À 70 ans, l’homme au maillot jaune ne cache pas son émotion, mais pas pour les raisons qu’on croit. Bernard Hinault avoue qu’il ne ressent aucune fierté d’être le dernier Français à avoir levé les bras sur la plus grande course du monde, il y a quarante ans. « Si j’avais pu éviter ça, je l’aurais fait », lâche-t-il en souriant, un brin amer, comme un chat qui préfère garder sa proie pour lui.
Un constat sans détour
Interrogé sur les chances « nulles » de voir un Tricolore triompher cette année, le Breton ne tourne pas autour du pot : « Il n’y a pas d’héritier capable de tenir trois semaines à ce niveau. » Il souligne la pression médiatique et l’absence de leaders naturels, regrettant qu’on mise trop sur la jeunesse sans laisser le temps aux talents de mûrir.
Les causes d’une longue disette
Pour Hinault, cette disette de quatre décennies s’explique par un manque de structures solides et de profils complets : « Quand je vois les équipes françaises, on a de bons puncheurs, d’excellents jeunes, mais pas d’équipier prêt à tout sacrifier ni de manager prêt à assumer un choix fort. » À ses yeux, la course à l’innovation technologique a peu à peu remplacé la formation d’athlètes endurants et stratèges.
Entre certitudes et défis à relever
Conscient que ses propos peuvent heurter les certitudes de certains, Hinault milite pour un retour aux fondamentaux : « Il faut redonner du temps de parole aux directeurs sportifs, recréer des filières de grimpeurs et réapprendre à travailler en équipe. » Un programme simple, mais exigeant, qui fait écho à son époque où l’on forgeait les champions à la force du mollet et à l’envie de soulever des montagnes.
À l’approche de ce 112ᵉ Tour, son message résonne comme un appel à l’humilité et à la reconstruction. Car, aux pieds de son propre record, Bernard Hinault rappelle que derrière chaque maillot jaune porté, ce sont toujours des hommes – et des femmes – qui façonnent la légende du cyclisme français.
















