Ancien mannequin, Victoire Maçon-Dauxerre est aujourd’hui l’une des voix les plus engagées contre la maigreur extrême et l’anorexie dans le milieu de la mode. Son parcours, marqué par un régime aussi draconien que dangereux, illustre les dérives d’un univers où la minceur devient une exigence destructrice.
Du rêve au cauchemar des podiums
À 18 ans, repérée par un membre de l’agence Élite, Victoire devient rapidement l’un des mannequins les plus sollicités. Les défilés et shootings s’enchaînent, mais derrière les paillettes se cache une réalité bien plus sombre : pour rentrer dans une taille 32-34, elle s’impose un régime drastique. Pendant huit mois, son alimentation se résume à trois pommes par jour, avec du poisson ou du poulet seulement une fois par semaine. En deux mois, elle perd dix kilos. Malgré sa maigreur, elle se voit toujours « trop grosse », un symptôme classique de l’anorexie mentale.
Un corps brisé et un esprit en détresse
Avec ses 1,78 m, Victoire tombe à moins de 47 kilos. Elle se décrit comme un « cintre » et raconte comment l’obsession de rester mince lui interdisait tout retour à une alimentation normale. Sa mère, en la voyant nue dans la salle de bain, est saisie d’effroi face à son corps squelettique. Ce jour-là, elle lui apporte un poulet rôti qu’elle dévore en entier, prise d’une faim irrépressible. Mais les dégâts sont déjà profonds : détresse émotionnelle, anxiété constante, et plus tard, boulimie suivie d’une dépression et d’une tentative de suicide, qui la mèneront en clinique psychiatrique.
Une critique du culte de la maigreur
Victoire dénonce aujourd’hui les injonctions de l’industrie : « J’étais belle parce que j’étais maigre, c’était ma seule valeur. » Elle souligne l’absurdité d’un système où, malgré la pression pour mincir, ses photos étaient souvent retouchées… pour lui rajouter des formes. Ce cercle vicieux l’a poussée à rompre avec le mannequinat.
Une renaissance par le théâtre et la télévision
Après son hospitalisation, Victoire reprend ses études à Londres et travaille au Shakespeare’s Globe Theater. Le théâtre devient une thérapie, l’aidant à reconnecter son corps et son esprit. Aujourd’hui, elle incarne Vanessa, cheffe cuisinière dans la série Demain nous appartient sur TF1. Elle prépare aussi l’adaptation cinématographique de son livre Jamais trop maigre, en collaboration avec les producteurs de Vikings, série dans laquelle elle avait joué en saison 6.
Un engagement toujours actif
Victoire poursuit son combat contre la culture de la maigreur aux côtés d’associations comme Imhotep et les Ateliers Mercure, qui œuvrent pour repenser les politiques de santé. Son histoire, marquée par la souffrance mais aussi par la résilience, rappelle l’importance de repenser les standards de beauté pour protéger la santé physique et mentale des mannequins.















