai déjà fait la Classic Loire-Atlantique mais le circuit ne sera pas tout à fait le même. On prendra la même difficulté, le mur de Saint-Fiacre. J’y faisais des intensité hivernales avec le club de Nantes, en enchaînant 15 à 20 montées d’affilée !


Ça ne nous dit pas le type de coureur que tu veux être ?


Etre un coureur complet. Moi, c’est Ledanois et Valverde qui m’ont donné envie de faire du vélo, ils étaient capable de gagner n’importe où ! Je ne veux pas me spécialiser mais être un touche à tout, aller chercher des résultats un peu partout. Je n’ai pas de raisons de me mettre des barrières.


Quel est ton programme de courses ?


Les deux courses bretonnes, Finistère et Tro Bro et puis Liège-Bastogne-Liège avant une coupure. Je vais enchainer avec un stage en altitude en Andorre avec une partie de mes équipiers. Je ne suis pas un pur grimpeur mais je sais que ce stage va me faire du bien. Mon objectif c’est d’être champion de France fin juin. Sans avoir si je vais disputer le contre la montre parce que je veux être excellent dans la course en ligne plutôt que d’être très bon dans les deux.