Chaque année, le Taipei Cycle Show est une véritable vitrine de l’innovation cycliste, réunissant les dernières créations des grands noms du secteur, mais aussi quelques perles venues de marques plus discrètes. Lors de l’édition 2024, ce sont justement deux constructeurs moins connus qui ont volé la vedette : Yasujiro, maître de l’acier venu du Japon, et Wiawis, une marque coréenne qui fait du carbone sa spécialité.
Entre tradition centenaire et technologie futuriste, petit tour d’horizon de ces vélos qui ont fait sensation.
L’élégance artisanale du cadre acier selon Yasujiro
Quand on évoque les cadres en acier, on pense souvent à des vélos lourds, au charme un peu rétro. Mais les modèles présentés par Yasujiro balaient complètement ces idées reçues. Derrière cette marque, on retrouve le savoir-faire historique de Tange, un nom respecté pour la qualité de ses tubes en acier depuis les années 1920.
Nudity Road : la simplicité sublimée
Le Nudity Road est un véritable exercice de style. Aucun coup de peinture ici : le cadre est brasure-filée puis laissé en vernis transparent, mettant en valeur les nuances colorées de la chaleur du brasage. C’est brut, élégant, et d’une rare finesse.
On a l’impression de voir une œuvre d’art plus qu’un simple cadre. J’ai déjà vu quelques vélos « naked » dans ma vie, mais rarement avec autant de précision et de soin dans la finition.
Cameo : l’acier ultra-léger taillé à la main
Le Cameo pousse l’artisanat encore plus loin. Fabriqué à partir des tubes Ultimate de Tange, réputés pour leur légèreté, il se distingue par ses raccords chromés travaillés à la main. Le résultat : un cadre qui évoque l’orfèvrerie, sans pour autant sacrifier la performance.
Le modèle du centenaire : un tournant pour la marque
Pour célébrer les 100 ans de Tange, Yasujiro a dévoilé un vélo de route équipé de freins à disque — une première pour la marque dans cette catégorie. Jusqu’à présent, seuls ses modèles gravel, comme le Nudity Plus, en étaient dotés. C’est un clin d’œil à la modernité, tout en gardant une base profondément artisanale.
Svelte : l’acier qui défie la gravité
Enfin, un vélo plus discret sur le stand, mais qui a déclenché pas mal de conversations : le Svelte. Présenté comme le vélo de route en acier le plus léger au monde, il atteint un poids de 5,4 kg grâce à des tubes Ultimate, un groupe SRAM Red 22 et des roues ultralégères sans marquage. Un exploit technique, surtout quand on connaît la densité naturelle de l’acier.
Wiawis : la précision du carbone made in Corée
À l’opposé de Yasujiro, Wiawis est une jeune marque, mais elle ne part pas de zéro. Elle s’appuie sur une longue expérience dans la fabrication de composants en fibre de carbone pour le tir à l’arc, où elle est l’un des leaders mondiaux.
Son savoir-faire dans ce domaine a été transposé au cyclisme avec une maîtrise étonnante, notamment grâce à l’intégration de graphène dans ses cadres, un matériau léger et extrêmement rigide.
Venter : légèreté et sobriété
Le premier modèle présenté, le Venter, se distingue par son design simple mais moderne : tubes ronds, freins à disque, passage de câbles en interne. Il affiche un poids annoncé de 686 g pour le cadre, et seulement 6,5 kg en montage complet (avec un groupe Shimano Dura-Ace Di2 et des roues DT Swiss ERC1100).
Pour les amateurs de légèreté et de lignes épurées, c’est un modèle qui coche toutes les cases.
Aero Pro XP : la performance aérodynamique
Le Aero Pro XP est quant à lui conçu pour les compétiteurs. Il utilise la technologie du graphène et des nanotubes, intégrée dans un cadre homologué UCI. Son poids reste très contenu avec 885 g annoncés, tout en offrant un aérodynamisme poussé.
C’est le genre de cadre que l’on pourrait retrouver en peloton sur une course pro, à condition d’avoir les jambes pour suivre…
Liberty : le confort du carbone, l’âme de l’acier
Le modèle Liberty est mon coup de cœur. Inspiré des cadres tube-à-tube à l’ancienne (à la manière de certains Colnago), il utilise un noyau en mousse enveloppé de couches de carbone internes et externes. Objectif : imiter la souplesse vibratoire de l’acier, tout en conservant la légèreté du carbone.
Avec un poids de 990 g pour le cadre, ce vélo est pensé pour les cyclistes en quête de confort et d’originalité. Une idée assez brillante, qui pourrait séduire ceux qui trouvent les cadres carbone classiques trop rigides.
Conclusion
Entre un vélo en acier de 5,4 kg qui repousse les limites du matériau, et des cadres carbone infusés au graphène conçus par une entreprise spécialisée dans les arcs de compétition, le Taipei Cycle Show 2024 nous a rappelé que l’innovation peut venir d’horizons très différents.
Qu’on soit adepte de la tradition ou fan de technologie de pointe, l’essentiel reste le même : rouler avec un vélo qui nous inspire. Et avec des modèles comme ceux de Yasujiro et Wiawis, l’inspiration ne manque pas/
















