De héros national à cycliste perdu, puis en quête de rédemption : le parcours de Bradley Wiggins, vainqueur du Tour de France 2012, est tout sauf linéaire. Derrière les projecteurs, l’homme s’est battu avec ses démons, jusqu’à trouver, enfin, un nouveau souffle.
Un champion fragilisé par les blessures de l’enfance
Bradley Wiggins n’a jamais vraiment quitté le vélo, mais pendant longtemps, il aurait préféré s’en éloigner. À la suite de sa retraite sportive en 2016, l’ancien coureur britannique s’est retrouvé pris dans une spirale sombre. Divorce, faillite, révélations douloureuses sur des abus subis dans sa jeunesse, et des années d’errance intérieure. « Je me mettais dans des situations très dangereuses », confie-t-il aujourd’hui.
Pour apaiser cette douleur, la cocaïne est devenue un refuge, une addiction sourde qui l’a transformé en « toxicomane fonctionnel ». « Mon fils craignait que je meure dans mon sommeil », avoue-t-il, la voix posée mais tremblante. À travers cette confession rare, Wiggins lève le voile sur une période de souffrance intense, restée jusqu’ici hors du regard du public.
Une main tendue et un nouveau départ
Le déclic est venu d’un geste inattendu : Lance Armstrong lui a proposé son aide, en finançant une thérapie spécialisée aux États-Unis. Un soutien crucial, qui lui a permis d’entamer un travail de reconstruction profonde. « Je suis sobre depuis un an, et je commence à me sentir en paix avec moi-même », affirme-t-il avec sérénité.
Entre Londres et les États-Unis, il suit désormais des séances de thérapie hebdomadaires, redonne du sens à son quotidien, et retrouve doucement goût à ce qu’il avait mis de côté. L’écriture d’une nouvelle autobiographie, « The Chain », lui permet aussi de mettre des mots sur son après-carrière, ses douleurs et ses résurrections.
Et comme un symbole, c’est en rejoignant le podcast d’Armstrong pendant le Tour de France qu’il choisit de revenir dans le monde du cyclisme. Une manière d’assumer son histoire, sans plus la fuir.
Le vélo comme ancrage, à nouveau
Celui qui, durant des années, ne voulait plus entendre parler de deux-roues, remonte désormais en selle. « Cette tenue Ekoi, ces projets, m’ont permis de retomber amoureux du vélo », avoue-t-il. Pour Wiggins, le vélo redevient un refuge, comme lorsqu’il était adolescent. À 13 ans, c’était déjà sa façon de fuir une réalité trop lourde.
Aujourd’hui, son fils Ben suit ses traces, évoluant dans une équipe de développement. Et Wiggins, après avoir tenté de refouler cet héritage, l’accueille désormais pleinement. « J’ai compris que j’étais cycliste, que je le serai toujours. Refuser ça me faisait plus de mal que de bien. »
Après des années à lutter contre lui-même, Bradley Wiggins offre une leçon d’humilité et de résilience. Addiction, silence, reconstruction, et maintenant espoir : son parcours montre que les champions ne sont pas invincibles, mais qu’ils peuvent renaître, à condition d’oser affronter leurs failles.
















