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Maxime Bouet : « Je prends la vie avec le sourire »
Le 27 octobre 2020

En cette intersaison 2020, nous vous proposerons une série d’interviews « grand angle » coureurs. Premier opus avec Maxime Bouet le coureur le plus expérimenté de l’équipe Arkéa-Samsic en 2021, avec Laurent Pichon. Questions-réponses










Arkéa-Samsic : Tout d’abord, Maxime comment allez-vous ?





Maxime Bouet : « Je vais bien, merci. Je me suis remis de ma non-participation au tout dernier moment au Tour de France, et des ennuis physiques qui m’ont contraint à renoncer à cette épreuve. A chaque fois que je connais un souci d’ordre quelconque, je me suis toujours relevé. Je pense que c’est ce qui me caractérise. Ce sont des instants difficiles à vivre sur le moment, mais cela fait partie du métier de sportif professionnel. Là, je suis juste pressé d’accrocher mon premier dossard en 2021 avec l’équipe Arkéa-Samsic »





Arkéa-Samsic : Cette force intérieure vous allez la chercher où, Maxime ?





Maxime Bouet : « J’ai toujours été en quelque sorte dur au mal, mais c’est aussi du fait de l’éducation que j’ai reçu, sans aucun doute. Ma famille est dans la même configuration, nous avons toujours été obligés d’aller chercher les choses. Elles ne nous ont jamais été données. Je suis issu d’un milieu modeste, mes parents m’ont éduqué avec un fort sens des valeurs, notamment celle donnée au travail. Et puis il y a aussi les épreuves de la vie qui endurcissent lorsqu’on enchaîne les soucis sur le plan familial cela renforce également. Le décès de ma maman m’a endurci. C’est ce qui me permet de ne pas baisser les bras, de ne pas renoncer. J’ai également toujours cette flamme en moi qui brille et me pousse à aller de l’avant. C’est cette belle victoire que je rêve toujours de décrocher. C’est également ce qui me booste ».





Arkéa-Samsic : Votre autre caractéristique c’est ce sourire, cette joie de vivre qui est aussi votre ADN…





Maxime Bouet : « C’est sans doute une image que je donne, mais au fond de moi, je suis une personne très sérieuse. Je sais rire avec mes coéquipiers, le staff, au niveau familial, mais dans le travail je suis quelqu’un de très sérieux, de pointilleux. Je veux aller au bout de choses, avec parfois un côté têtu. La joie de vivre est lié aussi l’éducation qui m’a été donnée. Ma mère est partie, mais sourire, aimer la vie c’est ce qui la caractérisait. J’ai cette joie de vivre en moi car tout va bien dans mon existence, ce que je fais n’est pas un métier à mes yeux, mais une passion qui me donne la possibilité de faire vivre ma famille. Je ne vais pas travailler quand je prends mon vélo, lorsque je rejoins l’équipe Arkéa-Samlsic en compétition. C’est une chance, et le fait de durer au sein du peloton professionnel en est une autre, j’en ai pleinement conscience. Je prends la vie avec le sourire. Je peux aussi parfois être dur, et partir au quart de tours. Être joyeux est porteur au sein d’un groupe pour l’ambiance générale de l’équipe. Cela donne envie d’aller en course et de savoir que l’on peut rire tout en restant sérieux. Moi, je me considère comme quelqu’un qui aime la vie, apprécie de rire, tout en me montrant très professionnel »





Arkéa-Samsic : Laurent Pichon et vous, vous serez l’an prochain, les coureurs les plus expérimentés de l’équipe Arkéa-Samsic, comment comptez-vous transmettre celle-ci auprès des plus jeunes ?





Maxime Bouet : « Je m’aperçois saison après saison que les jeunes néo-professionnels connaissent de plus en plus le métier de coureur cycliste dans les domaines de l’entraînement, de la diététique, les capteurs de puissance, etc… Je pense qu’il s’agit de la raison pour laquelle on voit aujourd’hui de jeunes professionnels arriver très vite à très haut-niveau… Ils ont travaillé dans les jeunes catégories avec des entraîneurs, et ont une manière déjà professionnelle d’aborder le sport tout en étant amateurs. Le seul domaine sur lequel on peut leur apporter notre expérience c’est sur les parcours de courses, la stratégie de courses chez les professionnels et être là quand cela ne va pas pour eux, alors qu’en amont ils ont tout fait bien. C’est à ce moment-là que les jeunes peuvent avoir envie de tout lâcher. Il faut se montrer présent pour tous les coureurs et encore plus les jeunes. Un ancien comme un directeur-sportif se doit d’être présent pour les néo-pros, être encore plus dans l’écoute et l’échange ».





Arkéa-Samsic : Votre réponse sent le vécu…





Maxime Bouet : « Moi, en effet, lors de ma première année chez les professionnels, je voulais stopper le vélo tous les week-ends. J’étais sous l’eau, notamment lors de ma première participation à Paris-Nice. Je ne pensais pas durer dans ce milieu, petit à petit, on je me suis aperçu que c’étaient des étapes à franchir. Après le peloton n’est pas composé uniquement de Pogacar et Evenepoël attention, il y a plus de jeunes coureurs qui galèrent au cours de leur première saison que de coureurs qui éclatent de suite comme ceux que je viens de citer. Moi en qualité d’ancien c’est ce que je veux apporter à l’équipe, être dans cette posture d’épauler les jeunes quand cela ne va pas. J’aimerais d’ailleurs après ma carrière être directeur-sportif, et si je le deviens, je m’attacherais à être proche des jeunes coureur. Le cyclisme est un sport qui est réputé pour avoir au sein du peloton des acteurs qui sont des durs au mal, mais il y a des faiblesses, et dans ces moments-là, il, faut épauler les jeunes…. les anciens aussi, bien sûr. Mettre l’accent auprès des plus jeunes et bien leur rappeler que les jours au plus haut-niveau peuvent se suivre mais pas se ressembler, dans un sens comme dans l’autre, car cela les anciens le savent ».





