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Yvon Ledanois  : « Que l’équipe gagne et qu’à la fin on s’embrasse ! »
Le 25 janvier 2019

Yvon Ledanois est comme un néo-pro, son enthousiasme au moment où cette saison commence est remarquable. Après une année 2018 très difficile pour toute l’équipe mais toute équipe connaît toujours des difficultés, le directeur sportif de l’équipe Arkéa-Samsic envisage la suite avec optimisme et raison. Il est un chef sentant ses troupes mobilisées et avides de bons résultats. Son discours, humain mais pragmatique, témoigne de son bonheur de vivre au sein d’un groupe de coureurs qu’il connaît par cœur et qu’il veut voir heureux.


Yvon, quel est ton état d’esprit au début de cette saison ?

Je suis dans le même état d’esprit que lors de ma première année de directeur sportif en Espagne en 2005. Je compte les jours, je piaffe parce que mes coureurs et le staff ont bien fait le job cet hiver. Je suis hyper motivé. Je ressens une grosse implication des coureurs pour oublier 2018. Avec le recul, je pense qu’on s’était un peu reposé sur l’arrivée de Warren Barguil. On a manqué de punch. Les coureurs en retard n’ont pas réussi à revenir dans le jeu, c’est d’ailleurs très difficile d’y parvenir dans le cyclisme d’aujourd’hui qui est très pointu. De fait, on a vécu une saison comme jamais, vraiment mauvaise. Je sais que les gars ont pris conscience qu’il ne faut pas tout attendre d’un leader. Aujourd’hui ils se disent « s’il marche tant mieux, sinon je fais ce qu’il faut et j’aurai ma carte ». L’équipe Arkéa-Samsic n’a pas deux leaders mais vingt-et-un coureurs.


Avec le recul, peut-on dire que l’invitation au Tour de France obtenue dès le 3 janvier l’an dernier a constitué un piège ?

Nous étions très contents de le savoir tôt, on s’est dit qu’on allait évoluer dans la sérénité pour bien le préparer. A ce moment-là, on ne peut pas dire que les gars n’étaient pas bien… L’an dernier, on s’est tous pris une casquette parce que nous n’avons pas réussi à sortir d’une spirale négative. Aujourd’hui je pense qu’il s’agit d’une expérience positive. Nous avons fait, tous ensemble, une grosse mise au point après le Tour. On s’est parlé. On a décidé. Dès les entretiens individuels durant l’automne, les coureurs ont vu le changement. Depuis le stage de novembre, nous sommes dans une bonne dynamique et tout roule. Nous avons fait de bons stages, nous faisons de bonnes courses au Gabon.


Hormis les deux leaders Warren Barguil et André Greipel, qui sont les meneurs dans le groupe ?

Chaque coureur démarre la saison avec un objectif collectif et individuel. Il sait ce que l’équipe attend de lui. C’est primordial parce que c’est le bon fonctionnement. C’est ce que faisaient les anciens, les bases du vélo ne changeront jamais. Seul le boulot et les sacrifices permettent de gagner. Il faut être hyper pro sur la diététique, sur la récupération. Sur toute la vie d’à-côté le vélo. C’est le mec hyper pro qui fait la différence, celui qui se donne les moyens pour réussir. Par exemple en faisant des stages personnels en cours de saison. Moi, néo-pro chez Guimard, je louais un appartement dans les Alpes avant le Critérium du Dauphiné Libéré pour monter les cols. Je n’ai rien inventé. Pour revenir à la question, et concernant les coureurs qui font l’âme de l’équipe, un noyau se dégage. Il y a Laurent Pichon qui a l’expérience du World Tour et a gagné la Coupe de France. Egalement Romain Hardy qui a fait une belle saison 2017 ou Anthony Delaplace. Il y a les plus jeunes, Elie Gesbert et mon fils Kevin. Bien sûr, il y a Amaël Moinard, je le connais par cœur. Lui ne va jamais tricher. Il est concentré. De toute façon, il est impossible de refaire la même année ! On joue gros. Nos leaders ont un devoir envers l’équipe mais tous leurs équipiers aussi. Notre manager Emmanuel Hubert fait tout pour réussir, pour nous faire grandir mais on doit lui donner de la matière. Il mouille la chemise et montre l’exemple. Moi, je peux tout faire pour un coureur mais il faut être droit.


