Les trajectoires dans le cyclisme peuvent être imprévisibles. En 2017, Julius Johansen remportait le Championnat du Monde junior à Bergen, une victoire impressionnante qui aurait normalement propulsé n’importe quel jeune cycliste directement vers une carrière professionnelle. Pourtant, pour Johansen, le chemin vers le WorldTour a été tout sauf linéaire.
Le parcours initial : la domination chez les juniors
En 2017, Johansen survolait la catégorie junior. Avec 12 victoires en seulement 19 jours de course, il s’affirmait comme l’un des coureurs les plus talentueux de sa génération. « Je n’étais pas sprinteur, mais j’étais tellement fort que je pouvais lâcher presque tous les autres », se souvient-il. Cette domination aurait dû lui ouvrir les portes des meilleures équipes, mais la réalité était toute autre : « Si tu es champion du monde junior aujourd’hui, toutes les équipes du WorldTour voudraient te signer. Mais à l’époque, personne ne m’a voulu », explique Johansen. Malgré un palmarès impressionnant, il n’a pas été immédiatement recruté par une grande équipe.
Des débuts humbles chez Coloquick
Au lieu de rejoindre une académie prestigieuse, Johansen choisit de rejoindre l’équipe danoise Coloquick pour les deux années suivantes. « C’était un choix de développement, un moyen d’apprendre et de mûrir », confie-t-il. En 2020, il fait un grand pas en avant en intégrant l’équipe Uno-X ProTour, une formation norvégienne qui attire l’attention par ses résultats solides. Cependant, même avec des performances intéressantes, Johansen n’arrivait toujours pas à décrocher la victoire qu’il espérait, ce qui n’a pas manqué d’attirer l’œil des recruteurs.
Ses efforts ont fini par payer. Il rejoint Intermarché – Wanty pour deux saisons et prend part à plusieurs éditions de la Vuelta. Mais à la fin de l’année 2023, l’histoire prend un tournant. « Peut-être qu’ils avaient des attentes trop grandes, je ne sais pas, mais ils ne m’ont pas gardé », confie Johansen. À 24 ans, il se retrouve sans équipe, alors que son rêve de WorldTour semble déjà compromis.

L’arrivée de Javier Sola et un nouveau départ
Un tournant majeur dans sa carrière se produit lorsque Javier Sola, l’entraîneur de Tadej Pogačar, entre dans sa vie. « Sabgal avait un accord avec Javier Sola, et au milieu de la saison, il a commencé à m’entraîner – j’étais vraiment chanceux », explique Johansen. Ce partenariat avec Sola a marqué un renouveau pour le jeune cycliste danois. Les données de ses tests physiques, analysées par son coach, montraient qu’il avait encore une grande réserve de puissance, et Johansen était déterminé à prouver qu’il méritait sa place au plus haut niveau.
Un mois après, en septembre, Sola l’invite à passer des tests pour UAE Team Emirates. « J’ai fait de très bons tests et cela a suscité l’intérêt de l’équipe », raconte Johansen. Sa relation de longue date avec Matxin, le directeur sportif d’UAE, a facilité cette prise de contact. « Matxin m’a dit qu’ils avaient besoin d’un coureur comme moi, quelqu’un pour rouler en tête du peloton. »
Un rêve devenu réalité
Le moment tant attendu arrive enfin. Un matin de novembre, le téléphone sonne : « Heureusement pour moi, UAE avait une place pour un autre coureur, et ils m’ont dit qu’ils me voulaient dans l’équipe. » Johansen, encore surpris, avoue que ce fut un moment incroyable. « C’était une surprise pour tout le monde, même pour moi. Ils m’ont dit que j’avais un an pour prouver que je mérite ma place dans le WorldTour. »
Dès ses premiers tests sous les couleurs de UAE Team Emirates, Johansen commence à montrer sa valeur, notamment avec une belle deuxième place lors de la Vuelta a Asturias, une course où il bénéficie d’une liberté de mouvement, loin des responsabilités habituelles de coéquipier. « Cela m’a montré que j’avais encore ma place dans ce niveau de compétition », confie-t-il.
L’avenir incertain, mais prometteur
Alors, cette première année sous les couleurs d’UAE suffira-t-elle à garantir un futur dans le WorldTour ? « Qui sait ? Mais jusqu’à présent, j’ai saisi cette opportunité en or à pleines mains », conclut-il avec optimisme.
Ce parcours hors du commun rappelle que dans le cyclisme professionnel, les rêves ne se réalisent pas toujours de la manière que l’on imagine, mais avec de la persévérance et des rencontres décisives, tout peut arriver. Pour Johansen, l’aventure ne fait que commencer.















