Nos actualités
Sébastien Hinault, tout simplement une passion
Le 24 mai 2019

Sébastien Hinault vit de sa passion. Emérite coureur pendant près de vingt ans, il est depuis quatre ans directeur sportif dans l’équipe d’Emmanuel Hubert. Il dirige l’équipe Arkéa-Samsic pendant trois jours dans le Tour de l’Ain qui débute aujourd’hui et il est animé, auprès de ses coureurs de la même motivation que celle qui lui avait permis de travailler pour de grands leaders, de Chris Boardman à Thor Hushovd.


 Le temps passe vite Sébastien, rappelle nous ta carrière de coureur ?

J’ai été coureur de décembre 1996 à 2014. J’ai d’abord connu une seule équipe, celle de Roger Legeay. Le Gan puis Crédit Agricole jusque fin 2008. En cette fin de saison 2008, j’ai été obligé de gagner le Tour du Limousin et une étape de la Vuelta pour retrouver une équipe. J’ai couru quatre ans chez ag2r-La Mondiale. J’ai fini chez IAM Cycling. J’ai donc fait 70% de ma carrière avec Roger Legeay.


Tu as rapidement endossé le rôle d’équipier modèle ?

Relativement vite en effet, j’ai pris ce rôle d’équipier auprès de grands leaders qui m’étaient supérieurs, Chris Boardman, Frédéric Moncassin, Stuart O’Grady et Thor Hushovd dont j’étais le dernier lanceur dans les sprints mais je n’ai jamais renié  mes ambitions personnelles. Avec Fred Moncassin, j’ai une anecdote : dans le Critérium du Dauphiné, il était en fin de carrière et largué loin derrière le peloton. J’ai fait demi-tour pour aller le chercher mais il était tellement loin qu’on était hors délais au pied du dernier col.


Le cyclisme d’aujourd’hui laisse-t-il une place à des coureurs comme toi ?

C’était devenu de plus en plus compliqué mais aujourd’hui il y a de grands leaders qui émergent et ils ont forcément besoin de super équipiers. Etre bon à ce poste signifie qu’il ne faut pas se laisser aller dans sa façon de vivre le métier. Il faut garder la foi pour faire du vélo. Il fait accepter ce statut mais il faut aussi laisser à l’équipier l’occasion de jouer sa carte. Il ne faut jamais s’oublier soi-même. Ça fait du bien de retrouver l’adrénaline de jouer la gagne de temps en temps et ensuite cela te sert dans ton rôle d’équipier.




Combien de temps s’était-il passé entre ton dernier jour de coureur cycliste et ton premier jour de directeur sportif dans l’équipe d’Emmanuel Hubert ?

Il s’est passé zéro jour. J’ai eu la chance d’enchainer tout de suite avec Manu en

2015. Le passage n’a pas été compliqué, c’est un métier que je voulais faire. Quand j’étais coureur, en tant que capitaine de route, j’avais un rôle d’intermédiaire avec la direction sportive. Devenir directeur sportif a été facile parce que j’avais 41 ans, un âge respectable pour arrêter de courir. En 2004, déjà, Roger Legeay m’avait proposé ce rôle, j’avais hésité. J’avais 32 ans, je venais de me casser une vertèbre dans le Tour de France. Je lui avais demandé de me laisser une semaine de réflexion. En début de semaine, j’ai pensé opter pour la sécurité et devenir directeur sportif. En fin de semaine, la passion de la compétition était là, toujours aussi forte et j’ai continué dix ans.


C’était ta vocation de tenir ce rôle ?

J’aime beaucoup ce métier. J’adore le vélo, j’aime donner de ma personne, transmettre. Directeur sportif, tu ne penses pas à toi. Ça fait toute la différence. Coureur cycliste c’est confortable, tu n’as que toi à gérer. Là, il faut gérer un groupe et aussi le staff qui t’accompagne. Quand je tombe sur un coureur qui ne semble pas trop concerné par sa carrière, je lui conseille de prendre rapidement conscience de la chance qu’il a de faire ce métier et de faire tout pour que ça dure le plus longtemps possible.


Puisque la réussite d’une équipe n’est pas possible sans l’implication totale des coureurs, il y a parfois une plus grande frustration ?

Oui plus. Coureur, tu n’en prends qu’à toi même. Directeur sportif, tu donnes des options et tu es passif dans ta voiture. Quand ça ne marche pas, tu es frustré mais il y a quand même souvent des satisfactions à tirer. J’ai toujours aimé gagner à travers un leader, c’est la même sensation en tant que directeur sportif. Ce qui est drôle dans ce sport, c’est que tu ne gagnes pas souvent mais on ne dit pas qu’on perd souvent ! Simplement parce qu’il y a autre chose dans une course cycliste. Je dois admettre que la victoire me donne plus facilement la larme à l’œil que quand j’étais coureur. Le moment est fort et tu le saisis. Coureur, ça va trop vite…


Tu peux nous dire quelle a été ta journée la plus belle depuis que tu fais ce métier ?

Chaque jour, c’est une émotion particulière. Directeur sportif, ce n’est pas que conduire, c’est anticiper. Aujourd’hui, on parle des gains marginaux et c’est aussi notre rôle d’aller les chercher. Ça fait partie du job. Par exemple, j’ai reconnu récemment l’étape d’Epernay dans le Tour de France, je sais où nous mettrons les pieds et je sais ce que je vais dire le matin avant le départ. Dans notre équipe, chaque directeur sportif est référent de 4 à 5 coureurs. C’est le côté humain du métier. C’est intéressant parce que ce sont des personnalités différentes. Florian Vachon, avec son expérience, je n’ai pas besoin de l’appeler toutes les semaines. Mais les jeunes Thibault Guernalec et Alan Riou sont demandeurs. Dans ce groupe, je suis aussi André Greipel, Bram Welten et Robert Wagner.


Tu es donc toujours aussi passionné par le vélo ?

Oui, même si j’ai du recul par rapport à tout ça parce qu’il faut relativiser. C’est du sport et ça reste du sport même si tu es champion du monde, ce n’est que du sport. Dans les deux sens, que ça marche ou pas, je garde les pieds sur terre. Je peux simplement dire que chez Arkéa-Samsic, on met tout en place pour que ça marche. C’est notre engagement.


Tu aimes tellement le vélo que dimanche dernier tu as disputé une course avec ta fille Maryanne à Plérin ?

J’avais hésité un peu mais c’était génial ! Je me suis éclaté avec ma fille. Je n’ai plus envie de la compétition mais vivre ça avec elle, quand même c’était sympa. J’ai 2.000 kilomètres dans les jambes depuis le début de l’année dont 400 dans la ‘’Ride Corse’’ début mai. A la maison, je vais rouler une ou deux fois par semaine quand je suis là. J’ai un minimum de condition et un minimum d’acquis parce que j’ai besoin de faire des efforts. Mon prochain défi sera le marathon de Porto Vecchio fin octobre. J’ai trouvé le moyen de faire le pari avec des potes que je le ferai en 3 heures et demi… Enfin là, aujourd’hui, mon pari est de gagner le Tour de l’Ain. Ça, c’est beaucoup plus important même si pour la plupart des équipes c’est compliqué de gagner !