Depuis trois jours, au Gabon, je vois l’implication de Brice Feillu. Il sait ce qu’il doit faire pour rebondir. En réalité, la règle est simple : le coureur a des comptes à rendre à l’équipe, moi à mon patron. Le seul critère que je retiens, c’est le professionnalisme et j’ai vu un changement dans les stages et depuis les entretiens individuels. Le niveau s’est rehaussé, ils se mettent la pression eux-mêmes.


Peut-on déjà quantifier l’apport d’André Greipel dont tout le monde sait la grande exigence envers lui-même ?

On fera un premier point général en mars. Moi je connais la culture du sacrifice des équipiers. Je les ai vus pour Valverde ou pour Van Avermaet. Je serai le premier à défendre un gars qui a fait le boulot au point qu’il n’a pas pu finir la course. L’état d’esprit c’est que l’équipe gagne et qu’à la fin on s’embrasse. Moi c’est un maillot que je veux faire gagner. Peu importe le coureur. J’ai appris ça avec Guimard et puis avec Echavarri quand je suis arrivé dans l’équipe Iles Baléares. Et quand un équipier qui s’est si souvent sacrifié se trouve en position de gagner, toute l‘équipe l’aide.



Arkéa-Samsic est forte de 21 coureurs mais la saison est très longue. Sera-t-il nécessaire de faire des impasses ?

Impossible parce qu’il ne faut pas manquer de respect aux organisateurs. On prend le départ de toutes les courses pour les gagner. Si je retire les jeunes et toujours les coureurs en difficulté après un ennui de santé ou une chute, nous nous nous reposerons sur un groupe de 13-15 coureurs. On ne peut pas tout leur demander parce qu’il faut exister dans le Tour, pas se contenter d’y être. Simplement pour montrer à l’organisateur qu’il ne s’est pas trompé en nous tendant la main. Nous avons appris cette semaine que nous ne ferons pas la Flèche Wallonne, ça ne me fait pas mal mais à Liège-Bastogne-Liège, quatre jours plus tard, on va montrer qu’on avait notre place dans la Flèche Wallonne ! Plein de gens nous sont rentrés dedans après notre saison et c’est normal de ne pas avoir le tapis rouge. Les coureurs le savent et je constate que l’état d’esprit a changé et que le niveau physique a déjà changé. En novembre, décembre, janvier, on peut se dire qu’on a bien fait de leur rentrer dedans.


C’est une saison importante pour Warren ?

Il a 27 ans, il n’est plus un espoir. Pour te positionner dans la hiérarchie mondiale, il est nécessaire que tu fasses un bilan dans ta carrière. Régulièrement. On le sait, Warren est capable de gagner des étapes dans un Grand Tour. Il est capable de faire un podium dans un Grand Tour mais il doit apprendre à écouter. Il y a une compétence dans cette équipe sur laquelle il doit s’appuyer plus encore. On a  toutes les compétences, nous n’avons pas à rougir de la structure et des gens qui y travaillent. Oui, Warren a conscience que cette année est très importante. Il a vu que certains de ses équipiers marchaient bien en janvier et dès le début de sa saison à Majorque il se doit de performer. Je le sens piqué à vif et je sais qu’il va progresser à chaque sortie et répondre présent. Moi aussi je suis un winner ! Quand dans Paris-Nice on va entendre dans Radio Tour que le leader est là, tout le monde s’investira à 2000% pour l’aider à décrocher un résultat. J’ai un bon souvenir avec lui : dans la Vuelta 2013, Warren est à la rue dans l’étape d’Arcalis, il est limite lâché par le gruppetto. Je suis au volant de la voiture BMC mais je lui donne à manger, je l’encourage. Le lendemain il vient me dire « merci monsieur pour ce que vous avez fait ». Quelques jours plus tard, il gagne deux étapes. C’est un artiste, ce qu’il a fait dans l’étape du Tour au Col d’Izoard en 2017 est exceptionnel. C’est un virtuose capable de te sortir une partition de dingue mais il ne le fera pas dix fois dans une saison.


L’arrivée d’André Greipel est une bonne chose pour lui ?

Ça le soulage. Le costume de leader unique est difficile à porter et d’ailleurs il ne l’a jamais demandé. Mais le partage des responsabilités va le soulager. Je la sens bien mon équipe cette année…