Arkéa-Samsic : Emmanuel Hubert, le Manager Général de l’équipe Arkéa-Samsic a été le premier à vous tendre la main pour vous faire passer professionnel…





Maxime Bouet : « Manu c’est lui qui m’a découvert quand j’étais dans les rangs amateurs. Je dois beaucoup aussi à Fred Rostaing de la Pomme Marseille. La première fois que je rencontre Manu c’était sur le Rhône-Alpes Isère Tour. Je courais avec la Pomme Marseille en amateurs, et lui était directeur-sportif d’Agritubel. Je me classe 4e de cette épreuve, et meilleur jeune. Manu m’a repéré à ce moment-là, et me l’a dit. J’ai été stagiaire ensuite au sein de cette équipe au Tour de l’Ain, et cela s’était bien passé. Sauf que l’autre coureur stagiaire avec qui j’étais en balance chez Agritubel, avait lui aussi bien marché sur une autre épreuve. Les autres directeurs-sportifs voulaient le prendre, et Emmanuel voulait, lui, m’engager. Le couperet fut une deuxième épreuve sur laquelle nous allions être tous deux engagés, et qui nous départagerait. C’était le Grand Prix de Fourmies ».





Arkéa-Samsic : Comment avez-vous pris cet ultime challenge ?





Maxime Bouet : « Une fois après avoir raccroché avec Manu, j’étais en pleurs. Je ne comprenais pas. Nous avions un partenariat avec Marseille à cette époque avec la Caisse d’Épargne. Yvon Ledanois était directeur-sportif au sein de cette équipe. Frédéric Rostaing avait pris contact avec eux, et le soir même Francis Lafargue m’a appelé. Il m’a dit « Je te fais signer à la Caisse d’Épargne ». Imaginez ma joie à 20 ans. Sauf que par correction, j’ai dit de suite à Francis et à Yvon que j’avais eu au téléphone : « Je suis en balance chez Agrituel, et  Manu Hubert m’a dit que j’allais être une dernière fois évalué au Grand Prix de Fourmies avec Agritubel, et je vous donne ma réponse après ce week-end ». Au final, j’ai été choisi chez Agritubel, avec Manu Hubert ».





Arkéa-Samsic : De cette période est née une grande confiance entre vous deux…





Maxime Bouet : « Manu j’ai totalement confiance en lui. J’ai toujours été franc avec lui, idem de son côté. Ma carrière se terminera avec lui. Il fait partie des personnes qui ont compté pour moi, j’espère que ce sera le cas même après avoir raccroché. J’aimerais continuer au sein de l’équipe, au sein du staff. Je m’en suis ouvert auprès de Manu, à ce sujet. J’aimerais apporter quelque chose dans l’équipe. Mon histoire a commencé avec Emmanuel Hubert, elle se terminera avec Emmanuel Hubert. Je n’ai négocié avec aucune autre équipe que Arkéa-Samsic cette année alors que j’arrivais en fin de contrat. J’ai signé un an, mais je n’ai pas cherché à avoir un contrat meilleur ou plus long ailleurs, même si avant le Covid, j’avais bien marché. Manu m’a parlé, m’a dit je te propose ça, j’ai dit okay « je continue avec toi ». Je n’ai pas négocié, et c’est la preuve d’une grande confiance en nous ».





Arkéa-Samsic : Maxime, vous avez débuté le sport par le football, puis votre entraîneur a préconisé à votre papa de pratiquer un sport individuel, pourquoi ?





Maxime Bouet : « J’ai débuté par le football, et mon entraîneur était Laurent Domenech, le frère de Raymond. Je jouais à Artemare le village de mon enfance qui est situé au pied du Grand Colombier. Mon papa était président du club du football. Je voulais toujours gagner, j’occupais le poste de gardien de but. Je me rappelle encore aujourd’hui, être sorti du terrain, un jour, en plein match. Même en étant gardien, si je me prenais des buts c’était la faute des autres ! Laurent a dit à ce moment-là à mon papa : « Quand il gagne c’est grâce à lui, et quand il perd ce n’est pas de sa faute ! » Mon papa m’a ensuite inscrit au club cycliste de Culoz. Il a choisi sciemment un sport réputé dur pour ses pratiquants dans le but premier de me calmer et me canaliser. J’ai détesté au début, je l’avoue. Et puis ma première victoire est arrivée assez vite, et a eu un effet déclencheur… » 





Arkéa-Samsic : Quels seront vos objectifs en 2021, Maxime…





Maxime Bouet : « J’ai stoppé ma saison 2020 assez tôt, et j’ai à cœur de réaliser un beau début de saison 2021, c’est une période qui me convient bien, j’ai d’ailleurs évoqué ce sujet avec mon entraîneur, Kévin Rinaldi. J’aime les courses du début d’année, et leurs parcours. Après on verra la suite en fonction du calendrier. Une chose est certaine j’ai faim de compétitions pour 2021 et ma quatorzième saison chez les professionnels, mon objectif sera d’effectuer du mieux possible le travail que l’on me confiera tant à titre collectif qu’individuel pour le bon fonctionnement de l’équipe Arkéa-Samsic. Je vais prochainement reprendre l’entraînement hivernal alors que certains de mes coéquipiers se trouvent depuis quelques jours seulement en coupure ».





Arkéa-Samsic