Le cyclisme féminin a longtemps pédalé dans l’ombre. Marion Rousse, ancienne championne et désormais directrice du Tour de France Femmes, en sait quelque chose. Passée de coureuse oubliée à figure de proue d’un événement désormais incontournable, elle raconte un parcours semé d’embûches, mais guidé par la passion. Entre souvenirs de galères et espoirs d’avenir, elle trace une trajectoire aussi inspirante que combative.
Une passion née dans l’ombre
Née dans le Nord, Marion Rousse découvre très jeune le cyclisme, mais sans modèle féminin à admirer. Le Tour de France ne parlait que des hommes, et les rares femmes présentes dans le peloton étaient souvent reléguées à l’anonymat. À ses débuts, elle pédalait avec détermination, tout en sachant qu’elle ne pourrait pas vivre de ce sport. « J’étais pro sur le papier, mais je devais travailler à côté pour toucher un SMIC », se souvient-elle.
Malgré une victoire de championne de France en 2012, l’aventure sportive s’est vite heurtée à la réalité : pas de salaire, peu de soutien, et aucune perspective durable. Une réalité que de nombreuses coureuses partageaient alors, dans un milieu où l’on attendait des femmes qu’elles soient performantes… mais invisibles.
Une transition vers les médias et l’organisation
Quand elle raccroche le vélo en 2015, Marion ne quitte pas pour autant le monde du cyclisme. Elle rebondit à la télévision, où elle devient une voix respectée du peloton sur les grandes courses. Son aisance face aux caméras et sa connaissance fine du sport la rendent incontournable.
Peu à peu, elle passe de la parole à l’action, en rejoignant l’organisation de courses cyclistes. En 2021, elle prend les rênes du Tour de France Femmes, avec une mission claire : faire exister cette course comme une épreuve majeure, avec la même ambition et les mêmes codes que son grand frère masculin.
Des débuts difficiles à une reconnaissance croissante
La première édition du Tour n’a pas été un long fleuve tranquille. Il fallait convaincre les villes d’accueillir les étapes, frapper aux portes, argumenter. C’est le genre de travail qu’on imagine peu quand on regarde la course à la télé, mais Marion Rousse l’a appris sur le terrain, parfois avec des refus, souvent avec des doutes.
Et pourtant, en quelques années, le vent a tourné. Aujourd’hui, ce sont les collectivités elles-mêmes qui proposent d’accueillir les étapes, et qui veulent associer leur nom à cette épreuve montante. Le succès public et médiatique a validé sa vision : une course exigeante, passionnante, à la hauteur des athlètes.
Une vision à long terme pour le cyclisme féminin
Pour Marion, la véritable révolution ne se mesure pas qu’en kilomètres ou en primes. L’enjeu, c’est de construire un environnement dans lequel les cyclistes peuvent vivre de leur métier. À l’époque où elle courait, elle se battait pour une place. Aujourd’hui, elle se bat pour que les autres puissent en vivre pleinement.
Les primes n’ont pas encore rattrapé celles des hommes – 250 000 euros contre des millions – mais selon elle, « ce n’est pas le vrai combat ». Ce qui compte, c’est que les équipes féminines se structurent, que les coureuses aient un salaire, un avenir, une place reconnue dans le paysage du sport professionnel.
Un avenir prometteur
L’édition 2025 du Tour de France Femmes comptera neuf étapes, contre huit précédemment. Ce simple ajout est un signal fort : la course prend de l’ampleur. Et ce n’est qu’un début. À terme, Marion Rousse espère pouvoir rallonger l’épreuve à deux, voire trois semaines, comme chez les hommes.
Mais elle reste lucide : toutes les équipes n’ont pas encore les effectifs pour supporter une telle durée. Il faut avancer au rythme du cyclisme féminin, sans brûler les étapes. Elle le répète souvent : « On ne veut pas être un feu de paille, on veut encore être là dans cent ans. »
















