Elle ressemble à une vraie morille, a le goût d’un mets raffiné… mais pourrait cacher une menace mortelle. Une enquête de plus de dix ans a permis de faire le lien entre la consommation d’un champignon toxique et une série de cas de sclérose latérale amyotrophique dans un village de Savoie.
Une série de cas étrangement concentrés
C’est en 2009 que l’alerte a été donnée, dans le village savoyard de Montchavin, non loin de la station de La Plagne. Une médecin généraliste, intriguée de diagnostiquer un troisième cas de sclérose latérale amyotrophique (SLA) dans sa patientèle locale, décide de tirer la sonnette d’alarme. La SLA, également connue sous le nom de maladie de Charcot, est une affection rare, incurable et généralement fatale, qui détruit peu à peu les neurones moteurs.
Ce qui trouble les chercheurs, c’est la concentration inhabituelle de cas dans ce petit village alpin. Entre 1991 et 2013, 14 personnes sont atteintes, dont la moitié sont décédées. Aucun lien génétique, mais un point commun : tous se connaissent et ont vécu dans le même environnement.
Un champignon sous surveillance
Toutes les hypothèses classiques sont passées au crible : contamination de l’eau, présence de métaux lourds, pollution de l’air, ou encore exposition au radon. Mais rien ne ressort clairement. C’est finalement un toxicologue américain, Peter Spencer, qui va réorienter l’enquête.
Ce dernier s’est déjà penché sur une épidémie similaire de SLA sur l’île de Guam, liée à la consommation d’une graine toxique de cycas. En Savoie, il soupçonne un aliment aux effets comparables : la fausse morille, ou Gyromitra gigas. Ce champignon, pourtant interdit à la vente en France depuis 1991 en raison de sa toxicité, aurait été cuisiné à plusieurs reprises par les habitants touchés, souvent mélangé à de vraies morilles dans des plats copieux.
Une habitude culinaire à haut risque
Certains malades se souviennent d’avoir ressenti des maux de tête sévères ou des malaises après avoir mangé ce champignon. La toxine en cause, proche de celle identifiée dans le cycas, s’attaque aux cellules nerveuses. Même bien cuit, le gyromitre peut conserver des résidus dangereux, surtout s’il est consommé régulièrement.
L’exemple de la Finlande, où la fausse morille reste consommée localement, conforte l’hypothèse : une hausse des cas de SLA y a aussi été constatée. À l’inverse, sur l’île de Guam, les cas ont chuté dès que la graine de cycas a été écartée des pratiques culinaires.
Une vigilance toujours d’actualité
Ce lien entre champignon toxique et maladie neurodégénérative ne constitue pas une preuve absolue, mais il alerte sur les risques liés à la cueillette sauvage et à certaines traditions culinaires. Même dans nos montagnes ou nos forêts françaises, le danger peut se cacher dans l’assiette.
Pour rappel, les champignons dits « comestibles après cuisson » ne sont pas sans risque. Mieux vaut éviter toute consommation de gyromitres, même s’ils sont parfois encore présents sur certains marchés en dehors des circuits légaux.
Si vous avez l’habitude de cueillir vos champignons, un seul conseil : restez prudent, et en cas de doute, demandez l’avis d’un pharmacien ou d’un mycologue. Et rappelez-vous que la nature, si généreuse soit-elle, peut parfois se montrer trompeuse.















